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Accueil À la Lutte Blackface : levée de boucliers après la diffusion d’un sitcom raciste à la télévision nationale
Publié le : 19 Mai, 2020 - 16:00 Temps de Lecture 4 minute(s) 1674 Vue(s) Commentaire(s)

Blackface : levée de boucliers après la diffusion d’un sitcom raciste à la télévision nationale

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Une séquence jugée «raciste» d’un sitcom diffusé sur la télévision nationale, n’est pas passée auprès des téléspectateurs.

Pour se faire passer pour des migrants subsahariens, deux comédiens ont arboré une «blackface», une méthode qui consiste à se grimer en noire. Objectif : demander l’aumône «Sadaqa» en frappant aux portes des gens. Le sitcom qui s’appelle Ma Neskounch m3a Yemak (je ne vivrais pas avec ta mère) a été diffusé sur la télévision nationale.

Cette séquence jugée «raciste» n’est pas passée auprès des téléspectateurs. En effet, cet énième dérapage de la télévision, publique cette fois-ci, a suscité une véritable levée de boucliers sur les réseaux sociaux. Beaucoup ont vivement critiqué l’usage de la «blackface», l’assimilant à du «racisme»«de plus en plus assumé» notamment par les médias. «Sur la TV officielle Algérienne, on peint des acteurs en noir pour représenter les gens du Sud. Cette pratique raciste, appelée le "Blackface", stigmatise toute une partie de la société. Elle les réduit à leur seule couleur de peau, et les présente comme des personnes bêtes et dociles», dénonce Amar Kessab, expert en management culturel et conseiller culturel auprès de l’UNESCO, sur son compte Facebook. Ce dernier ne manquera pas, en outre, de dénoncer ce qu’il a qualifié de «pratique ignoble», tout en exigeant «des excuses de la part de la chaîne officielle»*.

D’autres estiment, en outre, que cette manière de faire «renforce les clichés qui entourent déjà la culture africaine». «Le blackface véhicule des stéréotypes qui encouragent la propagation de comportements racistes et une perception erronée de la réalité», indique Sandra Triki, membre actif du Hirak, avant de se lancer dans une violente charge contre le pouvoir en place. «Dire que le système actuellement en place en Algérie encourage toutes les attitudes xénophobes sexistes fanatiques et répressives est un euphémisme», lance-t- elle. Et de s’interroger : «qui n'a pas encore vu la vidéo de ces jeunes, armés d'un pinceau, effaçaient les fresques murales et les visages de femmes sur les murs de la capitale ? Qui n'a pas vu la vidéo qui montre des jeunes Bennois se faire arrêter et embarquer par la police, parce qu’ils étaient, soit-disant, en train de manger ? Le pire c'est que ce sont d'autres citoyens qui les ont dénoncés et filmés ! Que dire de ce ministre qui tient sa conférence de presse dans la chambre à coucher de la jeune maman médecin décédée il y a quelques jours ? Que dire de ce confinement qui encourage les algériens à se précipiter sans aucun respect des règles d'hygiène, dans les supérettes pour faire leurs courses avant le couvre- feu ?» Pour Sandra, toutes ces questions sonnent comme une évidence : «L’Algérie est devenue un véritable cauchemar», estime-t- elle. Elle poursuit : «aujourd’hui que nous sommes coincés à cause de l’épidémie, nous assistons à une recrudescence de l'arbitraire, de la censure, de l'incompétence, de l'ignorance, de la mauvaise gestion, du fanatisme et de la médiocrité.» Toutefois, l’activiste conclut non sans une note d’optimisme : *«je sais que nous devons continuer à dénoncer et à ne pas courber l'échine. Il nous reste encore notre dignité. Et personne ne pourra nous l'enlever.».

Racisme ordinaire ?

Depuis l’avènement du printemps arabe en 2011, l’Algérie est devenue pour bon nombre de subsahariens, une étape importante pour la route vers l’Europe. À leurs conditions de vie difficiles, s’ajoute une violence parfois quotidienne d’une certaine catégorie de la population qui rejette, par peur ou par ignorance, l’étranger, le différent ou celui ou celle qu’elle considère comme «menace» ! «Même si les comédiens ont réalisé cet épisode avec toutes les bonnes intention du monde, ça reste du racisme . Sauf que comme pour la misogynie, ça s’est normalisé et souvent banalisé», affirme une internaute.

En 2017, Ahmed Ouyahia qui était alors, chef de cabinet de la présidence de la République s’est permis de déclarer en pleine conférence de presse que «les subsahariens sont une source de drogue, de criminalité et de nombreux autres fléaux», estimant qu’il «était nécessaire de protéger les algériens de cette anarchie». Farouk Ksentini, ancien président de la commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme avait lui aussi provoqué la colère et l’indignation auprès des algériens, avec cette petite phrase qu’il avait lancé à l’occasion d’un entretien accordé au quotidien Sawt El Akher, quelques jours plutôt. «La présence des migrants et des réfugiés peut provoquer des problèmes aux algériens en les exposant au risque de la propagation du Sida ainsi que d’autres maladies sexuellement transmissibles», a-t-il déclaré. Même si ces propos avaient été condamnés par une grande partie de la classe politique, le mal était fait. Les deux avaient ouvert grand la porte, à ceux qui n’osaient pas exprimer leur racisme. D’où cette question d’une internaute qui se demande si «le racisme n’était pas déjà tapi dans les mentalités et prêt à se répandre à la moindre occasion ?»  On ne l’a pas su avant et on ne le saura peut-être jamais. Et pour cause : cette polémique restera cantonnée à la seule sphère des réseaux sociaux. Car depuis toujours, aucune place n’est accordée aux débats d’idées, que ce soit dans les médias privées où publiques, encore moins aujourd’hui. Sauf peut-être pour la médiocrité, la vulgarité et le mauvais goût.

Le journaliste Abdellah Benadouda écrit dans ce sillage : «bilan de L'ENTV de l'Algérie nouvelle : Ils ont qualifié Lakhdar Bouregaa de traître. Ils nous ont traité de zouaves et traité les oranais d'adoption d'étrangers et de berranya. Ils utilisent les blackface en 2020 !».

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