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Publié le : 27 Juin, 2020 - 12:05 Temps de Lecture 4 minute(s) 867 Vue(s) Commentaire(s)

Le Hirak entre l'urgence de reprendre et la nécessité d'attendre

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Depuis quelques semaines, des échanges passionnés, notamment sur les réseaux sociaux ont eu lieu autour de la nécessité de reprise ou pas du Hirak pour le 19 juin 2020. Deux tendances se sont dessinées. La première croit en la nécessité d’amorcer le retour des manifestations du vendredi. Elle avance en gros trois arguments sans ordre de priorité : le premier est qu’une longue période «d’hibernation hirakienne» finira par laisser une grande marge de manœuvre au pouvoir de se restructurer, régler ses clivages internes et normaliser progressivement la situation. Le second, est relatif à l’urgence de réengager le rapport de force pour stopper les intimidations du pouvoir à travers les convocations de militants et leurs arrestations dans les quatre coins du pays. Enfin, et dans le même sillage, les partisans de la reprise constate, à raison, que le régime profite du Covid 19 et transforme le confinement sanitaire en un confinement politique dans le but d’en finir définitivement avec le Hirak (couvre-feu, interdiction de circulation, fermetures des espaces d’expression…).

La seconde tendance affirme qu’il est trop tôt pour a reprise ; pour essentiellement deux raisons : la première est que le risque sanitaire est réel et que faute de pouvoir maitriser l’organisation technique des manifestations (carrés distanciés, port de bavette, protection des enfants...) il est préférable de ne pas prendre des risques inutiles, ajoutant à cela le risque de manipulation des chiffres de contaminés pour accuser les Citoyens d’irresponsabilité. Le second argument est relatif à l’insuffisante préparation de la société techniquement, socialement et psychologiquement. L’arrêt des transports publics, les conséquences socio-économiques de plus de trois mois de confinement, la peur légitime de contamination…sont autant de facteurs qui font que la population ne s’est pas encore remise dans le bain de manifester massivement et dans la joie comme c’était le cas pendant l’an I du Hirak.

Jusqu’au vendredi 19 juin, les deux arguments se valent. Cependant, l’observation attentive de ce qui s’était passé le week- end amène, à notre humble avis aux conclusions suivantes : Les appels à la reprise du mouvement n’ont pas eu l’écho escomptés, non pas que les arguments avancés soient contestés par la population, mais les conditions objective et subjectives de la reprise ne sont pas réunies.

Les rares mobilisations qui ont eu lieu à des degrés inégaux sont circonscrites uniquement en Kabylie avec une participation insignifiante comparée au passé récent. Cette faible participation «ghettoïsée» ajoutée à la forte répression a donné naissance à des échauffourées entre des jeunes manifestants et la police contraire à l’esprit du Hirak et son arme fatale à savoir le combat pacifique (Silmiya) . Un antécédent certes mineur mais qui risque de se banaliser en se généralisant. Le tout est couronné par une vague supplémentaire d’arrestations.

Que faire ? Poursuivre dans cette voie et tenter le vendredi prochain avec les mêmes conditions en espérons des résultats différents ou chercher une autre option ? S’entêter dans le même sillage de ce qui s’est passé le vendredi 19, c’est exposer la population et le Hirak a 04 risques majeurs : risque sanitaire, arrestations, violence et ghettoïsation mortelles. Si les conséquences du risques sanitaire sont claires, celles des autres le sont insidieux dont les effets néfastes ne sont pas forcément visibles ni prévisibles.

En effet, les arrestations massives quel que soit la noblesse de la cause épuisent et découragent, les militants, les familles des détenus et les avocats, avec le risque majeure de la réussite de la diversion que le régime tentera d’installer c'est-à-dire l’éloignement progressif du Hirak de ses revendications fondamentales vers celle de la libération des détenus.

Sur ce plan, les méthodes policière du régime sont connus ; multiplier au maximum les arrestations de tel sorte à rendre impossibles les rassemblements devant les tribunaux lors des procès et prononcer des peines lourdes qui finiraient par décourager les plus téméraires des militants. Quant à la violence, il est tout à fait clair que quelque soit la vigilance des militants celle-ci est inévitable face à la répression et aux provocations. On là vu dès que la foule n’est pas nombreuse, des groupuscules entrainant des jeunes et moins jeunes surgissent de nulle part et lancent des projectiles et le décore chaotique est installé. Cela dissuaderait définitivement les femmes et les familles de s’aventurer…

Revenons maintenant au risque de ghettoïsation du Hirak. On l’aura vu ce retour aux manifestations avant le confinement total ne s’est fait et ne se fera qu’en Kabylie. 03 ou 04 tentatives réussites ou échouées uniquement en Kabylie avec leurs lots d’arrestations et de procès et de rassemblements fera «kabylisé» totalement le Hirak ce qui est comme on le sait tous improductif.

Vue ce qui est énuméré plus haut et biens d’autres facteurs encore, il semble qu’il est plus sage de suspendre encore une fois les marches partout dans le pays jusqu’au déconfinement total. Laissez notre communauté à l’étranger désormais déconfinée assurer «la permanence» du Hirak. La tâche la plus judicieuse est, à notre avis, de préparer sereinement la reprise, en profitant de ce desserrement partiel, par l’auto-organisation, en réseaux, en comités de quartiers, en confédération d’association, par affinités idéologiques ou professionnelles, peu importe.

L’essentiel est de parvenir à une ossature capable d’assurer l’organisation et la résistance pour déjouer les manœuvre du régime et accompagner le mouvement jusqu'à l’aboutissement de ses revendications fondamentales à savoir, une Algérie, libre, démocratique et sociale.

PS : sursoir les marches wilayales ne veut absolument pas dire organiser des actions sous d’autres formes là ou c’est possibles, rassemblements, manifestations locales ,sit-in etc.

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