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Accueil À la Lutte Amel Zen et Amine Chibane, les voix de la Révolution populaire [Portrait]
Publié le : 08 Juin, 2020 - 18:15 Temps de Lecture 6 minute(s) 1089 Vue(s) Commentaire(s)

Amel Zen et Amine Chibane, les voix de la Révolution populaire [Portrait]

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Ils sont engagés jusqu’à l’âme. Ils ne ratent aucune marche et chantent que pour la révolution, Amel Zen et Amine Chibane, deux voix extraordinaires dont l’énergie, la détermination et la force boostent l’esprit du Hirak. Ce sont là deux artistes qui ont décidé de suspendre leurs carrières et tout faire pour que l’Algérie redevienne démocratique, plurielle et algérienne. Portait de deux artistes qui se sont mis services de la révolution du peuple.

Depuis le soulèvement populaire du 22 février 2019, de nombreux artistes, chanteurs, poètes, peintres… se sont révélés, en s’engageant à donner de la voix à la lutte et aux revendications citoyennes de millions d’algériens. *«L’art est témoin de son époque! Et pour moi, l’artiste est porteur de message et en temps de révolution ce message doit être au diapason du peuple, de ses revendications et de ses rêves», affirme Amine Chibane, joint par l’Avant-Garde Algérie.

Loin des clichés populistes, ce jeune auteur, compositeur et chanteur se veut politiquement engagé, ce qui apparaît dans toutes ses chansons dédiées au mouvement popualire. Diplômé en marketing touristique, infographe, amine, âgé de 36 ans aujourd’hui, a commencé à s’intéresser à la musique dès son plus jeune âge. Mais il ne s’y consacrera réellement qu’en 2006 alors qu’il n’avait que 15 ans, lorsqu’il intègre le groupe Diwan Dzair où «j’alternais percussions et champs derrière le grand défunt Maalem Benaissa, décédé le 8 août 2008», se souvient-il.

Quelques temps plus tard, il crée le trio fusion jazz manouche avec deux autres guitaristes marocains ( Samir et Rachid). En 2014, «Melomania», voit le jour. Un album éclectique aux influences Raï, Chaabi et Jazz manouche qu’il réalise en collaboration avec un autre jeune chanteur du nom de Meziane Amiche. C’est durant cette année-là que Amine décide de faire de la chanson son métier à part entière. En 2018, il se lance dans une carrière solo. Il revisite Bella Ciao, chant de révolte italien qui célèbre l’engagement de la résistance durant la deuxième guerre mondiale, qui devient désormais le single de son premier album «Mademoiselle Algérie».

Dahmane El Harrachi, Matoub Lounes ou encore George Brassens…Opium des révolutions

Amine est né et a grandit dans un quartier populaire d’Alger où son adolescence et sa culture musicale seront brassées par les textes engagés de Dahmane El Harrachi, Matoub Lounes, Gnawa-Diffusion, Bob Marley, Jacques Brel ou encore George Brassens. «J’ai grandi dans un quartier populaire. Les préoccupations sociales ont toujours fait partie de ma vie de citoyen. Pour moi, il était évident d’intégrer cette dimension dans mon art et ma passion», confie-t-il.

«Au lendemain du 22 février 2019, j’ai ressenti un besoin pressant d’apporter ma pierre à l’édifice que le peuple algérien était en train de construire, ce qui a donné naissance à la chanson ‘’Youm echa3b’’ plus connue sous le nom de ‘’Libérez l’Algerie‘’, auquel plusieurs artistes ont participé comme le musicien Aboubakar Mattalah, Amel Zen, la comédienne Mina Lachtar et plusieurs autres issus de différents horizons culturels et artistiques»,poursuit-il.

«Libérez l’Algérie», qui a réalisé près de 5 millions de vues sur YouTube, est devenue l’un des hymnes du Hirak. «Grâce à l’inspiration inépuisable du peuple», Amine en remet une couche avec «Système dégage» et «Samidoune (Nous résistons)», qu’il réalise avec le groupe Tikoubaouine. Quelques semaines plus tard, il récidive en optant pour le noir et blanc comme vecteur de son clip «Libérez Zou3ama»*, pour des raisons artistiques, esthétiques certes, mais parce qu’il rend aussi hommage aux dizaines de détenus du Hirak, signant par la même un réquisitoire acerbe de la justice algérienne.

