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Publié le : 21 Juin, 2020 - 23:45 Temps de Lecture 4 minute(s) 1956 Vue(s) Commentaire(s)

Arrestation d’une fille de 4 ans à Annaba : les internautes choqués !

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Les forces de l’ordre ont empêché la tenue, vendredi dernier, de plusieurs marches à travers le territoire national, parfois en usant de répression, comme c’était le cas à Annaba, à Bouira et à Béjaïa. Mais ce qui semble avoir marqué le plus les Algériens, c’est l’image d’une petite fille aux cheveux blonds, casquette rose et bavette sur le menton, qui semblait, elle-même, choquée de se trouver dans le fourgon cellulaire de la police.

Comment en est-on arrivé là, se demandaient des milliers d’internautes en commentant les centaines de publications qui dénoncent l’arrestation d’une fillette de 4 ans et 4 mois ? Certains sont même allés jusqu’à affirmer que «même l’armée de l’entité sioniste n’a pas osé arrêter des enfants en bas âge. C’est de la folie !». La gent féminine semblait être la plus sensible à cette image. «Les merveilles de la nouvelle Algérie», commente avec sarcasme une dame. «C’est une honte !», affirme un autre, alors que Sihem se demande «et la petite fille pourquoi ? ». «Comment peuvent-ils s’en prendre aux femmes et aux enfants ? Ils n’ont aucune dignité», estime Karaka Maloulou, alors que Leila commente : «ce n’est pas vrai ! Une enfant dans le box de la police ? C’est un véritable cauchemar». «Les policiers sont allés trop loin. C’est quoi ça ?», s’indigne de son côté Slimane. Des centaines, voire des milliers ou des dizaines de milliers de commentaires de ce genre circulent sur le net. C’est dire que les Algériens sont choqués et indignés. Comment pourraient-ils ne pas l’être dans ces conditions ?

Nous avons contacté la famille de Sidra (la petite fille en question), pour obtenir leur témoignage et savoir ce qui s’est passé. Sidra était accompagnée de sa maman et deux de ses tantes maternelles. Les membres de cette famille résident au niveau de la commune d’El-Hadjar (Annaba). Nous vous rapportons ci-dessous l’intégralité du témoignage de l’une des tantes de Sidra : *«répondant aux appels à la reprise du Hirak, nous avons rejoint le Cours de la Révolution dès midi. Nous sommes restées à observer jusqu’aux environs de 14h00 ou 14h30. Il y avait un important renfort sécuritaire. Beaucoup de policiers en uniforme et encore plus de policiers en civil. Ils sont presque plus reconnaissables que ceux en uniforme. Vers 14h00, nous avons vu des gens courir vers le Cours de la Révolution. C’était les personnes qui avaient réussi à prendre la fuite de la placette George Ishak (ex-placette Alexis Lambert). Ils étaient pourchassés par les policiers, mais ils sont arrivés à les semer pour nous rejoindre. Nous avons donc commencé à marcher en partant du tribunal vers le théâtre. Nous portions des bavettes et faisions très attention à respecter à la lettre les mesures barrière pour la prévention contre le Covid-19. Il fallait que l’on soit exemplaire et qu’on ne laisse aucune possibilité aux médias du pouvoir et à ses organes de propagande officiels et officieux pour nous attaquer. Nous avons fait à peine 50 mètres que des dizaines de policiers nous ont encerclés. Nous nous sommes mis à genoux pour montrer qu’on n’était pas violent et que nous tenions à ce que les manifestations demeurent pacifiques. Mais cela ne semblait absolument pas les intéresser. Certains ont tout de suite commencé à utiliser la brutalité et la force excessive contre nous, sans distinction d’âge ni de sexe. L’une des femmes a été étranglée par un policier qui lui arrachait brutalement un drapeau qu’elle avait attaché autour de son cou, comme tout le monde le fait en sortant manifester. Celui-ci est même allé jusqu’à lui dire qu’il était interdit de porter le drapeau national. On aurait cru vivre une scène de la bataille d’Alger. Soumaya (la maman de Sidra, NDLR) a été malmenée lorsqu’un policier a tenté de lui arracher le drapeau national au moment même où elle portait sa fille dans ses bras. Sidra était choquée de voir les membres de sa famille ainsi malmenés. Nous avons été embarqués dans le fourgon cellulaire. On était une quinzaine. Nous étions à l’étroit. Pas besoin de vous préciser que là, les mesures de distanciation sociale étaient loin d’être en vigueur. Nous avons tenté de convaincre les policiers de relâcher Soumaya et Sidra, mais ils ont rétorqué qu’il fallait qu’elles assument les conséquences de leurs actes et que personne ne les avait forcées à sortir. Nous avons été conduits au commissariat central puis nous avons été dispatchés sur plusieurs arrondissements de police. Nous avons été conduites au 9e arrondissement. Sidra avait très peur, mais les policiers étaient très gentils avec elle. Certains essayaient même de la faire rire. C’est humain. C’est plutôt au central qu’elle a été malmenée. Nous avons été renvoyés au siège de la sureté de wilaya, et lors de la prise des empreintes et des photos, Soumaya a été malmenée et brutalisée verbalement et physiquement par une policière. Alors que deux autres policiers tentaient de calmer leur collègue. C’est là que Sidra avait explosé en larmes. Ce n’est que vers 19h00, à l’arrivée de celui qui semblait être le chef de la police, que Soumaya et Sidra ont été relâchées. Le reste des manifestants a suivi près d’une trentaine de minutes après.»*

Ce que prévoit la loi :

Le président du bureau d’Annaba de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme (LADH), a bien voulu nous indiquer ce que disent les textes de loi en la matière.

La convention internationale des droits de l'enfant (CIDE), ratifiée par l’Algérie le 19 décembre 1992, prévoit dans son article 2, alinéa 2 : «les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l’enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille».

Alors que l’article 40, alinéa 3 de la même convention stipule : «les Etats parties s’efforcent de promouvoir l’adoption de lois, de procédures, la mise en place d’autorités et d’institutions spécialement conçues pour les enfants suspectés, accusés ou convaincus d’infraction à la loi pénale, et en particulier : a) D’établir un âge minimum au-dessous duquel les enfants seront présumés n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi pénale».

L’article 49 du Code pénal algérien fixe cet âge à 10 ans pour certains cas et à 13 ans pour d’autres.

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