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Accueil À la Lutte 8 mars : une journée de résistance, de mémoire, de paroles libérées et de sororité
Publié le : 08 Mars, 2022 - 10:15 Temps de Lecture 4 minute(s) 272 Vue(s) Commentaire(s)

8 mars : une journée de résistance, de mémoire, de paroles libérées et de sororité

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J’ai longtemps hésité à publier ce message tant les souvenirs de combats passés et présents sont prégnants et pesants.

Le 8 mars n’a jamais été un jour de fête dans mon existence. Il est associé viscéralement au combat de centaines de milliers de femmes pour exister dans un monde d’inégalités criantes, de résistance contre les violences , de manifestations contre l’intégrisme islamiste , de paroles fortes et déterminées pour dire l’innommable, dénoncer le viol, l’inceste, le féminicide…

Il m’est donc impossible de ne pas livrer cette mémoire du 8 mars de la résistance des femmes contre l’intégrisme et l’oubli. Ce combat que les femmes algériennes ont mené de front , à visage découvert , dans les villes et les villages d’Algérie. Dire NON au diktat de la horde du FIS et des GIA qui ont massacré des villages entiers , kidnappé les jeunes filles pour en faire leurs esclaves sexuelles.

Cette résistance des femmes que beaucoup tentent de gommer de l’histoire récente de notre pays est une vaine tentative de falsification de la réalité. Car il y a eu des résistantes aux bras nus pour défendre leurs filles quand les GIA voulaient les enlever, il y a eu des femmes déterminées pour défendre leur villages lorsque les hommes les ont déserté, il y a eu des femmes pour occuper les rues des grandes villes quand les bombes explosaient et creusaient des cratères aussi profonds qu’un puits, il y a eu des femmes pour manifester devant la présidence de la république pour dénoncer les pourparlers secrets avec les islamistes. Il y a eu des femmes courage, d’une énergie indomptable pour garder la tête haute lorsque beaucoup baissaient l’échine et préféraient le silence au refus.

Oui ! Pendant une décennie, il y a eu des centaines de femmes qui ont fait face à l’horreur pour éviter à l’Algérie de s’effondrer. Symboliquement et activement, elles ont tenu la voûte d’un pays ensanglanté. Et fait en sorte que la peur ne soit pas une contagion tant la terreur de la violence intégriste était terrifiante .

Il y a eu Rabéa Sellami à Haouch Gros, Rachida l’agronome dans la forêt de Mostaganem pour organiser les villageois et empêcher l’implantation de maquis islamiste, Khadidja la vétérinaire de Tiaret pour insuffler du courage aux femmes des villages , Khalti Yamina de Jijel pour organiser un groupe de patriotes afin d’empêcher l’occupation de leur territoire par le GIA, Cherifa Kheddar qui se releva après l’assassinat de son frère et sa sœur pour fédérer les familles victimes dans Djazairouna, il y a eu Anissa Asselah qui sema les couleurs et la vie parmi les étudiants des beaux-arts et fait de sa résilience et résistance un rempart infranchissable à la terreur. Il y a eu Raja Alloula qui reprit la voix de Abdelkader pour continuer à la faire tonner sur toutes les planches du pays et du monde. Il y a les enseignantes survivantes des attentats contre leurs collègues qui continuèrent à dispenser le savoir à leurs petits élèves, les travailleuses de l’usine de Sidi Bel Abbès qui refusèrent d’arrêter de travailler jusqu’à ce que les terroristes mettent le feu à leur usine dans un ultime geste de lâcheté. Il y a eu Khalti Houria la maman d’Amel Zanoune qui donna une leçon de dignité et de courage a toutes les familles effondrées. Il y a eu Louisa Ami la photographe pour conserver les empreintes de l’horreur mais aussi de la résistance , des femmes journalistes pour sillonner le pays et témoigner. Il y a eu Kheira, Lila, Zouzou, Saleha ces indomptables militantes du RAFD, infatigables résistantes pour dénoncer l’horreur, accompagner les familles victimes , courir les tribunaux pour aider les veuves à régler les dossiers administratifs , organiser des colonies de vacances pour redonner du rêve aux enfants et apaiser leurs traumatismes.

Il y a eu tout le combat pour soutenir et rendre un peu de vie aux femmes violées rescapées des maquis du GIA, du procès aux États-Unis contre Anouar Haddam avec le soutien inconditionnel et bénévole de l’immense avocate des droits humains Rhonda Copelon (paix à sa belle âme), procès qui empêchera ce soutien du FIS et GIA d’obtenir des droits élargis aux États-Unis. Il y a eu les témoignages du RAFD dans le monde entier pour alerter sur le danger mortel que représente ce mouvement conquérant et assassin. Alerter du danger de ce projet politico-religieux que l’Algérie vivait dans une tragédie et servait de laboratoire. Il y a eu toutes ces rencontres extraordinaires avec les résistantes afghanes , iraniennes , soudanaises qui savaient avant nous ce que signifie le projet théocratique.

Et il y avait le 8 Mars du RAFD, un grand moment de mobilisation, de résistance et de reconnaissance à toutes celles qui ont osé dire Non et refuser d’abdiquer. Un 8 mars devenu le symbole de ralliement de toutes les femmes qui venaient de partout pour se rassembler au cœur d’Alger afin de rendre hommage à leurs sœurs de cœur et de combat. Avec le Prix de la Résistance des Femmes contre l’intégrisme et l’Oubli, de 1999 à 2007 des dizaines de femmes héroïques ont été célébrées dans une cérémonie publique chargée d’émotion, d’énergie exceptionnelle et d’inspiration contagieuse .

Toutes ces femmes ont nourri et continuent de nourrir notre courage et notre détermination. Il n’y a de victoire que dans le combat collectif. Les femmes connaissent mieux que quiconque le prix de la Liberté.

À vous toutes que je connais et que j’aime,

À vous toutes que je ne connais pas encore,

À vous toutes que je devine submergées de silence et de paroles enfouies,

À vous toutes qui regardent l’horizon avec un espoir fou de devenir des adultes libres de vivre vos rêves ,

À vous toutes qui m’enseignent encore et encore combien nous sommes fortes ensemble,

À vous toutes qui avez décidé d’assumer vos choix en dépit du poids des interdits,

Je vous dit mon admiration et ma fierté d’être née femme ..

PS : je serai très honorée si celles et ceux qui ont assisté aux manifestations du RAFD à Alger ou ailleurs apportent leurs témoignages en commentant mon modeste témoignage.

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