À l’occasion du premier anniversaire du soulèvement populaire du 22 février, il sort son clip «Echa3b El Magnifico», qu’il tourne un mardi, en pleine manifestation des étudiants, «locomotive de notre révolution», affirme-t-il. «Les algériens ont ce génie et cette aptitude à faire l’exception. Ils arrivent à s’approprier les mots, jusqu’à en faire une franchise. C’est ce qui s’est passé avec le Hirak dont l’origine est Harak et que nous avons transformé en produit purement algérien …ta3na (le nôtre). Car c’est l’espoir de tout un peuple qui a décidé de prendre en main son destin, d’en finir avec les anciennes pratiques et de construire une nouvelle Algérie avec le peuple, au centre de ses intérêts», conclut Amine.

Amel zen, l’engagement au féminin

Le mois dernier, elle a annoncé son refus de participer à la journée mondiale de l’Afrique, célébrée le 25 mai de chaque année «en souvenir du congrès fondateur de l’organisation de l’union africaine». Elle, c’est Amel Zen, chanteuse, compositrice et parolière algérienne. «J’ai le regret de vous annoncer que j’ai décidé de retirer ma participation à l’évènement WAN qui sera diffusé le 25 Mai 2020. J’ai adhéré et participé à un projet indépendant panafricaniste réalisé par la société civile et les artistes contre les conséquences sanitaires du covid 19 avec un message pour nos populations. Par inattention, j’avais malheureusement pas compris qu’en plus des réseaux sociaux, il serait diffusé sur les TV nationales des États africains, ce qui lui donne à mon sens une dimension officielle qui aurait nécessité un message différent, qui serait destiné à nos populations mais également à nos dirigeants et politiques», écrit -elle dans un post sur sa page Facebook. Une position de plus qui signe un registre plein d’engagements pour les libertés et pour les droits de l’homme.

Sortie de l’école polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) à Alger, c’est dans la musique qu’elle choisit de faire carrière. Amel Zen, née (Ibeddouzene) n’a que 10 ans lorsqu’elle intègre l’association de musique andalouse, El Kaissaria, de Cherchell. En 2002, elle rejoint l’orchestre régional d’Alger et l’orchestre national de musique andalouse. Elle avait 20 ans. Mais c’est en 2007, qu’elle sera révélée au grand public après sa participation à la première édition de «Alhan Wa Chabab», version algérienne de X Factor. En 2011, elle enregistre son premier single «Mafikch Eniya» qu’elle écrit elle-même et réalise avec factory Music qui obtient le prix du meilleur espoir de l’année et celui de la meilleure voix féminine de l’année, a l’issue du concours Karja lors de la fête de la musique.

Amel Zen est ambitieuse. Elle voit grand et veut être indépendante. Elle décide donc de s’autoproduire avec un premier album éponyme "Amel Zen" sorti en 2013, puis avec «Joussour» (les ponts), son deuxième album qui lui prendra ces cinq dernières années est sorti en janvier 2020.

En 2019, c’est à la révolution du 22 février qu’elle consacre la plus grande partie de son temps en participant à l’œuvre "libérez l'Algérie" de Amine Chibane, en sa qualité de co-auteur et interprète. Viendra par la suite «Horra», un autre titre pour «témoigner du rôle de la femme dans cette révolution» sorti le 8 mars 2019, "Fajr El Houria" pour «dénoncer l’interdiction de l’accès à la capitale aux manifestants et rappeler le droit fondamental à la liberté de circulation et de manifestation», puis "Amehvus N'telleli" (le détenu de la liberté) en «solidarité avec les détenus politiques et d'opinion et les détenus de drapeau amazigh». «Je me suis toujours engagée pour des causes que ce soit sur le plan humanitaire ou sur le plan des droits de l'homme», nous confie Amel. Et de poursuivre : «le Hirak est venu éveiller encore plus cette conscience et cet engagement en moi pour le rendre encore plus fort, plus solide, plus déterminé. Le Hirak est un rendez-vous populaire et je suis la fille du peuple. Je l'ai donc rejoint naturellement, car j’ai attendu ce moment tellement longtemps. L’espoir était enfin revenu. C’est l'espoir d'un changement radical et d’une rupture totale avec un système totalitaire et obsolète, pour une nouvelle Algérie, un État de droit et des libertés, une Algérie des compétences, une Algérie forte et plurielle ... ».

Pour Amel Zen, *«notre rôle ne se limite pas à celui du citoyen qui accomplit son devoir envers sa patrie. Notre rôle est d’accompagner ce magnifique soulèvement populaire, car l’artiste témoigne par ses œuvres de situations qui marquent chaque étape de la révolution. L'artiste porte le message d’un peuple à travers ses œuvres. Il donne de la raisonnance à la cause, sensibilise, fédère et donne de l'énergie. L'art porte la vie et l'espoir. L'art est un moteur pour le changement».

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