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Publié le : 01 Novembre, 2020 - 19:30 Temps de Lecture 13 minute(s) 739 Vue(s) Commentaire(s)

Yacine Teguia : L’ANP et forces extraconstitutionnelles

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Au moment où Tebboune est évacué en Allemagne, apparemment pris d’un vertige constitutionnel, la rumeur s’empare de l’Algérie et repose la question de la nature, du poids et du rôle des forces extraconstitutionnelles. À l’évidence, les algériens ne croient pas que la révision de la Constitution, à laquelle ils sont appelés ce 1er novembre, va stopper le mouvement de désinstitutionalisation et de patrimonialisation de l’État. Ils sont plutôt convaincus qu’elle vise à confirmer le renouvellement de l’hégémonie des forces extraconstitutionnelles. Rousseau n’écrivait-il pas que « le plus fort, n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir » ? Les manœuvres en cours dans les coulisses du pouvoir ne peuvent donc que pousser la société à rejeter le système par tous les moyens pacifiques. Le plébiscite s’annonçant dans les mêmes conditions scandaleuses que celles du 5ème mandat, le rejet déjà actif en Kabylie n’est donc pas l’expression d’un séparatisme mais cristallise la détermination de toute la société. En poussant à la confrontation, le pouvoir fait définitivement passer l’Algérie d’une crise de régime à une crise du système constitutionnel, du rejet du 5ème mandat au rejet d’une Constitution. Et, alors que nous vivons un nouvel épisode de non-respect de la Constitution et de piétinement du droit et des libertés, la souveraineté populaire se révèle comme l’enjeu principal de ce référendum. C’est la question dont dépendent aussi bien l’exercice politique que le respect de la Constitution et autour de laquelle se noue et se dénoue celle des forces extraconstitutionnelles.

En jetant en prison les généraux Médiène et Tartag ainsi que Saïd Bouteflika pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État », Gaïd Salah réduisait les forces extraconstitutionnelles à celles liées au clan Bouteflika. C’est aussi ce que contestent les algériens à l’occasion du référendum de ce 1er novembre. Avant d’arriver à la condamnation des trois accusés, les péripéties auront été nombreuses. L’annulation des élections et la démission de Bouteflika sont d’abord présentées comme l’acte de défaite de ceux qui soutenaient la candidature de Bouteflika, dont Gaïd Salah. Mais de nombreux commentateurs nous ont expliqué, pas toujours de manière convaincante, qu’on a tenté ensuite de détourner le triomphe de la société. L’ancien responsable du DRS réapparaissait soudain, remis en selle, nous disait-on, par celui qui l’aurait chassé : Saïd Bouteflika, agissant dans l’ombre du Président malade et agitant les sceaux de la République pour hypnotiser celui qu’on avait surnommé le Dieu de l’Algérie. Une alliance se serait, alors, nouée autour d’une tentative d’engager une nouvelle transition pilotée par le général Zeroual. Le chef d’état-major dénonçait alors une volonté de « faire croire à l’opinion publique que le peuple algérien rejette l’application de l’article 102 de la Constitution », avant de déclarer que « face à ces plans qui tendent à semer les graines de la discorde et de la sédition entre les algériens et leur armée, l’armée nationale populaire continue à leur faire face, conformément aux dispositions de la Constitution.» Gaïd Salah passera ensuite à l’acte, faisant de la Constitution un mandat personnel pour instrumentaliser l’armée, dans un conflit de pouvoir. Un récit s’est ainsi imposé : N’ayant pu se résoudre dans les appareils, la lutte souterraine qui opposait le chef d’état-major et l’ancien chef du DRS a éclaté au grand jour le 22 février 2019 et mis à nu les forces extraconstitutionnelles.

