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Publié le : 15 Novembre, 2020 - 15:20 Temps de Lecture 14 minute(s) 249 Vue(s) Commentaire(s)

Du processus d’indépendance interrompu et de la faillite des élites ou du nécessaire renouveau de la pensée politique Nord-africaine

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Le Hirak pendant une année a créé de l’espoir non seulement et légitimement en Algérie mais aussi au sein des peuples de toute l’Afrique du Nord et même jusqu’au malheureux Liban au peuple valeureux et à la classe politique pourrie. L’Algérie demeure le repère phare en matière de révolution pour de nombreux peuples aspirants au droit de vivre libres et dans des pays aux États modernes et indépendants. Aujourd’hui, l’enthousiasme a laissé place à l’inquiétude et aux questionnements. La réalpolitik pèse de son poids, le statu quo reprend ses droits et la morosité en fait autant alors qu’on se dirige, à nouveau, vers une nouvelle crise institutionnelle avec la maladie du président. L’impossible émergence d’une Alternative organisée et assez puissante, la naïveté qui caractérise les quelques initiatives généreuses, la mise en branle discrète, à la base, des vieux appareils spécialisés dans les élections truquées (pFLN, RND...), la situation économique et sociale catastrophique ne présagent rien de bon. La question est redondante, pourquoi une mobilisation si puissante de tout le peuple, pacifique, lucide et tenace n’a pu avoir raison d’un pouvoir politique moribond au sens propre et politique ?

Le Hirak vs l’Etat bureaucratique et rentier

« Le  mal de vivre et la volonté d’être »* sont si contradictoirement présent en chacun que souvent c’est dans l’ailleurs que l’on cherche la solution au péril de sa vie s’il le fallait. C’est moins dans la mystification de cet ailleurs que dans l’impossibilité de trouver l’équilibre fondamental dans sa propre société, pourtant si chérie, que réside l’équation impossible à résoudre. Face aux problèmes de plus en plus complexes auxquels sont confrontés la société algérienne et l’algérien d’ici, l’État, dans son ensemble, réagit de manière bureaucratique, improvisée et souvent en mettant à nu l’incompétence de ses dirigeants à tous les niveaux. L’État fait du surplace alors que le monde se transforme à un rythme vertigineux avec des effets profonds sur la société. Le trésor public est dépouillé sans vergogne par une couche parasitaire de parvenus incapables de s’ériger en classe dominante en mesure de diriger des processus de création de richesse et de refonder l’économie. Les transferts sociaux deviennent intenables, servent généreusement la spéculation et la contrebande et ne peuvent plus garantir « la paix sociale » ni empêcher la paupérisation de larges couche de la population. La saignée des fruits de la rente pétrolière vers l’étranger et le gaspillage inadmissible de cette dernière s’accompagnent d’un blocage effarant de l’économie, des entreprises, des investissements de particuliers et même des IDE. L’appareil judiciaire se débat dans les mailles de la corruption et le citoyen en paye de plus en plus le prix, l’école et tout le système de formation, malgré leur coût, ne produisent ni aptitude ni compétence et baigne dans copiage et le plagiat, le système sanitaire complètement anachronique, déstructuré est abandonné à la rapine au détriment du patient et du praticien honnête. ..Aujourd’hui, ce sont TOUS les secteurs de l’activité économique, sociale et culturelle qui sont en crise et connaissent une situation de blocage. C’est un statut quo qui perdure et, manifestement, prouve l’incapacité de l’État rentier de se perpétuer. L’État bureaucratique et rentier a atteint ses limites et son obsolescence. L’émergence de l’individu, de la citoyenneté et de la modernité sont contrariés par l’État, par ses lois, par son fonctionnement, par ses fonctionnaires, par sa nature.

