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Publié le : 28 Décembre, 2019 - 18:00 Temps de Lecture 2 minute(s) 669 Vue(s) Commentaire(s)

Coup de gueule du dessinateur de presse Ghilas Aïnouche

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«Salut mes ami(e)s ! Je voulais juste vous faire part du blocage de ma page pendant 48 heures, après la publication d'un dessin suite à la mort de Gaïd Salah. Le dessin a été signalé puis supprimé pendant 20 à 25 minutes après sa publication. Depuis, je n’ai pas pu publié pendant 48 heures. Je n'ai jamais reçu autant de message d'insultes et même de menaces qu'à ce moment-là. Comme d'habitude, la caricature et la satire n'arrive pas à gagner sa place en Algérie.

Ce phénomène du syndrome de Stockholm dépasse toutes les limites. Cette mort de Gaïd Salah m'a fait découvrir le vrai visage de plusieurs journalistes, opposants et même de simples citoyens que je respectais bien auparavant.

Moi, je suis dessinateur de presse. Je réagis à tout et en toute liberté. J'essaye de garder ma spontanéité naturelle loin de toute haine ou méchanceté. Mais en lisant certains messages de ces chiyatines, le bon sens et la logique ont perdu leurs valeurs et fait part au processus d'inversion accusatoire. Maintenant, c'est celui qui est honnête et intègre, celui qui demande ses droits sans rentrer dans les rangs du système qui est taxé de harki, traître, main de l'étranger, fils de la France, ennemi du pays ... Incroyable ! Vous devez être un chiyatte b'draâ, sinon vous n’êtes qu’un harki !

Je suis déçu aussi par presque tous les journaux papiers francophones et arabophones et même de certains caricaturistes. Là, j'ai honte de dire que j'ai déjà travaillé dans les journaux algériens. J'ai honte de faire partie de cette famille qui n’a ni honneur, ni dignité, ni principe. Là, c'est vraiment trop ! Aucun professionnalisme ! Je ne me reconnais plus dans ces journaux, à part peut-être un ou deux journaux, juste pour ne pas dire tous à 100%.

Ils ont une mémoire courte, mais moi, je ne peux pas oublier le plan "zéro Kabyle", les prisonniers innocents, les blessés qui ont perdu un œil ou une jambe, le racisme anti-Kabyle depuis le début du hirak et beaucoup d'autres dépassements. Je n'ai jamais eu autant de problèmes dans mon métier que lors du hirak. Vous voyez Gaïd Salah comme un héros et vous le dites, c'est votre opinion. Mais ne venez pas insulter ceux qui ne disent pas que Gaïd est un héros. Gaïd Salah est mort, par respect aux morts, qu'il repose en paix. Mais ce n'est pas à sa mort que je vais changer d'avis à son encontre. Sinon, ce ne serait que de l'hypocrisie. Pour moi, il n'a pas été un vrai héros de son vivant. Donc, ce n’est pas à sa mort qu'il va devenir héros, du jour au lendemain. Ce n'est pas par peur qu'on doit le dire ! Avant, les médias falsifiaient l'histoire. Maintenant, ils falsifient même le réel (et devant nos propres yeux) ! Ça ne veut pas dire que je réfléchis de cette manière que je manque de respect envers sa personne, sa famille, l'Algérie ou autre. Arrêtez de dicter aux gens comment ils doivent penser des autres. Si on n'a pas le droit de dire ce qu'on pense, il ne reste plus rien à faire dans notre pays !»

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