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Publié le : 29 Septembre, 2019 - 00:00 Temps de Lecture 3 minute(s) 2042 Vue(s) Commentaire(s)

Les frères Kadi, de la lutte à la prison

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Le 16 avril 2014, soit la veille du 4ème mandat consécutif de Bouteflika, le mouvement Barakat, qui s’est opposé à ce dernier, a subi l’une des répressions les plus féroces depuis sa création. Tabassés, insultés et jetés des escaliers, les Barakatistes ont été traités comme les «pires ennemis de l’Algérie» par les forces de l’ordre et les policiers civils, dépêchés sur place pour réprimer leur dernier rassemblement à Audin (Alger-centre).

Les Bouteflika, sous la protection de Gaïd Salah qui a fait allégeance en son nom et en celui de l’armée à ces derniers, ont décidé d’imposer au peuple un autre mandat par la force et la violence.

Pas loin du lieu où a été réprimé l’action de Barakat, deux jeunes, suivis de près par des agents civils, ont pris place sur la terrasse d’un café du boulevard. Le premier est tunisien, assistant d’édition, en visite à ses amis d’Alger. L’autre est algérien, membre de l’association RAJ, militant originaire d’Azazga, l’un des plus grands villages de Tizi Ouzou.

Les deux jeunes ont été interpellés sur place par des agents civils et conduits au commissariat de Bab Jdid, où ils ont été placés en garde à vue durant trois nuits. Ils allaient, même, être accusés d’«espionnage au profit d’une puissance étrangère (Tunisie)». Mais par manque de preuves tangibles, ne serait-ce que pour tromper l’opinion, les policiers ont fini par leur infliger l’accusation phare de l’époque : «trouble à l’ordre public». Après des dizaines d’heures d’interrogatoire, les deux jeunes ont fini par être placés sous mandat de dépôt à la prison de Serkadji, où ils ont passé 33 jours en détention provisoire, avant d’être jugés et condamnés à «six mois de prison avec sursis».

Amoindris et affaiblis, ils quittent la prison avec plusieurs kilogrammes en moins, mais avec un statut de résistants contre l’arbitraire d’un pouvoir qui se croyait invincible.

Le jeune tunisien est directement rentré chez lui, sans donner de nouvelles, ne serait-ce que pour ses amis. Son expérience en Algérie l’a, certainement, traumatisé. Quant à l’Algérien, il a continué le combat au sein de son association RAJ et dans plusieurs autres mouvements initiés à l’époque, avant qu’il ne décide de quitter définitivement l’Algérie pour s’installer en France.

Mais l’histoire ne finit pas ici. Elle est parfois répétitive et moins joyeuse. Le jeune algérien en question n’est, en réalité, que le frère aîné de Ahcene Kadi, l’un des deux militants de RAJ, interpellés, jeudi dernier, à Alger-centre. Il s’appelle Mohand Kadi. Et avant de quitter Alger pour l’hexagone, il disait à ses amis de combat : «un militant par famille», certainement pour moins sentir la douleur de quitter les siens.

Son petit frère, Ahcene, qui est, aujourd’hui, au même commissariat de Bab Jdid, passe, lui aussi tout comme son frère aîné, sa troisième nuit avant d’être présenté dimanche devant le procureur de la République, près le tribunal de Sidi M’hamed.

Kidnappé, jeudi dernier, par des agents civils à Alger-centre, il n’a donné signe de vie qu’après plus de 24 heures de sa disparition. Son destin est, désormais, lié à celui de son ami de combat, Karim Boutata, originaire de Bechloul, de la wilaya de Bouira.

Deux frères pour le même destin. Deux frères qui luttent pour le même idéal et au sein de la même association. Deux frères qui se battent pour une Algérie meilleure, démocratique et sociale. Deux frères dont le rêve est commun, qui ont connu les mêmes murs de ce commissariat de la honte. Mais l’un d’eux, en l’occurrence Mohand, ne souhaite, aucunement, que son frère cadet puisse goûter à l’amère expérience de la prison de Serkadji.

Un peuple qui sa bat, finira toujours par vaincre. Nous devons vaincre et mettre la couronne de la victoire sur les têtes de ces deux frères, symboles du combat pour la nouvelle Algérie. À bas la répression. À bas la dictature.

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