La mal-vie du citoyen est ressentie non seulement à travers ses conditions matérielles d’existence mais aussi dans son rapport aux autres, dans ses problèmes existentiels et dans les nombreuses contradictions non résolues de la société. Depuis des décennies, l’État s’est progressivement distancié de la société et ses pouvoirs politiques successifs ont stratifié l’illégitimité jusqu’à l’épuisement. Cet État est incapable de réforme et de refondation, il s’est tragiquement délesté de ses ressources humaines et compétences. Cet État met en danger l’existence même du pays ! A quoi bon garder jalousement et courageusement ses frontières alors que l’essentiel de sa richesse s’envole continuellement ailleurs, que des dossiers épineux relatifs à la défense nationale et aux personnalités de l’État se retrouvent sur le marché étranger du plus offrant et que le peuple se fatigue de ne plus croire en le jour qui se lève. « L’Algérie Nouvelle » n’est qu’une nouvelle illusion qui transforme en comédie ce qui fut une tragédie pour le pays.
Avec une dimension historique encore plus importante, le Hirak est l’équivalent des manifestations de décembre 1960. Alors que l’ALN des maquis, isolée, n’en pouvait plus face à la tactique guerrière du général Challe ces dernières avaient redonné un souffle magistral à la révolution algérienne et évité au GPRA d’aller aux négociation avec un profil bas. Le peuple avait dit son mot, l’opinion internationale l’avait entendu !

Avec son mot d’ordre initial « DJICH, CHAAB KHAWA, KHAWA », le Hirak faisait appel légitimement et patriotiquement à l’ANP pour accompagner une transition ver l’État de droit et une Algérie de l’émergence. L’État Major de Gaid Salah rejeta cet appel et opta pour une politique de division (drapeau Amazigh), de répression, de fabrication de faux leaders du Hirak et de diversion (Novembria-Badissya). Trop d’officiers supérieurs étaient déjà gangrenés par la corruption et la trahison. Ce mot d’ordre fut progressivement abandonné dans la désillusion et le rejet des généraux. Les figures de proue du clan Bouteflika sont jetés en prison mais leur procès ne furent que parodie judiciaire évitant, du même coup, la mise en accusation du « système » de gouvernance du pays et du président déchu lui-même. On y découvre les montants faramineux détournés en prenant soin de ne pas dévoiler les mécanismes qui ont permit cette gabegie ainsi que l’ampleur des manques à gagner, l’Algérie avait simplement été empêchée d’émergence. L’entetement à vouloir rester « dans le cadre institutionnel » et à légitimer le remplacement d’un clan par un autre ne fait aucunement changer de nature « le système », le pouvoir politique et l’État. En moins d’une année, après la parodie présidentielle et le catastrophique référendum sur les amendements de la constitution, nous voici encore à être dirigés par un cabinet noir et à chercher une issue « institutionnelle » à l’incapacité du président à assurer ses fonctions.

Le pseudo-rajeunissement du personnel politique tourne, en quelques mois, au ridicule offrant à la vitrine publique des visages arrivistes puisés dans le même sérail, dans la même pépinière de fabrication de « fils à papa » arrogants et encore plus incompétents que leurs géniteurs. La mise en avant des quelques vieux intellectuels de gauche et la subordination de la majorité des médias, n’a fait que rajouter au sentiment de haute trahison. Le processus de maturation de la conscience sociale et politique des citoyens ne fait, malgré tout, que se renforcer dans la douleur alors que « les opposants » de tous bords pataugent dans les lamentations habituelles, dans les discours faits de succession de slogans galvaudés et dans une stérilité intellectuelle, politique et organisationnelle pathétique.

Comme une immense tempête, la pandémie du COVID-19, bien qu’utilisée à outrance par l’autorité publique pour tester de nouveaux dispositifs « sécuritaires » et accentuer la répression de jeunes activistes du Hirak, a mis à nue toute la fragilité et l’obsolescence des institutions, la profondeur et l’étendue de la crise structurelle de notre économie, de l’administration publique et l’incompétence congénitale des décideurs à tous les niveaux. Seuls l’engagement volontaire et l’abnégation d’une partie du personnel des structures sanitaires publiques et de celui de groupes de citoyens a permis d’éviter le pire.

