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Publié le : 27 Mai, 2020 - 20:00 Temps de Lecture 7 minute(s) 7852 Vue(s) Commentaire(s)

Algérie Mon Amour de France 5 : les protagonistes menacés, l’Algérie rappelle son ambassadeur et le Hirak refuse la différence

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Le film-documentaire «Algérie mon amour», diffusé hier, mardi 26 mai, sur la chaîne de télévision France 5, a suscité une véritable onde de choc sur la toile.

Mardi 26 mai, la chaîne de télévision France 5 a présenté dans son programme «le monde en face», un film documentaire intitulé «Algérie mon amour», consacré à la jeunesse algérienne en pleine révolution populaire. Pendant une heure et demie, le journaliste fait découvrir les premières images du Hirak, y mêlant les témoignages de jeunes algériens dont des militants actifs.

Mais avant même la fin de l’émission, le film faisait déjà polémique. Décevant pour les uns, excellent pour les autres…les réactions étaient mitigées. «Le Hirak est un phénomène multidimensionnel. Il ne se réduit pas qu’à un rapport de force vertical, politico-politique, entre le peuple et le régime», lit-on sur le mur de la page Endorphine. Et de poursuivre : «c’est aussi une révolte individuelle, une quête de liberté, une citoyenneté inaltérée par des choix personnels. C’est une occasion de s’assumer au premier niveau, s’affirmer dans sa pleine différence, et c’est même la définition de la révolution. C’est un changement brusque à l’échelle politique certainement, mais naturellement aussi à l’échelle sociale, économique, morale, artistique.»

Réagissant aux tombereaux de critiques que subit depuis hier le réalisateur, Mustapha Kessous, mais aussi les cinq jeunes dû films, Endorphines estime que «la révolution c’est surtout cette nouvelle façon de se représenter, le passage d’un paradigme vers un autre. Et c’est bien dans cette perspective-là qu’il fallait interpréter le reportage diffusé hier sur France 5. Un reportage d’ailleurs qui ne parle pas du Hirak, d’un angle fermé, spécialiste, mais de l’Algérie, de sa jeunesse, en intégrant la variable du Hirak comme un élément, justement, déclencheur de cette dynamique d’émancipation, où les tabous, les désirs, les divers sujets dits ou vus aujourd’hui comme sensibles ne passeront plus sous le tapis... ni leurs auteurs auront ce sentiment de devoir se cacher pour être à l’abri d’un jugement, du mépris, d’un procès, d’un meurtre ; n’oublions jamais une chose, l’Algérie, aujourd’hui encore, elle tue pour une divergence d’opinions, elle tue la différence, preuve qu’elle n’est pas encore mature, et c’est l’occasion de l’initier par l’image à ce qu’elle essaye perpétuellement de fuir, c’est-à-dire cette différence, cette liberté, cette vie, c’est aussi ça l’art, non ?». Et de poursuivre : «il faut que l’Algérie comprenne qu’on n’est pas obligé d’être "algérien" pour être algérien. Le premier algérien c’est la caricature du second : c’est-à-dire cet individu miséreux, renfermé sur lui-même, en excès de piété, exclusivement musulman, le quartier, emprisonné dans cette vision tribale que lui ont léguée — par fatalité, ou faute de mieux — ses ancêtres, un individu qui traduit inconsciemment, tant c’est devenu automatique, toute divergence comme un égarement, une trahison ; tout épanouissement comme une taquinerie, une transgression, une menace vis-à-vis des "valeurs" (lesquelles ?), les "traditions" (lesquelles ?), de l’Algérie (laquelle ?)... voyez-vous, cette caricature-là de l’Algérie et de l’algérien. Ce dernier, j’ai envie de dire, n’a pas à s’y conformer pour être algérien. La citoyenneté, de fait, est et doit être, inaltérable par nos divergences politiques, idéologiques, par nos tendances religieuses ou nos choix vestimentaires ou artistiques. On ne clone pas des algériens.» Amar Kessab, auteur culturel et chercheur voit, quant à lui, que «c’est le portrait de 5 jeunes Algériens qui ont décrit le Hirak tel qu'ils l'ont vécu. Ni plus ni moins». «Je ne vois absolument aucun élément choquant là-dedans ! Au contraire. Eu égard aux réactions hostiles, je m'attendais à ce que des sujets tabous soient évoqués, approfondis», s’étonne-t-il.

Mais derrière ces réactions positives après la diffusion du documentaire, nous avons observé beaucoup de réactions moins conciliantes à l’égard du réalisateur mais aussi les participants du film, sachant que ce film est destiné à un public Français. En effet, le choix des intervenants, des jeunes de 20 ans, a fait grincer des dents des activistes du Hirak qui reprochent au documentaire de «dépolitiser le mouvement et de réduire les revendications des algériens à des problématiques d’ados», estime-t-on. «Pourtant, ça a bien commencé», regrette Jugurta Aissaoui, membre actif du Hirak, sur son compte Facebook. «De belles prises, des témoignages vifs et tranchés, ils étaient au cœur du sujet en commençant par le 1er jour du hirak… jusqu'à arriver aux soifs sociales, si je peux me permettre l'expression, d'une jeunesse à qui on a volé la liberté, la vie», écrit-il. Comme beaucoup d’internautes, Jugurta Aissaoui pointera du doigt, les raccourcis dans le récit de la révolution populaire. «Malheureusement c'est une atteinte au hirak, une atteinte à cette magnifique révolution, en réduisant les revendications du hirak à la frustration d'une partie de la jeunesse. Je cite, la masturbation, l’envies d'aller en boîte de nuit, fumer, boire .....», déplore-t-il.