La revue El Djeïch nous apprend que le complot remonte à loin et on peut y lire : « aujourd’hui, nul n’ignore que les exécutants de ce plan machiavélique, ceux qui leur ont confié cette tâche et ceux qui gravitent dans leur giron, ont attendu, durant les années passées, la moindre occasion pour le mettre à exécution en ayant recours à diverses voies et moyens.» Dans cette narration, il apparaît que les luttes avaient pris un cours judiciaire au moins depuis le procès du général Aït Ouarabi dit Hassan. Et on se rappelle, qu’à cette occasion, le général Médiène brisait le silence dans une lettre rendue publique, pour plaider en faveur de l’accusé. Quand le général Aït Ouarabi fût condamné, Louisa Hanoune pointait du doigt « le pouvoir parallèle qui a osé dicter une décision politique » et Benflis dénonçait « une épuration politique pour crime de non-allégeance ». Une digue semblait s’être rompue et le général Benhadid était arrêté à son tour, en octobre 2015, après avoir suggéré que Saïd Bouteflika, à la tête « d’une bande maffieuse », se préparait à succéder à son frère. En 2019, Nezzar et Zeroual choisissaient un camp dans cette querelle et dénonçaient les plans de Saïd Bouteflika et du général Médiène. Quelle que soit la réalité de ce récit - seule une justice réellement indépendante pourra nous éclairer- il soulève immanquablement une interrogation : une armée divisée en clans peut-elle organiser sa retraite du champ politique ? Autrement dit une armée où des clans au sein de l’état-major se disputent la dépouille de l’Algérie comme des seigneurs de guerre peut-elle admettre la souveraineté populaire ?

Les révélations de la presse fixent la dimension des enjeux financiers. Une série de procès permet déjà de parler de 10 000 milliards de dinars. À l’issue du premier méga show judiciaire post-Bouteflika, Ali Haddad l’ex-patron des patrons est condamné à 18 ans de prison ferme et deux anciens chefs du gouvernement, Ouyahia et Sellal, à 12 ans de prison ferme. Le procès établit ainsi une hiérarchie des responsabilités que l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie explique par la volonté des oligarques d’acquérir du pouvoir politique. Mais se serait accréditer l’idée d’une justice indépendante, alors que la société a du mal à y croire et qu’il serait plus vraisemblable que ce soit l’homme d’affaire qui ait servi de prête nom à des politiques, eux-mêmes soumis à la volonté de ceux qui contrôlent l’état-major de l’ANP. Après tout Haddad a commencé ses affaires avec l’armée, en rachetant de la ferraille. Six autres ministres sont condamnés à de la prison, dont Ghoul à 10 ans et Benyounès à 3 ans. Là encore la culpabilité de l’un est plus grande que celle de l’autre, ce qui n’est pas sans signification politique. L’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abessalem Bouchouareb, l’architecte de ce vaste réseau de détournement, nous dit-on, reste en cavale. Pour faire bonne mesure deux anciens walis et les 5 frères d’Ali Haddad sont eux aussi condamnés. Ils doivent tous verser un montant de 135 milliards de centimes au Trésor public. Si on ajoute les 225 milliards de centimes que Mourad Oulmi patron de SOVAC doit, suite à sa condamnation, rembourser au Trésor public ça commence à chiffrer. L’avocat du Trésor public dit à propos des affaires traitées par la justice qu’elles constituent néanmoins que la « partie émergée de l’iceberg ». Des procédures de saisie sont en cours, même à l’étranger, et 200 entreprises sont concernées. A ces procès il faut ajouter ceux de Tliba, ex-député et homme d’affaire proche du défunt Gaïd Salah, celui de la fameuse madame Maya, la fille cachée d’Abdelaziz Bouteflika ainsi que celui du repenti Rebrab qui après avoir affronté les rigueurs d’une justice aux ordres doit affronter la colère de ses employés soutenus par l’UGTA, « le bras social du pouvoir». Toutes ces affaires donnent la mesure de la collusion entre politique et argent sale.

