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Publié le : 02 Juin, 2020 - 17:45 Temps de Lecture 4 minute(s) 4400 Vue(s) Commentaire(s)

Après l’annonce de la libération de Karim Tabbou et Samir Benalrbi par Jil Jadid : indignation et consternation !

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On ne pourrait mieux définir une justice aux ordres… Un président qui intervient dans la sphère de la justice a tout bout de champ ! Sofiane Djilali vient de nous en donner la preuve !

En effet, dans un communiqué publié ce mardi 2 mai, le parti Jil Jadid, par la voie de son président Sofiane Djilali, vient d’annoncer la libération «bientôt» des deux militants politiques, Karim Tabbou et Samir Benlarbi. «À la suite de l’appel public à la libération des détenus d’opinion qu’il a formulé le 14 Mai 2020, M. Soufiane Djilali avait introduit une demande d’audience auprès de Monsieur le Président de la République, qui lui a été accordée pour le mercredi 27 Mai 2020. Le Président de la République, Monsieur Abdelamadjid Tebboune, et en réponse à la requête portée auprès de lui par le Président de Jil Jadid, a accepté d’agir, dans le cadre stricte de ses prérogatives constitutionnelles et légales, et comme gage de son intention de favoriser l’apaisement et le dialogue national, pour que Karim Tabou et Samir Benlarbi retrouvent leur liberté au plus vite, au terme de la procédure présidentielle officielle», indique le communiqué.

C’est bien beau tout ça diront certains, notamment pour les détenus qui vont enfin retrouver leurs familles, après des mois de détention arbitraire, mais encore faudrait-il informer dans quel cadre seront -ils libérés ? S’agit-il d’une grâce présidentielle ? En tous cas, c’est ce que semble vouloir dire, à demi- mot, Sofiane Djilali en affirmant que «Karim Tabou et Samir Benlarbi retrouveront leur liberté au plus vite, au terme de la procédure présidentielle». En effet, en vertu des pouvoirs que lui confère la constitution notamment dans son article 77-9, Abdelamdjid Tebboune «dispose du droit de grâce, du droit de remise ou de commutation de peine». Et encore là, la procédure ne s’appliquerait dans aucun des cas, car ce faire, il faudrait qu’ils soient tous deux condamnés «définitivement».

Prenant acte de cette déclaration, l’avocat Me Abdelaziz Mebarki nous explique dans un entretien accordé à l’Avant- Garde Algérie, qu’en effet, «d’un point de vue juridique, il est tout à fait possible que le président décide d’une grâce présidentielle». Toutefois, il souligne que dans ce cas précis «il est impossible de l’appliquer étant donné le fait que les deux détenus n’ont pas été définitivement condamnés par la justice».
Aussi, si cette décision venait à être exécutée et les deux détenus libérés, ce serait «une interférence dans des instructions en cours, ou au moins une rupture de la tradition juridique en Algérie», soutient le juriste.
Maître Abdelaziz Mebarki soulèvera, par ailleurs, le caractère «injuste» de cette mesure. «Ils seront toujours considérés comme des condamnés. Or, il est inconcevable qu’on puisse en 2020, être condamné pour ses opinions politiques, ou ses idées. Les crimes de la pensée qui ne disent pas leur nom, doivent être abolis»*, conclut notre interlocuteur.

Sur les réseaux sociaux, on tire à boulets rouges sur la «fanfaronnade» de Djilali Sofiane

L’annonce faite par le parti de Jil Jadid n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux. Certains sont même allés jusqu’à pointer du doigt «la fanfaronnade» de Jil Jadid. «Sofiane Djillali annonce sur sa page facebook la libération prochaine de Karim Tabbou et de Samir Benlarbi. Il revendique même la paternité de cette libération future comme étant son œuvre et non pas la satisfaction de la revendication légitime de millions d'Algériens et surtout le fruit du combat des militants Debout pour une Algerie libre et démocratique», écrit Sofiane Benyounes, militant et fondateur de Algérie -Debout. Et de poursuivre : «Sofiane Djillali avocat auto-désigné des indignités du Régime s'enfonce chaque jour un peu plus dans la logique sectaire des Dictateurs. Il finira comme les autres, comme ce fameux papier indispensable à l'hygiène corporelle une fois usé et abusé par ses anciens amis désormais officiellement assumés.»*

Le militant Sid Walines dénonce, quant à lui, cette sortie médiatique de Djilali Sofiane révélatrice, selon lui, «des intentions malsaines du régime de rester dans ses pratiques anciennes en traitant avec une pseudo-opposition fabriquée dans ses propres laboratoires pour entraver tous les efforts qui mènent à la construction d'une nouvelle Algérie basée sur un état de droit et une légitimité populaire». Il rappellera, par ailleurs, que «l’Algérie a désespérément besoin de libérer sa justice de l'emprise des cercles mafieux». «Une justice indépendante est seule apte à libérer un détenu injustement emprisonné et non le recours à des manipulations politiques sur le dos de la révolution populaire. Nous voulons libérer la justice et avec elle l'Algérie des manœuvres du commerce politique», lance-t-il.

Le journaliste Abdellah Benadouda abondera dans le même sens en commentant sur son compte Facebook : «Jil Jadid qui annonce officiellement et fièrement qu'il a "négocié" la libération de Tabbou et Belarbi. Sur quelle base ont-ils choisi ces deux personnes ?» Pour sa part, le militant politique Wahab Hamidi, dénonce le deux poids- deux mesures dans le traitement des affaires des détenus d’opinion. «Donc il y a des supers-détenus politiques, et des détenus de second zone ? Les autres, les 140 détenus ne sont pas des personnes ? Vous avez encore une fois raté une occasion de vous taire, Soufiane Djilali. Karim Tabbou ne va jamais accepté de se faire libérer car Sofiane en a fait la demande», s’indigne-t-il. *«"Bientôt" n'est pas une information. Bientôt le dé-confinement, bientôt l'été, bientôt la rentrée, bientôt 2021, bientôt la liberté, bientôt le développement, bientôt la justice, bientôt la démocratie...… "Bientôt" est une ruse qui permets juste de gagner du temps», explique, quant à lui, le militant politique Abdelkrim Zeghileche.

Enfin, l’avocat et membre du collectif de défense des détenus d’opinion, Amirouche Bakouri , soulignera «la gravité» des propos du président de Jil Jadid, se demandant si «le syndicat national des magistrats va réagir à cela ?».

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