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Publié le : 14 Mai, 2020 - 16:50 Temps de Lecture 4 minute(s) 1740 Vue(s) Commentaire(s)

En raison du climat de répression des libertés : El Manchar, journal satirique à succès suspendu

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«El Manchar, c'est fini. Nous vous remercions pour votre fidélité, votre engagement et votre complicité. Après 5 ans d'existence, nous sommes contraints de suspendre notre journal. On espère vous retrouver bientôt dans une Algérie meilleure», est-il écrit sur la page facebook de ce site satirique. La nouvelle est tombée comme un couperet. El Manchar ne nous fera plus rire. En quelques minutes, elle s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes qui le suivaient depuis sa création en novembre 2015, ont réagi. Entre humour et déception, beaucoup comprenaient la décision de Nazim Baya, d’autres en revanche voyaient déjà revenir un «Manchar ( Scie)» plus «caustique» qu’avant. «Urgent : El Manchar change de nom et devient : El Mendjel. Avec des faucilles on refait le monde. Reviens-nous vite», écrit le journaliste Abdellah Benadouda sur sa page Facebook. «Presse satirique : El Manchar cède sa place au Washington Times», ironise le journaliste Tarik Hafid, allusion au journal Américain qui vient de pondre un article dans lequel il qualifie de «courageuses» les réformes de Tebboune qui vont «aider l’Algérie à surmonter la crise économique».
Le journaliste Akram Kharief, plus optimiste s’est, quant à lui, fendu d’un tweet de soutien à l’égard du fondateur d’El Manchar : «Triste nouvelle, mais je m'accroche à la signification de suspension».

L’avalanche de réactions et des messages de soutiens ont poussé le créateur du site satirique, Nazim Baya, à réagir sur sa page Facebook. «Je ne croyais pas créer une telle panique en annonçant la suspension d'El Manchar. Tous ceux qui s'inquiètent pour moi je vous dis que je vais bien. Comme disait Baudelaire, tout être humain a au moins deux droits : celui de se contredire et celui de s'en aller. J'use du second, en mon âme et conscience. Respectez ce choix. Merci», souhaite Nazim.

Le succès est telle qu’El Manchar avec son slogan «Avec des dents de scie, on refait le monde», s’est offert les Une des grandes manchettes outre Méditerranée, entre autres, Le Monde, L’Humanité ou encore Le Courrier International. Ce dernier a écrit en 2015 : «"La Scie" est le tout jeune "Canard enchaîné" algérien. Comme son grand ancien, il a du goût pour la satire, de l’affection pour les calembours, et un sens de la dérision jamais en repos».

Mais au milieu de cette kyrielle de réactions, une question lancinante revenait constamment : Pourquoi ? La décision est-elle liée véritablement, comme le soutiennent ces milliers d’internautes, à une quelconque pression ou menace de la part des autorités sécuritaires ? Le jeune Nazim Baya affirme que «non». «Je n'ai subie aucune menace. La suspension d'El Manchar est un choix personnel», déclare-t-il pour L’avant-Garde Algérie. Toutefois, il explique dans un message posté, aujourd’hui, sur la page Facebook du site que «cette décision a été prise par l’équipe de rédaction. Le climat de répression des libertés, les incarcérations de citoyens à la suite de leurs activités sur les réseaux sociaux nous ont conduit à réfléchir sur les risques que nous encourons. Nous avons vécu des moments de peur et nous avons résisté pendant 5 ans en essayant de contribuer à notre manière, par la satire, aux difficultés que notre pays et nos citoyens traversaient. Nous ne pensions pas en arriver là. Nous nous retrouverons dans une Algérie meilleure. Une Algérie où cette peur n’existera pas et où chacun pourra déployer ses forces créatrices. À bientôt.»

En effet, le climat délétère qui s’est installé, marqué par un début d’année particulièrement riche en évènements fastes pour les médias notamment, ne laissaient aucun doute quant aux raisons qui ont poussé le fondateur du journal satirique à suspendre sa parution. À commencer par les médias classiques où des journaux se sont volontiers prêtés, depuis quelques semaines voire des mois, au jeu de l’autocensure. Les plus réfractaires, quant à eux, sont censurés, les journaux électroniques en l’occurrence. Maghreb-Émergent, Interlignes, Dzvid, Radio- M, Le Matin, et la liste risque de s’allonger.

Les Mémes, cet autre symbole de la culture internet, n’a pas échappé au rouleau compresseur de la justice. Ces images de personnalités ou d’animaux détournés avec des slogans satiriques, et reprises par des milliers d’internautes, ne font pas rire le pouvoir qui utilise des moyens les plus pernicieux pour restreindre la liberté d’expression. Première victime : Walid Kechida, jeune activiste de 25 ans incarcéré depuis le 27 avril dernier pour avoir publier des Mèmes où il aurait attenté, selon le parquet, au «président de la république», «À un corps constitué» et à «la religion». Parlons aussi de ces activistes et militants poursuivis et harcelés, des journalistes emprisonnés à tour de bras, ou de ces simples citoyens devenus militants malgré eux, qui continuent à défier la répression aveugle du pouvoir, lequel tente par tous les moyens de les enfermer dans des revendications sociales. Et ils le font bien savoir. Ainsi, après #Tetnahaou_Ga3, c’est au hashtag #Maranach_Habssine d’envahir la toile, notamment depuis la décision du Hirak de suspendre les marches du mardi et du vendredi, en raison de la crise sanitaire du coronavirus.

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