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Publié le : 26 Mai, 2020 - 16:55 Temps de Lecture 4 minute(s) 947 Vue(s) Commentaire(s)

Après 8 mois passés au pénitencier d’El Harrach : le journaliste Sofiane Merakchi recouvre sa liberté

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Après 8 mois de détention au pénitencier d’El Harrach (Alger), le journaliste Sofiane Merakchi a recouvert sa liberté aujourd’hui, devant des dizaines de personnes dont des confrères et des activistes, venus le saluer.

Sa libération «tant attendue» a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Beaucoup ont exprimé leur soulagement et leur joie, non sans souligner le caractère «injuste» de la peine de «8 mois de prison ferme» infligée au journaliste. «Cette condamnation met en lumière les attaques incessantes du pouvoir contre tous les citoyens, qu’ils soient journalistes, militants ou activistes, qui luttent pour la liberté d’informer et la liberté de parole», estime-t-on.

«Sofiane Merrakchi vient de sortir de prison après avoir purgé injustement une peine. Par contre, il sera libre le jour où il pourra exercer son métier normalement, pas avant», commente Hassan Mebtouche, militant du Mouvement démocratique et social( MDS). «Libre après des mois de prison passés de manière arbitraire. le journaliste Sofiane Merakchi retrouve sa famille», écrit le numéro cadre du parti des travailleurs (PT) et député démissionnaire de l’APN, Ramdane Taazibt Youssef. Avant de rappeler que «d’autres journalistes et militants sont toujours dans les geôles du régime».

Une sortie de prison sous tension

La joie de savoir que Sofiane Merakchi était enfin libre a, malheureusement, été de courte durée, pour les dizaines de personnes notamment qui s’étaient rassemblés, ce matin, devant la prison d’El Harach . En fait, des images circulant sur les réseaux sociaux décrivent une véritable scène d’«exfiltration», où le journaliste se fait embarquer par des membres de sa famille, dans une voiture qui démarre en trombe, sans que celui-ci ne puisse réagir aux marques de soutien des gens, ou encore moins faire de déclaration à la presse. Faisant monter encore plus la tension, les policiers postés aux alentours de la prison ont empêché les présents de filmer allant jusqu’à réquisitionner les téléphones portables. Le journaliste Zoheïr Aberkane qui était sur les lieux a souligné, en effet, l’atmosphère délétère qui y régnait. «Sofiane Merakchi sort, littéralement "kidnappé" par sa famille. Un policier réquisitionne les téléphones de quelques présents», témoigne-t-il sur son compte Facebook.

Le journaliste et écrivain Fodil Boumala qui décrit, lui aussi, une sortie de prison «furtive», qui malheureusement «n’a permis à aucun des présents de s’approcher du journaliste», regrette-t-il dans un post Facebook. Et d’affirmer qu’«il y a deux raisons à cela» : «La première est que le père du journaliste a refusé qu’on s’approche de lui. Il lui a même interdit de faire de déclarations», explique-t-il, qualifiant la réaction de «compréhensible». L’autre raison est dû, selon lui, au fait que «les services de sécurité postés aux alentours de la prison interdisaient aux présents de filmer avec leur téléphone portable comme si nous étions devant le ministère de La Défense ou la présidence de la République !».

Arrêté parce qu’il couvrait les manifestations populaires

Arrêté le 22 septembre 2019, par la brigade de la gendarmerie de Bab Jedid, Sofiane Merakchi est présenté quatre jours plus tard, soit le 26 du mois, devant le juge d’instruction, qui le place en détention provisoire pour les chefs d’accusation d’«attroupement non armé» et «utilisation de technologie de diffusion directe pour des chaînes étrangères sans licence». Le journaliste couvrait les manifestations populaires pour le compte de la chaîne de télévision libanaise El Mayadeen.

Le 5 avril, il est condamné en première instance, par le tribunal de Bir Mourad Rais (Alger), à une peine de «huit mois de prison ferme». Son procès en appel, prévu le 21 mai, a été renvoyé au 4 juin prochain, indique le comité national pour la libération des détenus.

À l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai dernier, Amnesty International avait appelé les autorités à «lever les restrictions injustifiées imposées aux journalistes» mais aussi «aux médias indépendants en Algérie».

D’autres organisations non gouvernementales dont Human Rights Watch (HRW) ont également appelé à la libération des journalistes qui se trouvent toujours dans les geôles du pouvoir. Il s’agit de Khaled Drareni, incarcéré depuis le 29  mars, et Belkacem Djir qui, lui, est en prison depuis le 16 juillet 2019. Par ailleurs, trois autres journalistes du journal Sawt El Akhar à savoir, Mohamed Laamari, Mouhoub Rafik et Meriem Chorfi sont sous contrôle judiciaire.

Par ailleurs, depuis le mois d’avril, pas moins de cinq médias en ligne ont été censurés. Il s’agit de Radio-M, Maghreb Émergeant, Le Matin, Interlignes, Dzvid et notre site d’information, l’Avant-Garde Algérie. Ces derniers ne sont accessibles que par une connexion VPN.

Estimant qu’il était «en total déphasage avec le 21e siècle, et avec les nouvelles technologies de l’information», Foudil Boumala a affirmé ce matin, dans une déclaration aux médias dont l’Avant-Garde Algérie, que «le régime a démontré, à travers la répression des journalistes, qu’il ne tolérerait aucune liberté, ni celle de la parole , ni celle de l’image». Et d’exhorter les tenants du pouvoir à «assumer leur responsabilités politique et morale envers les détenus d’opinion qui se trouvent actuellement dans les prisons de tout le pays», en les libérant afin de «corriger», estime-t-il, « les erreurs judiciaires commises à leur encontre»

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