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Accueil À la Lutte Algérie : temple des archaïsmes
Publié le : 08 Septembre, 2020 - 17:15 Temps de Lecture 4 minute(s) 454 Vue(s) Commentaire(s)

Algérie : temple des archaïsmes

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Des observateurs comme de simples citoyens l’ont légitiment relevé sur la toile : face aux réformes, adaptations et même révolutions cultuelles qui agitent le monde musulman, le régime algérien, archaïque et tétanisé, fait l’autruche. Coup sur coup, le président libanais vient de déclarer officiellement que le moment est venu pour construire un Etat laïc, le Soudan décide d’administrer la nation par la séparation des champs politique et religieux, la Tunisie envisage l’interdiction de l’utilisation des sonorisations pour l’appel à la prière ; ce vendredi, le saoudien Al Soudais, imam de la grande mosquée de la Mecque et néanmoins membre de la famille royale, embrayant sur la décision des Emirats arabes unis, bénie par les USA, de normaliser ses relations avec Israël délivre un prêche rappelant des séquences de l’histoire islamique où des relations apaisées avaient existé avec les deux autres religions monothéistes.

La question n’est pas d’analyser ici ces informations en profondeur. Symptômes d’un mouvement de fond, elles méritent plus de temps et d’attention. Il ne s’agit donc pas de savoir si l’annonce libanaise va se concrétiser rapidement, si la révolution soudaine va s’accomplir dans l’immédiat ni même de dire comment la décision tunisienne va s’appliquer. Les quatre exemples cités ici appellent néanmoins trois remarques et une conclusion.

Nous avons tous vu et entendu des élites algériennes s’abriter derrière l’hypothétique ralliement du peuple au fondamentalisme décréter que la simple évocation de la laïcité était au mieux une imprudence au pire une provocation pour ne pas dire une profanation. En Algérie, le conservatisme a aussi prospéré sur la démission du camp démocratique.

La deuxième observation renvoie à l’évolution des appréciations religieuses en Arabie saoudite. Qui peut croire que la nouvelle exégèse fournie par Al Soudais n’est pas directement liée à la stratégie électorale du président Trump, en grande difficulté intérieure ? Ce dernier veut marquer un coup sur l’incandescente scène moyen-orientale pour recueillir de substantiels dividendes avant le scrutin de novembre où il postule à un deuxième mandat. On a ici un exemple caricatural de la soumission d’un dogme religieux, en l’occurrence l’Islam, à des considérations politiques qui plus est extérieures au monde musulman. Facteur de préoccupation supplémentaire, cette instrumentalisation engage de fait les diplomaties de tous les pays qui admettent la préemption du religieux sur le politique. L’Algérie en fait partie. Chez les Musulmans, cette dépendance est mécanique puisque la souveraineté saoudienne sur les lieux saints de l’Islam est unanimement reconnue.

La dernière constatation et non des moindres, c’est le mutisme algérien, pouvoir et opposition confondus, face à des évolutions cultuelles planétaires qui ne manqueront pas de se précipiter. C’est au moment où le pays, longtemps dirigé par le très rigoriste Hassan Al Bachir, assume officiellement la laïcité comme condition de stabilité et de paix sociales que le gouvernement algérien, enkysté dans la paralysie et/ou la paresse politiques, se prépare à s’octroyer une nouvelle constitution prônant l’Islam religion d’Etat, incohérence intellectuelle et aberration constitutionnelle s’il en est. C’est au même moment qu’il contamine le premier novembre par l’inauguration d’une mosquée, horreur urbanistique qui a révulsé tant d’architectes algériens et symbole de la gabegie et de la corruption nationales. L’aveuglement du gouvernement ne surprend pas. Agonisant, le cadavre du FLN ne peut être en phase ou sensible aux mouvements des idées qui parcourent le monde. L’incompréhension vient des acteurs politiques non acquis à l’islamisme et qui pensent tirer quelque avantage de la ruse consistant à esquiver la question des fondamentaux qui conditionnent toute avancée démocratique. Même en se plaçant dans la logique du cynisme qui fuit les combats longs pour n’investir que le bazar politique, la démarche est vaine. L’islamisme est historiquement mort. Il est né de la guerre froide quand l’Occident avait besoin d’un sas pour contenir à peu de frais l’influence communiste. Cette sous-traitance est désormais géopolitiquement obsolète. La spéculation sur cette mouvance, et a fortiori la collusion avec ses supports, ne peut constituer un investissement rentable. Certes, le fondamentalisme islamique va encore engendrer crimes et confusions mais ses spasmes qui révèlent des frustrations mal digérées ou des ambitions inavouables ne peuvent être une matrice de proposition. En Algérie plus qu’ailleurs le combat pour la laïcité est à l’ordre du jour. Puissent ceux qui y adhèrent l’assumer enfin.

NB : Signe de cette anesthésie-démission nationale, le procès où sont jugés les auteurs des attentats islamistes ayant ciblé l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo vient de s’ouvrir dans la capitale française. Une rédaction, où se trouvait un de nos compatriotes, avait été décimée lors de cette attaque. Un policier d’origine algérienne avait été abattu devant les locaux du journal. Au moment où sont écrites ces lignes, cet événement n’a pas suscité un mot de la part d’un intellectuel algérien. Un silence qui résonne douloureusement dans un pays où les journalistes ont été les premières cibles de la barbarie islamiste. Soulignant ce repli sur soi amnésique, dans la même semaine, des journalistes français manifestaient devant l’ambassade d’Algérie à Paris pour exiger la libération de leur confrère algérien Khaled Drareni.

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