Le procès du DGSN Hamel - titulaire du grade de général-major et de plus de 25 comptes bancaires - aboutit à une condamnation à 12 ans de prison ferme pour avoir acquis de manière irrégulière des biens immobiliers, des terrains et des entreprises dont son épouse et ses enfants étaient officiellement propriétaires. Ce verdict conforte ce qu’exprimait Mahmoud Rechidi, le SG du PST : « la haute hiérarchie militaire fait partie de l’oligarchie au pouvoir». Il n’est néanmoins pas évident qu’il existe une contradiction entre l’armée en tant qu’institution dont la position semble toujours dictée par le souci de retenue et celle de son commandement, totalement débridée. Il est vrai, nous expliquait le regretté El Hachemi Chérif que sa« hiérarchie n’est pas neutre. Elle n’est neutre ni objectivement par sa position dans la société et ses rapports à l’Etat, ni subjectivement du point de vue de ses choix ». Il nous rappelait, par ailleurs, que l’armée « évolue en fonction de l’évolution du rapport des forces au sein de la société, du pouvoir et de la classe politique », ajoutant : « L’ANP s’est modelée aussi, en fonction des restructurations qui affectent l’élite du pays et donc sa propre élite.» L’histoire semble donc vouloir retenir que l’ANP n’a pu que laisser faire Bouteflika qui a promu son clan, en jouant sur les contradictions entre membres de l’état-major et en protégeant ses intérêts, comme lors de la précédente révision constitutionnelle qui a introduit un article sur le secret des affaires, véritable épée de Damoclès sur la liberté d’informer. L’article n’est naturellement pas abrogé dans la Constitution révisée par Tebboune, tandis que toutes les dispositions concernant la lutte contre la corruption, pour la transparence, l’interdiction de cumul de charges publiques et d’activités privées sont réduites à néant par l’instrumentalisation de la justice. Soulignant avec éloquence une remarquable continuité constitutionnelle et une parodie de justice, Sellal s’est d’ailleurs déclaré, lors de son procès en appel, prêt à aller voter le 1er novembre. Une Constitution liberticide constitue la loi du pouvoir, c’est-à-dire son côté abstrait, la corruption en représente les mœurs, c’est à dire le côté vivant, peut-on dire en paraphrasant Hegel.

Avant de se retrouver lui-même en prison, le général Ghediri exposait les pratiques du pouvoir et proclamait que« s’il faut sacrifier une centaine de personnes, on les sacrifiera, même si cela pose problèmes sur le plan constitutionnel » puis réagissant à l’arrestation des généraux Médiène et Tartag, dans la même logique de boucs émissaires du système, il expliquait : « Je ne dis pas qu’il ne fallait pas procéder aux arrestations, mais le vrai danger, ce sont ceux qui ont accaparé le pouvoir à l’insu du Président au nom de liens de parenté ». A défaut de juger Abdelaziz Bouteflika c’est son frère qu’il fallait rendre coupable de toutes les dérives d’un système. L’esprit réducteur de cette démarche est évident car nous en étions déjà arrivés au point où le général Nezzar, avant de s’enfuir à l’étranger, s’était montré disposé à être lui-même jugé, en défiant le chef du parti des assassins d’accepter, lui aussi, un procès dans lequel il serait prêt à reconnaître les crimes islamistes. Le général Médiène, quant à lui, s’est montré favorable à l’idée de rendre des comptes à l’occasion d’un procès télévisé. Lahouari Addi décrit la perspective ainsi : « le hirak va donner l’occasion à de jeunes officiers d’être promus pour assurer la relève nécessaire dans la hiérarchie militaire. Les généraux impliqués dans la corruption seront mis à la retraite. Quant au lourd héritage des années 1990, les jeunes généraux qui avaient 30 ans en 1990, avec les grades de lieutenants et capitaines, ils n’ont pas à l’assumer. L’armée n’a pas torturé car la torture est interdite par la Constitution et par le règlement de l’armée. S’il y a des officiers qui ont torturé, c’est à eux d’assumer la responsabilité et non l’armée qui est une institution. Des individus portant l’uniforme ont torturé, ils subiront à titre individuel le jugement de l’Histoire et des hommes ». Les « égarés » de part et d’autre ayant reconnus leurs torts il sera alors possible d’écrire un récit national et une Constitution qui auraient l’approbation de tous. La justice de transition est d’abord et avant tout un acte politique, celui qui permet d’aller vers une justice indépendante, celle qui se rendra au nom du peuple, une expression de la souveraineté populaire affirmée par la Constitution.

