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Publié le : 09 Novembre, 2021 - 12:38 Temps de Lecture 4 minute(s) 338 Vue(s) Commentaire(s)

L’Algérie entre répression politique et coup de matraque économique

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La vaste campagne d’arrestations, les condamnations répétitives des activistes du hirak et la dissolution arbitraire de l’association RAJ ne découragent ni les mobilisations, en particulier dans le monde du travail, ni le soutien aux détenus d’opinion.

On peut heureusement se féliciter du développement d’une solidarité multiforme avec ces derniers, parmi lesquels Fethi Ghares, coordinateur national du mouvement dont l’activité est brutalement entravée.

Emprisonné pendant près de quatre mois, avant d’avoir été enfin présenté au juge d’instruction, une remise en liberté lui a été refusée par deux fois. Le pouvoir démontre ainsi qu’il est dans une fuite en avant alors que commence à se dessiner un large front pour les libertés et contre la répression.

Depuis plusieurs mois, la société voit malheureusement les épreuves s’accumuler. Les algériens ont dû affronter la pénurie d’oxygène durant une vague mortelle de Covid-19, les coupures d’eau en plein été, puis des inondations après avoir subis les incendies et leurs conséquences dramatiques dont l’assassinat de Djamel Bensmaïl, résultat d’un total manque de confiance dans la police et la justice, instrumentalisées par le pouvoir.

À ces défis s’ajoutent des augmentations de prix vertigineuses qui accroissent les inégalités. C’est le bilan auquel Tebboune tente d’échapper et que les harragas dénoncent en reprenant leurs départs massifs vers l’Europe.

Les couches défavorisées et les travailleurs, quant à eux, refusent de payer la volonté de réhabiliter le despotisme néolibéral adossé à la rente et de voir s’aggraver leurs conditions de vie et de travail. La montée des mouvements de grève face à la non-satisfaction de leurs revendications montre que de larges pans de la société accueillent avec scepticisme les mesures annoncées par le pouvoir en matière de baisse de l’IRG, de relèvement du point indiciaire et de lutte contre la spéculation. Ils croient de moins en moins aux possibilités d’accumulations partielles ou conjoncturelles avec le pouvoir actuel et de plus en plus à l‘exigence de la rupture.

Tebboune ne touche pas, en effet, aux mécanismes du système. Il ne récupère pas l’argent détourné, ne change pas le dinar, ne revalorise pas le travail ou ne révise pas le système de subventions, pour répondre aux besoins des familles. La lutte contre la corruption apparaît au final comme un paravent pour la promotion des forces empressées de regénérer le système à leur profit et pour la répression du hirak qui gêne leurs tentatives.

Tentant de faire diversion, de diviser la société ou de la fourvoyer, la propagande hystérique du pouvoir impose une atmosphère de censure et fait écran à une conception de la souveraineté fécondant le patriotisme par la démocratie. Les postures de fermeté qu’il prend cachent la volonté de réaménager les rapports néocoloniaux au bénéfice des intérêts étroits qu’il incarne.

Tebboune et les dirigeants des Etats qu’il met en accusation se retrouvent ainsi contre la nécessité d’un changement démocratique radical qui aboutirait, au final, à une rupture du modèle de relations mis en place au lendemain de l’indépendance.

Ainsi en est-il de la connivence entre les pouvoirs marocain et algérien qui se livrent à une escalade dangereuse au détriment des intérêts des deux peuples. Le Maroc qui assume par ailleurs la responsabilité de contrarier la mise en œuvre des droits du peuple sahraoui ne veut pas rendre compte de l’assassinat de trois ressortissants algériens tués au Sahara Occidental alors qu’au regard du droit international c’est la responsabilité de la puissance occupante. Il se retrouve ainsi pris dans des contradictions aussi insoutenables que celles qu’affronte Tebboune. Il prétend ainsi renouveler la diplomatie algérienne qui se revendique du titre de puissance d’équilibre qui réinvente le non-alignement en faisant des manœuvres militaires aussi bien avec les uns qu’avec les autres, quand, pendant longtemps, le non-alignement signifiait : ni avec les uns, ni avec les autres. Au point où il faut se questionner si l’Algérie n’a pas rejoint le Maroc pour privilégier la relation avec la France qui aspire elle aussi à un rôle de puissance d’équilibre.

Dans un tel contexte, les élections locales du 27 novembre apparaissent comme une tentative de boucler le cycle électoral visant à légitimer le pouvoir issu du coup de force constitutionnel du 12 décembre 2019. Après l’échec des précédents scrutins et des tentatives répétées d’isoler la Kabylie au plan électoral, elles sont un défi pour la société qui comprend que ce pouvoir constitue un obstacle pour l’édification d’un Etat de droit démocratique ainsi que pour le progrès social et économique, voire même un risque pour la paix.

Il est impossible de cautionner un processus électoral encore une fois biaisé par toutes les manœuvres du pouvoir et lourdement discrédité par la répression. Il devient urgent par contre de débattre de propositions pour la mise en œuvre d’une transition.

Tebboune lui-même relève d’ailleurs les limites des processus électoraux chez nos voisins, ce qui pose la question : un pouvoir à la légitimité contestée peut-il convoquer des élections transparentes et crédibles ?

La réponse est non et il faut l’affirmer avec force par une large mobilisation pacifique pour permettre de déjouer les plans du pouvoir, exiger la liberté pour Fethi Ghares et tous les détenus d’opinion et enfin ouvrir la voie à une transition de rupture.

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