Le Hirak populaire avait déjà décidé avec lucidité de suspendre les marches hebdomadaires à cet effet et quelques intellectuels s’évertuent toujours, non sans talent, à essayer d’en saisir l’essence. Par ailleurs, des masses d’opportunistes et de mercenaires politiciens en profitent pour se prévaloir de sa représentation, de sa « structuration »...avec l’ambition d’avoir la meilleure place possible dans le « nouvel échiquier politique » et dans « la société civile », non moins servile. Aujourd’hui, l’horizon semble s’estamper, l’espoir national né du Hirak mis en veilleuse, SONATRACH plus malmenée que jamais, l’économie, mise en berne, continue son deuil des entreprises et emplois sacrifiés à l’autel de la mauvaise gestion de la crise Covid et de l’irresponsabilité des gouvernants alors que quelques entreprises de puissances étrangères y trouvent, plus que jamais, leur jardin d’éden et s’accaparent de marchés juteux grace à des cahiers de charges faits à leur mesure.

L’Algérie se fait dépecer, son pouvoir politique se complaît dans son lamentable agenda, voué d’avance à l’échec, et dans le discours triomphaliste alors que des couches encore plus larges de la population se dirigent ver une paupérisation dangereuse et une insécurité inquiétante. Le projet de loi de finance 2021 confirme la volonté d’accélérer l’agonie des entreprises algériennes, la sur-bureaucratisation de l’État et ses capacités coercitives. Le Hirak n’a pas encore eu raison de l’État bureaucratique et rentier !

Pourquoi ce fruit pourri ne tombe-t-il pas de l’arbre ?

La chute du mur de Berlin, de l’Union Soviétique et du « bloc socialiste » avaient sonné le glas de la vieille guerre froide, la gouvernance unipolaire du monde exclusivement dirigée par les USA n’aura duré qu’une décennie par la grâce d’une nouvelle mondialisation de tous les phénomènes sociaux, économiques et culturels. De nouvelles puissances ont vu le jour et un processus de nouvelles émergences se développe à un rythme vertigineux. La Révolution scientifique et technique, la 4éme Révolution technologique engagent quelques milliards d’individus dans une nouvelle ère. Nous n’en sommes qu’au début et le future proche technologique, la 5G, l’internet des objets, la 6G, l’ordinateur quantique...annoncent une nouvelle manière de vivre, de créer de la richesse, de protéger la planète, de promouvoir l’individu...mais aussi de faire la guerre. La mobilisation de l’intelligence, l’intensité de l’utilisation de l’intelligence artificielle, l’occupation des espaces mal gouvernés en seront l’objet.

De nouveaux paradigmes s’imposent et sous-tendent déjà les matrices d’analyses en développement ou à créer. La pensée rationnelle poursuit victorieusement son chemin en philosophie, les sciences humaines y trouvent des méthodologies plus fonctionnelles et dépoussièrent bien des concepts, celui d’indépendance des Nations se cherche de nouveaux contours. Il est évident que l’on ne peut plus continuer, en effet, à concevoir l’indépendance politique et économique dans ce nouveau paradigme comme pendant les années 40-60 et 70-90. L’indépendance d’une Nation se pense aujourd’hui plus à sa capacité à s’insérer dans l’immense arène mondial au mieux de ses moyens, de ses atouts, économiques, géographiques et géopolitiques, de ses ressources humaines et industrielles, de la fiabilité de ses institutions, de l’intelligence, l’audace et le capacités d’anticipation de ses dirigeants et de...sa « classe politique ».

