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Accueil À la Lutte Covid19, répression et Hirak : le jeu pervers et malsain du pouvoir
Publié le : 11 Mai, 2020 - 10:05 Temps de Lecture 3 minute(s) 1191 Vue(s) Commentaire(s)

Covid19, répression et Hirak : le jeu pervers et malsain du pouvoir

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Les villes d’Algérie connaissent ces derniers jours, une chose à laquelle ils n’étaient plus habitués depuis le début du confinement : le retour du Hirak. Hier, des centaines d’habitants de Tizi Gheniff, ville située au Sud-Ouest du chef-lieu de la wilaya de Tizi Ouzou, ont décidé de défier les consignes de distanciation sociale liées au Covid19, et d’investir la rue de nouveau, pour dénoncer l’une des plus importantes vagues de répression jamais opérée contre les activistes, depuis le 22 février 2019, dans leur région et à travers le territoire national. Selon le comité national pour la libération des détenus( CNLD), cinq activistes ont été convoqués par la sûreté de Daïra de Tizi Guennif. «Il s’agit des deux Boualem, Djamel et Karim, de Soufiane Allel, de Hakim Boussebciet et de Rachid Bounder», indique le CNLD. Parmi ces derniers, seul Rachid Bounder s’est présenté à la police. Selon le témoignage de ce dernier, «son interrogatoire a tourné autour des manifestations contre la tenue de la dernière mascarade électorale».

Rassemblés en ordre de bataille, devant le commissariat du chef-lieu de la Daïra, les manifestants ont scandé des slogans pour dénoncer cette répression. «Y’a Tebboune, El Massajine ma ba3ouch El cocaine (Tebboune, les détenus n’ont pas vendu de la cocaïne)», allusion faite au fils du président acquitté il y a quelques semaines, après avoir été impliqué dans la fameuse affaire des 700 kilos de cocaïne. Dix jours plutôt, soit le 1er mai, dans la commune de Béni Ouertilene, quelques dizaines de manifestants avaient également battu le pavé, sous un soleil de plomb, scandant des slogans anti-pouvoir pour dénoncer aussi la répression croissante des activistes. «Pouvoir criminel», ou encore «Madaniya machi 3askariya», criaient-ils. Ces slogans, lancés durant les marches du Hirak démontrent bien la détermination des manifestants à poursuivre la mobilisation mais aussi qu’ils ne sont pas dupes des discours manipulateurs de Tebboune et de son gouvernement. Car au même moment, ce dernier déploie tous les moyens, à travers ses appareils de répression judiciaire et sécuritaire, pour museler les voix qui ne chantent pas des louanges. À quel jeu le pouvoir joue- t- il ?

Si on devait chercher de nouvelles preuves de la perversité sans limites du pouvoir, elles auraient été apportées ces dernières semaines. D’une part, on ( le Pouvoir) insiste sur le respect des mesures de confinement, allant jusqu’à la mise en place d’amendes entre 8000 à 20 000 DA contre toute personne qui enfreindrait cette règle. D’autre part, on se lance dans une campagne de règlement de comptes avec les militants, les activistes et même les journalistes. En effet, les villes d’Algérie connaissent ces derniers jours, une chose à laquelle ils n’étaient plus habitués depuis le début du confinement, le retour du Hirak. En cause, la machine répressive de Tebboune fonctionnant à plein régime, notamment depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus. De Relizane, Tlemcen, Oran, Mostaganem, Chlef, Saïda, Aïn Témouchent, en passant par Médéa, Tizi Ouzou, Tébessa , Biskra, Bordj Bou Arreridj, souk Ahras, Annaba, Bou Saâda, El Bayadh, Sétif et jusqu’à Timimoun…la liste des activistes convoqués ou arrêtés s’est dangereusement allongée et ce, alors que nous sommes en plein confinement.

À cette frénétique dérive, deux hypothèses se présentent à nous, selon certains observateurs : La première consiste à dissuader le Hirak de retourner dans la rue, une fois la crise du coronavirus passée. La deuxième est que le pouvoir tente d’inciter implicitement le Hirak à réoccuper la rue pour justifier son échec dans la gestion de la crise sanitaire. Les retards dans sa prise de décision, notamment en ce qui concerne la fermeture des frontières ou encore la suspension du trafic aérien. Mais la provocation sera poussée à son extrême avec un Tebboune adoptant une attitude moralisatrice et toujours aussi provocateur et dédaigneux lors de ses sorties médiatiques. Il ne manque jamais une occasion de s’en prendre au peuple, allant jusqu’à le tenir pour responsable de la propagation de l’épidémie. Rappelons-le, début de l’épidémie, c’est ce même Tebboune qui a affirmé que la «situation était maîtrisée». Mais au-delà de tout ça, on aura compris que toute cette agitation n’est que la confirmation de plus, que l’espace politique et médiatique ont été refermés et qu’on va devoir se battre, désormais comme avant 1989, pour un changement du système, une réelle ouverture démocratique, un multipartisme et un vraie démocratie républicaine.

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