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Accueil À la Lutte Ayoub Agh Adji, le jeune assassiné hier à Tin Zaouatine
Publié le : 16 Juin, 2020 - 19:20 Temps de Lecture 4 minute(s) 4556 Vue(s) Commentaire(s)

Ayoub Agh Adji, le jeune assassiné hier à Tin Zaouatine

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Ayoub Agh Adji, jeune Targui âgé d’une vingtaine d’années est mort, hier 15 juin, par balle dans des émeutes à Tin Zaouatine, commune frontalière avec le Mali, située à 550 km au Sud-Ouest de Tamanrasset.

Dans des circonstances qui restent à établir, Ayoub Agh Adji, un jeune homme Targui âgé d’une vingtaine d’année, a été tué par balle dans des émeutes qui ont éclaté, hier 15 juin 2020, à Tin Zaouatine, commune frontalière avec la Mali, située à environ 550 kilomètres au sud-Ouest de la wilaya de Tamanrasset. «Originaire de Tamanrasset, la victime se trouvait à Tin Zaouatine pour le travail, lui et son père exercent dans le transport urbain», indique une source locale, jointe l’Avant-Garde Algérie. Plusieurs autres personnes «ont été blessées par des projectiles en caoutchouc ou réels», lors des affrontements, comme le démontrent des photos circulant sur les réseaux sociaux depuis hier.

Selon les témoignages des habitants de la région, appuyés par des vidéos-amateurs montrant un homme à terre, entouré par des éléments des Groupements des gardes frontières (GGF), «le jeune Ayoub a été tué par un tir des Groupes anti-émeute de la gendarmerie (GIR) venus en renforts des GGF». Les habitants de Tamanrasset se sont rassemblés, ce mardi 16 juin, devant le siège de la wilaya pour réclamer «justice». L’organisation HIMOHAGH International pour la justice et la transparence dont le siège se trouve à Paris, a «fermement» condamné, quant à elle, «les abus commis par l’armée algérienne sur les civils» et appelle les autorités locales à «ouvrir une enquête transparente et impartiale sur cet incident».

Crise d’eau et un sillage en barbelés à l’origine des émeutes

La tension avait commencé à monter il y a deux semaines déjà, soit à la fin du mois de mai, selon les témoignages des habitants de la région. En cause, une crise lancinante d’eau potable à Timiaouine notamment, où les habitants de la localité ont, maintes fois, fait appel aux autorités via plusieurs correspondances. La dernière datant du 11 juin 2020, adressée au Wali de Tamanrasset, faisait état en effet, de «l'encerclement de la ville par un sillage en fil barbelé qui a isolé les habitations de l'oued, principale source d'eau», lit-on sur le document en question, dont l’Avant-Garde Algérie déteint une copie.
Ne voyant rien venir, les habitants ont décidé de prendre les choses en main, en tentant d’arracher, par eux même, le sillage qui, faut-il rappeler, a été installé par des unités de l’armée dans le cadre de mesures de protection des frontières. «Des tirs de sommation des gardes frontières ont été lancés»*, ce qui a causé la mort du jeune Ayoub Agh Adji et fait plusieurs blessés.

**Le MDN dément et accuse «des contrebandiers»***

Mais la version de l’armée nationale populaire (ANP) diffère et va jusqu’à démentir les témoins oculaires des incidents. Selon le ministère de La Défense Nationale (MDN), «Le jeune homme a été tué par un tir qui venait de l’autre côté de la frontière». «Suite aux informations incitatives colportées via les réseaux sociaux, le 15 juin 2020, accusant des éléments de l'Armée Nationale Populaire d'avoir ouvert le feu sur des individus dans la localité frontalière malienne d'Ikhraben, limitrophe de la Commune de Tinzaouatine en 6ème Région Militaire, le Ministère de la Défense Nationale dément formellement ces allégations infondées, et affirme que ces événements se rapportent à une tentative, menée par des personnes connues par leurs activités suspectes dans la contrebande et le crime organisé, visant à détériorer le mur de sécurisation, en appelant les habitants à la violence et à la manifestation, dans une manœuvre visant à libérer l'étreinte sur leurs intérêts dans la région», indique un communiqué rendu public, hier. Et de poursuivre : «au moment où les éléments des Garde-frontières ont intervenu pour apaiser la situation, des coups de feu inconnus ont été ouverts depuis Ikhraben en direction des positions de nos Garde-frontières, ayant touché un individu parmi la foule, qui a été immédiatement évacué par les Garde-frontières pour être pris en charge par les services de santé, mais qui a succombé malheureusement à ses blessures.»

Le MDN a, en outre, annoncé l’ouverture d’une enquête «pour élucider les circonstances de cet incident, et appelle à la vigilance quant à ce genre de rumeurs et de désinformations, usées par des parties hostiles, visant à perturber la situation dans cette région».

Une bavure de l’armée ?

L’hypothèse d’un tir des services de sécurité n’est pas à écarter, d’autant que des incidents similaires dans cette région du pays ont été, maintes fois, dénoncés par les habitants, en vain. La dernière en date remonte au mois de mars où «un jeune homme a été tué par les services de sécurité alors qu’il se trouvait dans son véhicule».

Dans un post qu’il a partagé sur son compte Facebook, Akram Khraief, expert des questions sécuritaires et directeur de publication du blog, Mena Defense, a émis, en effet, plusieurs scénarios, en s’appuyant sur «les vidéos, les photos et les cartes satellites du lieu où la victime a été mortellement touchée». «J'ai pu, en utilisant les vidéos, les photos et les cartes satellites, géolocaliser le lieu où la victime a été mortellement touchée», indique-t-il. Et de poursuivre : «elle se trouve à 225 m de la frontière malienne, mais dans une configuration très compliquée pour un tir précis d'aussi loin. Il y a la possibilité que ce soit aussi un tir aléatoire et une balle perdue. Il pourrait aussi s'agir d'un tir provenant des forces de l'ordre, dans tous les cas, la victime était au Nord des tireurs quels qu'ils soient», a-t-il ajouté, tout en concluant que «l’enquête le déterminera».

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