Mais condamner les forces de l’argent sale sans reformuler l’article 2 de la Constitution qui déclare que l’Islam est religion d’état, c’est d’une certaine manière maintenir une tutelle sur la souveraineté populaire. Le pouvoir vient ainsi s’établir en conscience religieuse du peuple algérien et ce n’est pas par hasard qu’il inaugure la grande Mosquée d’Algérie en même temps qu’il tient le référendum pour la Constitution un 1er novembre. Dans ces conditions, appeler à voter non c’est pour le MSP voter oui deux fois, au sens où la nouvelle Constitution ressemble furieusement à l’ancienne qui prévaudra si le non l’emportait tout en s’inscrivant dans les manœuvres de l’actuel pouvoir qui lui permet de faire campagne pour le non pendant que sont emprisonnés ceux qui rejettent la révision constitutionnelle, soulignant la détermination du pouvoir à faire passer son projet coûte que coûte. Cette posture des partisans de Makri est dictée par un souci tactique, s’assurer une visibilité médiatique pour espérer peser électoralement à l’avenir. Le MSP est coutumier de ce genre de trahison. Il suffit juste de se rappeler qu’il avait entamé des négociations avec le pouvoir autour d'un report de l'échéance présidentielle et une prolongation du quatrième mandat de Bouteflika. Il n'est pas sûr que ces manœuvres permettent d'esquiver une sanction historique ou plutôt sa confirmation. Nos chourocrates espèrent que l’armée les protégera d’une rupture, mais en même temps ils n’excluent pas un autre type d’évolution et tentent de ne pas se disqualifier aux yeux de l’opinion dont ils se disent qu’elle n’est pas représentée par le seul hirak, et dont ils voient bien que des pans entiers craignent une remise en cause du compromis islamo-conservateur assuré par Bouteflika.

Le pouvoir quant à lui, et l’ANP en particulier, a besoin du MSP dans le débat constitutionnel justement parce que les partisans de la chourocratie se réjouissent du maintien de l’article 2 en l’état, voulant compenser au niveau spirituel leur impuissance politique. Pour l’ANP, il apparaît pourtant nécessaire de réviser cet article en faveur d’une formule du type : « l’Islam est la religion du peuple algérien. L’État empêche son instrumentalisation ». Mais pas plus. En effet, l’enquête « génération what ? Algérie », consacrée aux jeunes, montre que majoritairement ils sont pour séparer le politique et le religieux, mais l’ANP ne veut surtout pas se justifier de l’affrontement avec le terrorisme islamiste pour en tirer les leçons de la manière la plus conséquente. Pour l’armée, c’est autour de cette reformulation et plus largement celle ayant trait à l’identité que pourra se produire une synthèse entre les thèses progressistes et celles du national-populisme que les relais du pouvoir veulent voir se dresser les uns contre les autres au sein du hirak. Ce qui montre que L’ANP reste partagée entre exigences universalistes et conceptions culturalistes encore dominantes. Certains se proposent cependant de totalement stériliser ces dernières en ce qui concerne tamazight et refusent toute idée d’indépendance de la Kabylie, combien même ce choix pourrait-il être fait dans des conditions démocratiques, ce rejet n’étant pas une spécificité algérienne quant on voit ce qui se passe en Catalogne. Cette orientation a été fortement soulignée par l’attitude du défunt chef d’état-major vis-à-vis du drapeau amazigh. Mais Miloud Chorfi, docteur en sciences politiques à Montréal, a ajouté aux considérations politiques et idéologiques un argument qui se voulait académique. Il a ainsi déclaré que « le souhait hautement légitime de la subordination du militaire au politique ne se fait pas contre l’armée mais avec l’armée » précisant que pour lui « le succès de la séparation du militaire et du politique ne peut s’accomplir dans le cas spécifique de l’Algérie, sans deux autres séparations… la séparation du religieux et du politique et une séparation des revendications identitaires amazigh, tout à fait légitimes, de l’irrédentisme séparatiste et de l’exclusion par la manipulation de l’appartenance identitaire». Le pouvoir et donc l’ANP peut ainsi renvoyer dos-à-dos indépendance de la Kabylie et État théocratique comme Bouteflika parlait de deux extrémismes à propos des partisans de la laïcité et de l’État théocratique ou que Chadli Bendjedid justifiait la légalisation du FIS par celle du PAGS. Le but est de mettre ainsi une borne aussi bien à l’idée de progrès qu’à celle de liberté. Plus de religion d’État mais pas de laïcité, de l’autonomie mais pas d’autodétermination.

