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Publié le : 21 Avril, 2020 - 13:25 Temps de Lecture 4 minute(s) 1834 Vue(s) Commentaire(s)

Censure, prison et nouvelle loi: le pouvoir resserre la vis pour mieux contrôler les médias

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Selon les observateurs de la scène médiatique, bientôt, tous les médias algériens seront préprogrammés pour ne recevoir que les fréquences déterminés par le pouvoir.

Alors que l’incertitude plane encore sur la situation politique et économique de l’Algérie, notamment depuis que la crise sanitaire du coronavirus a éclaté provoquant une chute sans précédant du prix du baril, la surveillance exercée sur l’information et les moyens de communication, radios-web compris, devient chaque jour un peu plus flagrante et agressive. C’est en tous cas, ce qui se dégage du nouveau projet de loi modifiant le code de procédure pénale, présenté par le ministre de la justice et garde des sceaux, Belkacem Zeghmati, dimanche 19 avril devant l’assemblée nationale populaire (APN). «Les dispositions, adoptées par le Conseil des ministres, proposent aussi de criminaliser les actes qui se sont répandus ces dernières années au point de menacer la sécurité et la stabilité du pays, notamment la diffusion de fakenews pour porter atteinte à l'ordre et à la sécurité publics, l'atteinte à la sûreté de l’État et à l'unité nationale», indique un communiqué du conseil des ministres.

En effet, ce qui a commencé avec le blocage du site TSA, l’emprisonnement des journalistes Saïd Chitour, Mohamed Tamalt (mort en prison), Said Boudour ou encore Abdelkrim Zeghileche, la censure de Radio- Sarbacane (appartenant à ce dernier) sous l’ère Bouteflika, s’est dangereusement élargi depuis l’élection de Abdelmadjid Tebboune, le 12 décembre 2019. L’on citera Maghreb Émergeant, Radio- M et Interlignes, trois sites électroniques d’information, bloqués respectivement depuis le 9 avril et le 19 Avril 2020. «La mesure de censure prise à l’encontre de Radio- M, il est évident qu’il s’agit d’une injustice, du moment qu’aucun article de loi n’a été prévu en ce sens. Tous les avocats vous diront que s’il n’y a pas de sanction, il n’y a pas de délit», nous dit-on. Et de poursuivre : «C’est la raison pour laquelle le pouvoir est en train de procéder à des amendements à même de fermer tous les espaces d'expression.»

La nouvelle loi menace-t-elle la liberté d’expression ?

De l’avis d’un juriste, la nouvelle loi portant amendement du code de procédure pénale reste de l’ordre technique, du moins d’un point de vue juridique. Cependant, d’un point de vue des droits, elle pose problème. «En droit, on nous a toujours dit que les lois ne faisaient pas les peuples, ce que je crains par-dessus tout c’est l’impact que peut avoir ce genre de lois sur la liberté d’expression», affirme-t-il pour l'Avant-Garde Algérie. Pour notre interlocuteur «il n’existe pas de vérité absolue, car chacun de nous conçoit ses propres vérités selon son niveau de savoir, son éducation, sa classe sociale ou encore l’époque où le lieu où il vit». Il explique qu’«il n’est pas du ressort d’un juge de trancher entre ce qui est vrai et ce qui est faux! Ce genre de lois nous poussent directement dans les bras d’une dictature des juges! Ce genre de lois peut être plus lisible et plus compréhensible dans un état ou la gouvernance supporte un certain niveau de transparence. Si ce genre de lois peut impacter à court terme notre façon de nous exprimer, et aura assurément à long terme un impact sur notre façon de penser».

Tout commence avec Radio – Sarbacane en 2018

D’aucuns se souvient de la désormais affaire de Radio-Sarbacane dont le propriétaire , Abdelkrim Zeghileche a été emprisonné pour outrage à l'encotre de l'ancien président de la république, Abdelazziz Bouteflika, mais aussi pour diffusion de radio-web sans autorisation. Mais tous avons compris que la véritable raison de l’acharnement judiciaire qui a suivi, n’était que la manifestation flagrante du régime à vouloir faire taire toutes les voix discordantes qui appelaient à faire barrage au 5ème mandat de Bouteflika. D’ailleurs, l’affaire n’a toujours pas connu d’épilogue. Ce dernier a, pour rappel, été placé en détention préventive le 8 novembre 2018, pour diffusion d’une radio-web sans autorisation et atteinte au président de la république. S’en est suivie la saisie de tous le matériel de la radio. Mais le facteur déclencheur de l’acharnement judiciaire dont Abdelkrim Zeghileche a été victime, était une affaire de diffamation intentée par un membre actif de la société civile connu sur la place de Constantine et où il avait été placé en détention préventive aussi une semaine plutôt, soit le 30 Octobre. D’ailleurs, quatre autres affaires ont été greffées au dossier de Zeghileche dont celle relative à l'«incitation à attroupement non armé» dans le cadre de ses activités en tant que coordinateur régional du mouvement Mouwatana. «Contrairement à la capitale, l’opposition est quasiment inexistante à Constantine. Aussi, on a voulu faire de moi un exemple pour tous ceux qui oseraient s’élever contre le régime», analyse Abdelkrim Zeghileche.

Journalistes emprisonnés ou harcelés

Le 22 février 2019 a marqué un tournant décisif dans l’histoire du pays. Des millions d'algériens se sont levés comme un seul Homme défiant un régime totalitaire non sans y laisser des plumes. Plus d’une centaine de personnes au moins a été arrêtée, dont des militants, des blogueurs, des artistes mais aussi des journalistes. Des journalistes qui ne faisaient que leur travail et qui consiste à rapporter l’information dans la plus grande transparence possible. Il le fallait bien et pour cause : alors que les manifestations battaient leur plein, certains médias de droits privés continuaient à diffuser leur programmation habituelle, obligeant ainsi les algériens qui se sont vu recourir à internet et aux médias indépendants pour avoir accès à l’information «réelle». Parmi ces journalistes, l’on citera entre autres, Sofiane Merakchi condamné à «8 mois de prison ferme», Khaled Drareni, en détention préventive depuis le 29 mars, Mohamed Laamari, Meriem Chorfi et Rafik Mouhoub du quotidien Essawt El Akhar, placés sous contrôle judiciaire, le 2 avril. «L’Algérie a connue ces dernières années une ouverture démocratique, libéralisant le secteur des médias et la gouvernance politique. Cependant, le régime Algérien est aujourd’hui qualifié de "semi-autoritaire", présentant l’apparence de la démocratie, tout en conservant des traits dictatoriaux», indique Lila Mokri, journaliste. Comme Lila Mokri, beaucoup d’observateurs de la scène médiatique algérienne pensent que, bientôt, tous les médias algériens seront préprogrammés pour ne recevoir que les fréquences déterminés par le pouvoir.

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