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Publié le : 19 Mai, 2020 - 15:45 Temps de Lecture 3 minute(s) 4510 Vue(s) Commentaire(s)

Et si toute l’Algérie était la Kabylie ?

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Quand on dit que la Kabylie est différente du reste de l’Algérie, on nous traite de racistes, de séparatistes, de traîtres à la solde de l’Occident, même si beaucoup le pensent mais n'ont pas le courage de l'assumer. Cette différence que j’entends, n’est pas ethnique comme certains tenteraient de l’interpréter, loin s’en faut, c’est un particularisme culturel surtout, qui a bourgeonné il y a plus d’un siècle dans les années 20 du siècle dernier, et qui continue de donner ses fruits à travers une transmission générationnelle constante. On n'a pas besoin de s’égarer dans des explications philosophiques ou politiques pour affirmer cette réalité. Il suffit d’observer quelques événements récents, pour comprendre que dans cette contrée, les citoyens réfléchissent de façon différente, agissent de façon différente, avec des aspirations et des idéaux différents. Si la revendication phare du mouvement du 22 février, qu’est l’édification d’un État civil, réunissait tous les Algériens, beaucoup de choses les séparent, notamment sur le modèle social et politique de cet État rêvé. Les vidéos qui nous viennent des quatre coins du pays sur l’intolérance qui couve au sein de ces sociétés, terrassées par le dogme et l’ignorance, sont autant de preuves sur ce particularisme culturel dont je parle.

Dans le centre-ville d’Annaba, à l’est du pays, des indicateurs de police, embusqués dans une voiture, ont signalé au commissaire de la ville, un groupe de jeunes qui mangeaient en plein jour pendant le mois de carême. Ce dernier donne l’ordre à une patrouille qui va appréhender les trois jeunes qui seront embarqués avec des coups de pieds, ce qui ferait exploser de joie les indicateurs qui filmaient la scène. À Alger-centre, un jeune du quartier populaire de Bab El Oued a détruit une fresque, applaudi par ses amis en «Qamis», très contents d'avoir débusquer les «intentions maçonniques» de l’artiste. En France encore, pays où la liberté de conscience est consacrée, un jeune algérien, un pickpocket en situation irrégulière, corrige à coup de gifles son ami algérien, qui était en train de casser la croûte pendant qu’un troisième, euphorique, filme la scène. On serait tentés de penser, qu’il s’agit d’actes isolés, mais quand on lit les milliers de commentaires en bas des vidéos, félicitant les auteurs de ces crimes contre les libertés, on comprend que ces énergumènes ne sont que des échantillons d’une société sclérosée par l’ignorance sacrée dont parlait Mohamed Arkoun.

En Kabylie, on ne trouvera pas ce genre de comportement. Même dans les villages les plus reculés, la liberté de culte est consacrée. La tolérance se vit de façon naturelle. Il est même indécent de demander ses croyances à quelqu’un. Les membres d’une même famille, qui vivent sous le même toit, ne partagent pas les mêmes croyances, sans que cela n’affecte la cohésion de la fratrie. Concernant les fresques, chaque village en a une ou parfois plusieurs. Avec le passage du festival Racont'Art dans certains villages de Kabylie, ces œuvres artistiques se sont multipliées au grand bonheur des artistes qui les réalisent, et la joie des villageois qui voient leur village embelli. L'art, chez nous, se vit tous les jours. Même les mythes sont célébrés dans la joie et la bonne humeur. Même si cela renvoie à des pratiques païennes, mais nous avons compris l’importance des mythes dans la vie d’une société, sans que cela n’affecte notre esprit universel et notre ouverture sur le monde et le progrès. Pour notre diaspora très nombreuse à l’étranger, il est même inconcevable, que l’un des nôtres, verbalise sans concitoyen parce qu’il ne partage pas les mêmes croyances que lui. Beaucoup sont mariés à des non croyantes, sans les convertir à leur religion, et vivent en parfaite harmonie.

Il peut paraître pour certains, que ces divergences énumérées ne peuvent pas constituer des éléments de fixation pour établir un jugement global. Mais ce sont ces valeurs qui font la grandeur d’une société donnée. La tolérance, les libertés, le vivre-ensemble, sont autant de valeurs qu’il faudrait cultiver si nous voulons prétendre à un État démocratique. Est-ce que le mouvement du 22 février pourra régler ces questions en suspend ? Ce n’est pas gagné d’avance.

NB: À droite, deux jeunes femmes réalisent une fresque au village Sahel de Bouzeguene. À gauche, un jeune de Bab El Oued détruit une fresque à Alger-centre.

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