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Publié le : 23 Décembre, 2019 - 23:00 Temps de Lecture 3 minute(s) 3597 Vue(s) Commentaire(s)

Respect de la mort mais respect d’abord de la vie

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S’il est indécent de danser autour d’une tombe, il est tout aussi indécent de tresser des lauriers à quelqu’un qui a marché sur la vie des autres, l’a dépouillée, l’a mutilée et parfois éteinte.

J’aurais préféré me taire et me contenir au seul salutaire atavisme archaïque de respect de la mort, de respect de toutes les morts. Mais ce n’est pas contrevenir à ce respect que de s’indigner de l’utilisation de l’émotion, réelle ou feinte, comme bave et crachat sur la vie et les vivants. Comment oser cracher à la figure des éborgnés, des prisonniers d’opinion, des femmes dénudées dans les commissariats, des torturés, des enfants orphelins de Kamel Eddine Fekhar, du Moudjahed Bourega’a sans parler de cet immense espoir levé et sans cesse combattu et contrarié par celui-là même à qui on tresse des lauriers au motif qu’il n’a pas fait tirer sur les foules ? Aurait-il pu d’abord tirer sur les foules quand bien même il aurait pu le vouloir ? Dans un contexte de déliquescence des institutions, y compris celles militaires, de recomposition inachevée du centre de pouvoir, et de détermination forte de la contestation, quiconque aurait tiré sur les foules se serait condamné à une mort certaine et pas seulement politique. Personne n’a fait de cadeau de «pacifisme», c’est la population qui l’a imposé non sans en payer un prix fort.

La volonté répressive et l’intensité de la répression n’ont pas été moindres sous Gaïd Salah puisqu’il faut citer le mort. Elle a tout simplement été chirurgicale, ciblant des individus et des territoires particuliers pour en amoindrir les coûts, sur le même mode des puissances impériales qui ont substitué les frappes chirurgicales des drones aux bombardement massifs des B52 pour optimiser l’économie politique de la répression et de la domination.

Le recours à la répression chirurgicale s’est aussi imposée au pouvoir et l’armée dans un contexte où la ressource répressive est plus difficilement mobilisable car le pouvoir a perdu la cohérence qui lui aurait permis de mobiliser toutes ses ressources dont une part, par ailleurs, servait de forces de nuisance les uns contre les autres. Jusqu’à la veille de sa mort, Gaïd Salah n’a pas cessé de remanier et de limoger dans son cercle restreint au sein de l’armée et il est mort habité par le fantôme de la menace interne des clans adverses. Dès le départ de la contestation, il a usé contre elle de la menace et pas seulement verbale. Du premier jour jusqu’au jour d’aujourd’hui, les tentatives de briser physiquement les marches n’ont pas cessé. Chaque fois, c’est les manifestants qui, par leur nombre et leur détermination, ont débordé les dispositifs répressifs et les ont contraint à se replier. L’affaire de l’étendard était une manœuvre répressive qui se voulait subtile pour inoculer la violence à l’intérieur même du Hirak, de la société

Gaïd Salah n’a pas été moins répressif que les autres généraux qui l’ont précédé. C’est le contexte qui a changé, également celui international avec la mondialisation et les réseaux sociaux et qu’on a beau insulter l’étranger, c’est avec lui qu’on traite principalement, à lui qu’il faut vendre le pétrole et chez lui qu’il faut en dépenser les dividendes y compris pour se soigner mourir.

Gaïd Salah n’a pas accompagné le Hirak, il a cherché inlassablement à le casser. Il a par contre accompagné, protégé, conforté le règne de Bouteflika, jusqu’à sa mort. Pourquoi d’ailleurs la justice, contre toute logique, n’a jamais daigné ne serait-ce que citer le nom de Abdelaziz Bouteflika, même s’il faut l’épargner, quand tout y mène et que les réseaux nommés « 3isaba » ont été construits au plus fort de son règne ?

Ceci dit, paix à son âme et à toute âme, la foi en la rédemption est une des belles mystiques humaines commune à toutes les religions et même à ceux qui n'en ont pas. Elle est aussi mienne. mais il ne faut pas en travestir le réel.

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