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Publié le : 21 Novembre, 2020 - 11:45 Temps de Lecture 2 minute(s) 430 Vue(s) Commentaire(s)

Saïd Sadi : L'autre épidémie

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Quand elle ne tue pas en silence, elle isole, elle humilie ou elle désespère. La crise sociale fait déjà trop de victimes. Pris à la gorge, des pères de famille dignes et courageux frappent aux portes de leurs proches ou de leurs voisins pour solliciter de l’aide. Compte tenu de la précarité économique et financière du pays, il faut savoir que la régression sociale va, hélas, se précipiter et même durer. Faut-il céder à la fatalité ou à la panique ? Non. Lors de la première vague de la pandémie, des villages qui ont su organiser et protéger leur lieu de résidence ont évité à leurs concitoyens les effets de la Covid 19 malgré la défaillance de l’Etat. Ce faisant, ils ont sauvé des vies et renforcé ou produit des traditions qui sont à la base des sociétés de fraternité, de progrès et de justice. L’organisation est à la base de toute solution.
La même démarche peut être envisagée aujourd’hui pour réduire la détresse des plus vulnérables. En plus du réconfort qu’apportent les initiatives d’auto-organisation, il y a ce qu’elles génèrent comme valeurs construisant les communautés fraternelles et durables.
Les mécanismes de défense - ces anticorps sociaux - de nos structures traditionnelles existent. Là encore, il suffit de structurer les énergies. Les partages familiaux, les solidarités villageoises ou de quartiers doivent être rapidement réactivés. Préparer des caisses de soutien permet d’anticiper les demandes et d’assurer une répartition plus juste et plus transparente des aides. Identifier les cas selon les besoins créé du commun et contribue à la cohésion et la stabilité des communautés. Cela aussi fabrique de la mémoire positive qui valorise les liens transgénérationnels. Un jeune qui participe à une opération positive est un futur citoyen conscient de ses droits et devoirs et qui transmettra de la valeur ajoutée à l’avenir collectif. Notre histoire est faite du meilleur comme du pire. Des affrontements survenus dans des circonstances pénibles ont laissé des traces de haine, de jalousie ou d’animosité sur des décennies voire des siècles. A l’inverse, des adversités affrontées avec générosité ont inspiré des épopées de bravoure et de prospérité. L’abandon de la cité au laisser aller et à l’égoïsme n’a pas que les conséquences internes évoquées ci-dessus. Une faiblesse interne appelle toujours des convoitises externes. Un être qui se sent abandonné par les siens est un agent potentiel dont peuvent jouer les forces du mal. Même quand elle n’a pas été provoquée ou manipulée, la misère sociale a souvent engendré des émeutes et des pillages qui ont servi d’alibis à la reprise en main des régimes autoritaires. En chinois, le mot crise veut dire aussi opportunité. Il dépend de chacun de nous que celles qui nous frappent actuellement servent à ressouder les liens au lieu d’ouvrir la voie aux fractures sociales sur lesquelles ont toujours joué les partisans du despotisme pour diviser et asservir. Après la protection sanitaire, la solidarité sociale s’impose désormais comme la deuxième urgence du pays.
On ne le dira jamais assez. Dans la société humaine, tout est question d’organisation.

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