C’est une vision défensive de la personnalité nationale et dévoyée de l’unité qui anime les promoteurs de ces conceptions. Ils veulent bien du changement mais dans les clous. Ils font ainsi preuve d’une incapacité à voir en quoi l’Islam participe de l’universel, y compris dans la construction de la laïcité, qui est aussi un héritage de l’averroïsme latin. C’est également une incapacité à voir en quoi l’unité nationale n’est pas dans l’intégrité territoriale mais dans l’unité entre la Nation et ses institutions. Toute autre position entache d’un doute le soutien au droit des peuples à l’autodétermination, dont le crédit est entamé par la faiblesse de l’appui à la Palestine à un moment crucial. Au lieu d’une Constitution qui en finisse avec l’idéologie d’État, l’ANP est juste prête à accepter une idéologie moins étouffante. Au mieux, sa protestation contre le despotisme ne sera qu’un vœu pieu, un compromis plus large, incluant plus de forces, la réconciliation globale comme la souhaite le MSP. Cette attitude est malheureusement alimenté par Saïd Sadi qui en faisant ostensiblement le choix du clivage avec Mourad Dhina, masque sa disponibilité au compromis, dans lequel il s’inscrit depuis longtemps. En présentant l’animateur de Rachad comme l'instigateur d’une nouveauté dans le champ politique, à savoir le compromis « islamo-militaire », il reproduit ce qu’il avait déjà accompli en boycottant la dernière fraude du siècle, à savoir l’élection de Bouteflika en 1999, avant de rejoindre le gouvernement de la Concorde civile, aux côtés des partisans de Djaballah et de Nahnah. Il fait ainsi comme si la loi sur la Rahma, la trêve avec l’AIS, la concorde civile et la charte pour la paix et la réconciliation n’avaient jamais existé. Mais le compromis c’est toute la ligne du pouvoir, et donc de l’ANP, depuis l’assassinat de Boudiaf. Et la condamnation de Yacine Mebarki à dix ans de prison pour des pages manquantes dans le Coran trouvé chez lui est un gage renouvelé en direction de l’islamisme.

En attentant ainsi à la liberté de conscience de Yacine Mebarki, le pouvoir refuse de l’élever au rang de citoyen et par la même ne peut prétendre à se revendiquer d’une Constitution, car il n’y a pas de Constitution sans citoyenneté. En structurant le débat sur la Constitution dans les termes qui ont été imposés à la société, aussi bien par le pouvoir que par ceux qui, dans le hirak, se montrent enclins à entendre ses argument, il apparaît que nous ne nous dirigeons pas vers une double rupture avec l’islamisme et les forces de l’argent sale, mais plutôt vers un double compromis. C’est la force du rejet du référendum convoqué par Tebboune qui permettra de desserrer l’étau, de mettre une limite à la puissance étatique, de soumettre l’État à la loi, une loi dont le contenu devra être toujours plus démocratique et qui consacrerait la souveraineté populaire à chacun de ses articles et pas uniquement aux articles 7 et 8. C’est le chemin exigeant pour en finir avec l’intrusion partisane de l’ANP en politique. C’est compter sur la société et un État digne de ce nom sans jamais négliger le potentiel démocratique de l’ANP. En lui rappelant encore et toujours qu’elle est et doit être populaire et qu’elle doit exprimer l’essence de notre peuple dans sa lutte contre le despotisme néolibéral adossé à la rente. Dans l'immédiat c'est rejeter le bourrage des urnes et fonder la deuxième République.

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