Il est de notoriété générale que nos dirigeants autant d’ailleurs que ce qu’on nomme pompeusement « la classe politique » chez nous ne brillent par l’une de ces qualités indispensables à la direction et la gestion de l’État ! Et pourtant, les hommes changent et le pouvoir politique reste le même ! Aucune force politique organisée ne semble en mesure de provoquer et de diriger un quelconque changement politique et de gouvernance malgré la mobilisation exceptionnelle et lucide de tout le peuple ! Dans ce sens, pouvons-nous continuer à nous suffire de cette configuration artificielle d’une classe politique formée de trois (3) grands courants politiques, Nationalistes, Démocrates et Islamistes alors que leurs cadres, une fois aux mannes de la gestion de l’État, se comportent de manière identique et se retrouvent happés par « le système » au grand désespoir de la population ? Quelques soient les expériences nées des mouvements populaires récents, tunisienne en particulier, n’aboutissons-nous pas, systématiquement, à une impasse et à l’impossibilité d’aller vers, enfin, l’émergence et le développement ? Depuis Octobre 88 (Algérie), Décembre 2011 (Tunisie, Égypte...) et l’anticipation du royaume chérifien, jusqu’au Hirak (Algérie 2019-2020), l’Afrique du Nord est continuellement en gesticulation criant son besoin de liberté et d’émergence. Le statut quo semble s’imposer comme une malédiction par une « main invisible » posée sur ce fragment du continent.

Plus largement encore, si « l’indépendance », aujourd’hui, est intimement liée à la capacité de s’insérer dans les chaînes de valeurs mondiales, comment expliquer qu’aucun pays de la rive Sud de la méditerranée, excepté Israël, n’ait réussi son « émergence » alors que des pays comme l’Éthiopie, le Botswana et même le Rwanda, qui étaient en voie d’être effacés des cartes de l’Atlas récemment, réussissent a transcender les faiblesses de l’État central, les atroces guerres civiles...et à recouvrer leur droit au développement et pointent déjà sur la liste des nouveaux pays émergents ? A l’évidence, le mouvement national de libération (MNL) du siècle passé a épuisé ses ressources et finit sa mission depuis longtemps. Ses diverses composantes, même dans leurs imbrications, sont restées incapables de renouveaux et de sortir des griffes d’un néocolonialisme tenace. Ce dernier puise justement sa force de cette obsolescence et de la corruption à divers degrés de élites et dirigeants de ces pays, de nos pays.

Les tentatives sérieuses de s’en sortir provoquent soit des interventions étrangères soit des guerres civiles. La redistribution des cartes, suite aux chamboulements géopolitiques dans la région du Sud de la méditerranée, mettent en jeux aussi de nouvelles puissances telle que la Turquie ce qui complique les missions des forces patriotiques de ces pays. L’enjeu est d’abord à ce niveau-là. l’exigence d’un nouveau courant politique, une nouvelle pensée politique s’imposent aux peuples de cette région.

Une nouvelle pensée, un nouveau courant politique doivent émerger!

Si le sens commun et l’intuition populaire sont un repère majeur pour l’homme politique révolutionnaire, une base doctrinale et une pensée opératoire lui sont indispensable s’il ne veut se perdre dans les méandres de la compromission, l’errement sans perspective et le discours démagogique. Les idéologies traditionnelles ont été consommées jusqu’à devenir des caricatures et des épouvantails inopérants servant plus à la propagande bon marché qu’à mobiliser des forces à mettre en mouvement ou à cacher l’incapacité de leurs promoteurs à se mettre au niveau des enjeux du troisième millénaire. Le discours politique ne se construit pas uniquement avec des mots et de vieux clichés galvaudés mais sur la base d’une pensée audacieuse et courageuse car nécessairement porteuse de ruptures et d’engagements.

