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Publié le : 09 Décembre, 2020 - 20:05 Temps de Lecture 4 minute(s) 374 Vue(s) Commentaire(s)

Rapport annuel sur la situation des droits humains : la Laddh accable le système politique

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Crédit photo : Zoheïr Aberkane

À la veille de la célébration de la journée internationale des droits de l’homme, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh) a publié, ce mercredi 9 décembre 2020, un rapport édifiant sur la situation des droits humains en Algérie qui s’est détériorée plus encore depuis l’avènement du mouvement populaire du 22 février 2019. Et les conclusions sont accablantes, ce qui fait dire à la Laddh qu’« aujourd’hui encore, à l’adresse du pouvoir politique, les militants des droits humains disent ceci : ‘’Aucun discours ou programme ne peut permettre à la société de se développer sans les droits de l’Homme’’. Plus encore, ‘’les droits de l’Homme ou le chaos’’», prévient la Laddh dans son rapport signé par son vice-président, Saïd Salhi.

En effet, depuis le début du mouvement populaire, une répression des plus inédites s’est abattue sur les militants, les activistes et même les journalistes dont certains se sont retrouvés en prison pour le simple fait d’avoir exercé leur profession. Parmi eux, on compte Khaled Drareni, condamné en appel à «deux ans de prison ferme» pour les accusations fallacieuses d’«atteinte à l’unité nationale et incitation à attroupement non armé». «Deux années après – et en dépit de l’avènement d’un mouvement révolutionnaire le Hirak, qui a suscité l’admiration des peuples à travers monde, on est dans l’obligation de reprendre cette doléance dans laquelle il avait appelé à aller ‘’vers l’agrégation de toutes les volontés’’ et, peut-être même, créer ‘’une instance nationale avec une assise œcuménique’’», affirme la Laddh. Et d’expliquer : «il s’agit de se retrouver dans la matrice des droits de l’Homme».

Selon le document, cette «problématique se pose avec acuité, devant la dégradation de la situation des droits humains en Algérie en témoignent la série d’arrestations d’acteurs politiques du Hirak, de blogueurs, journalistes ou même de personnes, qui commentent l’actualité nationale sur les réseaux sociaux, la fermeture de sites d’informations (TSA, Maghreb Emergent, Radio M., etc.), de blogs, ainsi que l’interdiction de toutes activités, politiques et associatives, depuis le mois de décembre 2019».

Le rapport de la LAADH s’est également penché sur ce qu’il a qualifié d’«atteinte à des catégories spécifiques de population», les femmes en l’occurrence, en s’appuyant sur les rapports du réseau Wassila de protection des droits des femmes. «Ces deux dernières années, les violences faites aux femmes se sont multipliées dangereusement, surtout dans le contexte du confinement lié au COVID-19, avec, notamment, une augmentation des cas de féminicide», alerte la Laddh. Le cas de Chaïma Sadou, enlevée, violée, brûlée puis jetée dans une station service désaffectée, est l’exemple même de la banalisation des violences infligées aux femmes et du regard encore figé de la société vis-à-vis de la femme.

Libertés de manifestations pacifiques, de réunions publiques et d’association

Le caractère inédit, à bien des égards, du mouvement populaire a fait qu’il ait une accélération de la répression du pouvoir acculé qui est allé jusqu’à se doter de moyens juridiques à même de restreindre de nombreuses libertés, notamment celle de manifester et la liberté de réunion.

Le rapport de la Laddh fait état de ces violations intervenus dès juin 2019, où «une trentaine de manifestants avait été arrêtés en Algérie pour avoir porté le drapeau berbère lors des marches contre le pouvoir». S’en est suivie, poursuit le rapport «une vague d’arrestations massives, de mandat de dépôt,des emprisonnements, des poursuites judiciaires et des procès interminables». La répression ne s’arrêtera pas là, puisque le pouvoir politique «s’attaquera aux organisations de la société civile, des partis politiques en l’occurrence RAJ, PAD, RCD,… qui refusent de marcher dans sa feuille de route autoritaire», constate encore la LAADH, citant le mouvement Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), le parti du RCD ou encore le PAD (Pacte pour l’Alternative Démocratique), ou encore la levée d’immunité parlementaire au président du RCD, Mohcine Belabbas.

Liberté d’information, d’expression et de presse

La faiblesse du pouvoir politique, particulièrement avérée lors du dernier référendum constitutionnel marqué, pour rappel, par un taux d’abstention record dans l’histoire de l’Algérie post-indépendance, s’est traduit entre autres, par une répression inédite contre les les médias indépendants, mais également les journalistes dont certains subissent encore aujourd’hui, un harcèlement policier et judiciaire quasi-constant.

C’est le cas, comme le soulève le rapport de la LAADH, de «Khaled Drareni, Saïd Boudour, Mustapha Bendjama, Sofiane Merrakchi, Abdelhaï Abdessamai,… des bloggeurs walid Kechida de Sétif, Abdelmonji Khelladi de constantine, le caricaturiste Nime d’oran, Abdelkrim Zeghileche etc..»µ, tout en rappelant que «l’ouverture du champ médiatique, est un des préalables qui n’a cessé d’être revendiqué par le Hirak, les acteurs de la société civile et des partis politiques depuis le début du mouvement pour toute solution politique»*.

Liberté de culte et de conscience

Si pour la Laddh, l’Algérie 42e, en matière de respect de la liberté du culte, « fait mieux que son voisin la Tunisie (30e) ou encore le Qatar (27e), l’affaire du militant amazigh Yacine Mebarki, «est venu noircir le tableau et rappeler que beaucoup restait à faire en matière de respect des droits humains et de liberté de conscience».

Rappelons que le militant a été condamné en première instance à «dix ans de prison ferme et une amende de un million Da», pour, entre autres, «atteinte au dogme ou aux préceptes de l’islam», avant que la peine ne soit commuée en appel à «un an de prison ferme et 50 000 Da d’amende».

Selon le rapport, «cette condamnation s’inscrit dans une vague de répression, qui cible militants pro démocratie, opposants politiques, journalistes et blogueurs et vise à briser le mouvement de contestation et empêcher la reprise du Hirak, suspendu par la pandémie du Covid-19».

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