Les protagonistes réagissent et parlent de «manipulation»

«Lorsqu’ils ont été contactés pour ce "projet", le réalisateur s'est présenté en tant qu'écrivain/journaliste. Les prises vidéos ne devaient être que documentation pour la rédaction d'un article», rapporte Zakaria Mohamed Brahami sur Twitter, précisant que ce sont les propos de Anis, l’un des protagonistes du film. Et de préciser : «avec le temps, le réalisateur a mentionné qu'il allait en faire un mini reportage. Anis et les filles pensaient - naïvement qu'il allait le publier sur sa propre chaîne Youtube. Peu de temps après la fin du tournage, le réalisateur leur annonce que cela va passer à la télé, sans pour autant mentionner sur quelle chaîne !». «Anis et les filles ont découvert en même temps que nous l'annonce de sa diffusion sur France 5, et n'ont en aucun moment donné leur approbation pour cela, étant donné qu'ils pensaient dès le départ que c'est un projet indépendant non médiatisé», soutient Zakaria Brahami. Toujours selon le témoignage de Anis, rapporté par Zakaria «une vingtaine de questions basées sur de grands axes tels que l'économie, la politique, le pacifisme du Hirak, le chômage et autres, ont été posées aux interlocuteurs. ce dernier n'en a pris que quelques unes, dont celles liées à la frustration sexuelle». Pour Zakaria Brahami «les jeunes protagonistes se sentent doublement victimes. Premièrement, car le réalisateur en fait un profil personnalisé à travers le montage. Les discussions sur le sexe, la cigarette et l'alcool ne constituent qu'une partie de ce qu'ils ont déclaré mais qui n'a pas été diffusé». Il explique en effet que «Anis et ses amis ont demandé directement au réalisateur de ne pas diffuser certaines scènes, jugées privées ou trop personnelles. Ils ont découvert en même temps que le public que cette promesse n'a pas été tenue». «Bien que j’assume ce mode de vie, je tiens à ma vie privé et elle a été violée par un réalisateur peu scrupuleux qui a voulu faire le buzz», confie Anis, dans une vidéo de lui, relayée cette après-midi sur les réseaux sociaux.

Harcèlement, insultes et menaces de mort

Si le débat est une nécessité à la vie publique, il est aussi un piège où l’analyse se retrouve constamment confrontée à la vindicte. Mais très souvent, cette vindicte se transforme en violence verbale et même physique. Sur les réseaux sociaux, on s’en est prit directement aux protagonistes du documentaire, dont Hania Chabane qu’on accuse de vouloir salir l’image du Hirak. «Je n’ai jamais vu autant de haine ni reçu autant de menaces de ma vie», a-t-elle déclaré à l’Avant-Garde Algérie. «Je ne comprend pas ce que j’ai fais de mal pour qu’on s’en prenne à moi avec cette violence ?» se demande t-elle encore, en réaction à la vague d’insultes et d’invectives dont elle fait l’objet depuis la diffusion du film, de la part de gens qui semblent ignorer que cette dernière est une militante active du Hirak, s’est faite arrêtée plusieurs fois par la police, humiliée, insultée…et pour autant, elle n’a jamais baissé les bras et continué à lutter à l’instar de milliers d’algériennes comme elle, pour une Algérie libre et démocratique, qu’on prend dans toute sa diversité. Hania n’a pas reçu que des menaces, mais elle a été beaucoup soutenu. Beaucoup de messages de soutien lui ont été exprimés dont celui du journaliste et militant Samir Larabi. «Toute ma solidarité avec Hania Chabane qui subit depuis, hier, une grande campagne de dénigrements misogyne, des menaces et des insultes . Hania fehla 3likoum». Anis, quant à lui, il dit être déçu du manque du soutien des «siens». «Nous nous sentons méprisés, trahis et attaqués par une communauté qu'on pensait la nôtre, qu'on a défendus. On a été gazés, matraqués et embarqués lors des manifestations et aujourd'hui ils nous font passé pour de mauvais patriotes. Nous sommes jugés et méprisés par cette populace», regrette-t-il.

L’Algerie rappelle « immédiatement »son ambassadeur à Paris

La polémique fut telle que l’Algérie a décidé de rappeler «immédiatement en consultations, son ambassadeur en France», indique un communiqué du ministère des affaires étrangères rendu public, ce mercredi.

Dénonçant «le caractère récurrent de programmes diffusés par des chaînes de télévisions publiques françaises, dont les derniers en date est ceux passés sur France 5 et la Chaîne Parlementaire LCP, le 26 mai 2020, en apparence spontanés et sous le prétexte de la liberté d’expression». le communiqué estime qu’«ils sont en fait des attaques contre le peuple Algérien et ses institutions, dont l’ANP et sa composante, la digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN)».

Pour les rédacteurs du document, «cet activisme où l’inimitié le dispute à la rancune dévoile les intentions malveillantes et durables de certains milieux qui ne souhaitent pas l’avènement de relations apaisées entre l’Algérie et la France, après 58 ans d’indépendance, et ce dans le respect mutuel et l’équilibre des intérêts qui ne sauraient faire l’objet de concession ou de marchandage»

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