Les frontières des pays n’ont jamais été figées tout le long de l’Histoire de l’Humanité, des Nation ont été défaites à jamais et pour certaines reconstruites sur de nouvelles bases, des cultures et des langues ont disparu et d’autres ont évolué et se sont adaptées aux nouveaux besoins des humains, les religions ont joué des rôles radicalement différents suivant les époques historiques, nombreuses sont celles qui ont disparu et seules celles qui répondent le mieux aux besoins spirituels de l’Homme trouvent consécration en se départant progressivement de leur caractère guerrier et de leur ambitions politiques. La pensée rationnelle est l’outil du progrès et du développement, la pensée magique est celui de la régression et de la justification du crime et de l’injustice. Repenser le politique, dans ce cas, ne peut s’accommoder de constantes ou de sacralisation, il s’agit de débusquer les mythes fondateurs de notre aliénation et dépendance aux néocolonialismes. Il s’agit d’identifier et de démanteler ces liens visibles ou invisibles qui enchaînent le devenir de nos enfants aux systèmes dominateurs locaux ou étrangers, de pointer du doigt les thèmes récurrents qui font diversion dans le débat politique et qui engendrent de faux clivages qui couvrent les enjeux réels et les intérêts contradictoires. Ces mythes sont toujours et d’abords incubés dans les questions identitaires afin de contraindre l’émancipation de la Nation, de la fractionner et de ghettoïser ses multiples composantes, c’est aussi la question de la religion et de la langue qu’on relie directement entre elles dans la mesure du possible, de déclarer une Histoire officielle décidée par des gens du pouvoir sans compétence requise alors que cela relève de chairs universitaires et de recherches méticuleuses, documentées et méthodologiquement recevables…

A titre d’exemple que signifie la triptyque « arabe, musulman, amazigh » qui qualifierait l’identité algérienne ? Tout arabe, musulman et Amazigh serait-il de fait algérien ? L’Afrique, la méditerranée seraient-elles étrangères à notre identité ? Ceux qui sont restés juifs ou chrétiens bien qu’issues des racines les plus profondes de notre Histoire, ne seraient-ils pas algériens car non-musulmans ? Ceux qui sont de souches européennes depuis des générations et qui ont donné leurs meilleurs enfants pour l’indépendance de l’Algérie se reconnaissent-ils dans ce champ de définition ? D’une population entièrement Amazigh qui peuple l’Afrique du Nord depuis des millénaires nous serions devenus arabe par je ne sais quelle magie de la génétique alors que « les arabes » eux-mêmes (entendre les saoudiens) ne nous reconnaissent même pas cette parenté à juste titre.

N’est-ce pas en 1949 que le leader du nationalisme de l’époque, pour des raison tactiques et d’alliance, avait créé une crise dans le mouvement national en déclarant que nous étions un pays arabe ? On appartiendrait à un monde arabe qui n’a d’existence que virtuelle et mystique et sur lequel nous édifions nos projets de sociétés ! Langues nationales et officielles se font l’objet de luttes politiques et idéologiques sur aucune base scientifique et académique. De la haine et générée par ce type de problématiques car mal posées et sciemment entretenues par ceux à qui profite le crime. Imaginons, un instant que les USA, superpuissance, qui s’amuseraient à définir leur « identité » à partir des origines et croyances des uns et des autres, à quoi ressemblerait leur constitution ? Imaginons aussi que tous les pays de l’Amérique latine se déclarent espagnols (exception faite du Brésil qui serait portugais) et quels serait l’ampleur de leurs nouveaux problème qui viendraient s’ajouter aux très nombreux dus à leur proximité du « maître du monde » ! Des puissances prédatrices n’en finissent pas d’instrumentaliser l’islam et de maintenir des populations entières dans une arriération insupportable, à financer des hordes de mercenaires « djihadistes » et de prêcheurs schizophrènes, à fomenter tout type de crises et de guerres civiles d’un autre temps, à subventionner des centaines de milliers de livres, vidéos, médias et sites internet pour continuer à pomper paisiblement les richesses des sous-sols des pays ciblés et amener nos élites illuminées vers des pistes sans fin relatives à un « islam politique modéré », une « démocratie islamiste » à l’image de la Démocratie Chrétienne etc.

Manipuler la foi est aussi un autre pan de la stratégie d’aliénation et d’entretien d’une haine injustifiée entre ces populations qu’on vide de leur substance intelligente au passage tout en formant et en entretenant une intelligentsia de pacotille occidentalisée d’un coté et fortement arabisée et orientalisée de l’autre. Il s’agit d’entretenir ce déchirement éternel entre l’Occident d’un coté et l’Orient de l’autre sans qu’aucune synthèse ne paraisse possible. L’islam politique, sorti tout droit des laboratoires anglo-saxons au même titre que les dynasties des pays du Golfe ressemble à la créature de Frankenstein et ne peut historiquement être le vecteur sur lequel s’épanouissent l’individu, la citoyenneté, la Nation moderne. Jusqu’à sa disparition, il sera instrumentalisé par différents maitres. Bien-sur que de nombreux crédules confondant spiritualité, morale et politique continueront à essayer d’y trouver leur projet de société idyllique, se méfient pathologiquement de ce qui n’est point religieux...c’est dans une nouvelle pédagogie qu’ils trouverons, pour la plupart, une réponse à leurs questions.

« Les démocrates » des pays sous-emprise, dans leur forme organisée, ressemblent, à trop s’y méprendre, à de vieilles cellules et cercles déportés singeant contenu et formes de luttes d’ailleurs sous couvert d’une universalité que trop restreinte. Sinon comment expliquer leur peu d’impact sur leur propres sociétés, leur effritement sur un échiquier sur lequel se déroulent des batailles qui ne sont pas de leurs peuples. La conception de la « laïcité » est intégralement calquée alors que nos sociétés sont fondamentalement différentes. Même la notion de droite et de gauche ne semble plus opérante pour dévoiler les véritables contradictions d’intérêts d’autant que c’est souvent contre des pratiques plus féodales que « capitalistes » qu’il s’agit de se battre. « La Démocratie » est érigée en simples techniques de désignation de représentants alors que, dans sa forme occidentale évoluée, elle ne cesse de montrer ses limites et le poids déterminant des lobbys, de l’argent, de la finance et des médias eux mêmes sous contrôle des puissances financières. « La constituante » devenue un slogan bien creux notamment au vu de l’expérience tunisienne, continue à être le leitmotive d’activistes sans perspectives et sans imagination.

Les thématiques à repenser sont encore nombreuses et nécessitent, là aussi, de l’innovation et l’apport de tous nos intellectuels en particulier ceux de la diaspora qui disposent de sources autrement plus importantes. Il s’agit, au fait, de faire éclore une nouvelle pensée Nord-Africaine orientée vers le développement durable et les enjeux du siècle. En effet, aux expériences et politiques différentes, nos pays subissent le même « embargo », les mêmes néocolonialismes, demeurent sous l’emprise des mêmes mythes aliénants et des mêmes problèmes sociétaux et problématiques politiques. Le nouveau courant politique sera nécessairement Nord-Africain avec ses compartiments nationaux indépendants mais convergents et un projet commun qui restera à définir. Les perspectives seront Nord-Africaines ou ne seront pas ! L’Afrique du Nord ne sera plus jamais assimilée à une sorte d’annexe du Moyen-Orient ni à une chasse gardée de pays européens ou d’une quelconque puissance. C’est un projet de l’émergence commune, du combat commun ou chaque pays gagnera aussi de la puissance des autres. C’est un projet d’une nouvelle puissance légitime géopolitique et économique sur la rive Sud de la méditerranée .

C’est à partir de ce socle que se feront les stratégies et tactiques spécifiques à chaque pays du Maghreb et c’est dans leur union que réside la possibilité d’émergence. Croire que faire chuter un régime politique suffit pour accéder à ce droit est une myopie stratégique qui se paye cher. L’alternative se pense, se diffuse et s’organise autant pendant les périodes d’accalmie que pendant les situations révolutionnaires ou de grandes effervescences.

  • Poème de Bachir Hadj Ali

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