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Accueil À la Lutte Dakious et Makious censuré
Publié le : 24 Avril, 2020 - 18:20 Temps de Lecture 4 minute(s) 7471 Vue(s) Commentaire(s)

Dakious et Makious censuré

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La série satirique Dakious et Makious vient d’être interdite de diffusion sur la chaîne de télévision privée Echorouk TV. La nouvelle a été rapportée, aujourd'hui, par les deux comédiens vedettes du feuilleton, à savoir Nabil Asli et Nassim Haddouche, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. «Nous avons appris hier, que la saison 3 du feuilleton Dakious et Mekious ne passera pas, cette année, sur Echorouk TV», affirment-ils. Pour ceux qui l’ignorent, Dakious et Mekious, véritable satire politique de 20 minutes, et qui avait pour but de divertir les algériens durant le mois de Ramadan, traitait de l’actualité en parodiant les membres du gouvernement. Les comédiens imitaient sans nommer certaines personnalités connus du système qu’on surnomme aujourd’hui «Issaba», parmi lesquels Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal, ou encore le président déchu Abdelaziz Bouteflika, mais aussi des hommes de l’oligarchie proche du pouvoir dont une grande partie se trouve actuellement à la prison d’El Harrach. L’on citera, entre autres, Ali Haddad et les Kouninef.

Qui a décidé de son arrêt et pourquoi ?

L’interdiction de diffusion de Dakious et Makious a suscité, pour le moins qu’on puisse dire, l’indignation et l’incompréhension des deux protagonistes qui précisent que la décision de l’arrêt de l’émission, contrairement à ce qui circule sur les réseaux sociaux, «n’a rien à voir avec Abdelmadjid Tebboune, du fait que le scénario a été écrit en été dernier, soit 6 mois au moins avant l’élection présidentielle du 12 décembre 2019».

Mais la surprise vient du fait que le feuilleton a été censuré sans que «les responsables de la chaîne aient encore visionné un seul des épisodes», s’exclame Nabil Asli. «Nous sommes en droit de savoir ce qui a motivé cette décision, mais surtout de qui émane-t-elle ?» s’interrogent les deux comédiens qui indiquent «qu’il n’y a pas de communiqué officiel de la chaîne de télévision en question, ni du ministère de la communication, ni d’aucune autre autorité habilitée».

Ils estiment d’ailleurs que cette façon de faire entretient de plus en plus le flou, dans un climat qui, faut-il le rappeler, est déjà marqué par un acharnement inédit sur les journalistes et les médias indépendants, les journaux électroniques notamment. «Cette décision arbitraire impactera, non-seulement, le public qui est déjà soumis à la pression en raison du confinement, mais plus encore les 45 artistes qui ont travaillé durement sur cette production, et qui ont mis du cœur à l’œuvre, sans toucher le moindre sou», déplore Nabil Asli.

Censure : Le nouveau mot d’ordre du pouvoir

L’interdiction de diffusion de Dakious et Makious n’a pas manqué d’entraîner une vague de réactions de la part du public qui avait pour habitude de suivre cette émission chaque année depuis deux ans, durant le mois de ramadan. Sur les réseaux sociaux, les commentaires ont fusé de toutes parts, mais tous allaient dans un seul sens, à savoir une volonté franche des décideurs d’opérer la censure sur tous les contenus diffusés sur les télévisons. D’autres pensent que, bientôt, ne seront permises que les émissions tolérées pas le pouvoir. Ces derniers sont unanimes à dire que cette décision est le fruit d’une directive mediatico-politique, car elle intervient dans un contexte de haute tension, où le pouvoir en place tente d’assainir le secteur de toute forme d’opposition, profitant ainsi de la pandémie du Covid19, pour régler ses comptes avec les activistes et autres militants politiques, le cas des journalistes indépendants harcelés ou mis en prison parce qu’ils ont choisi la parole libre. L’on rappellera Sofiane Merakchi, Khaled Drareni, Meriem Chorfi, Mouhoub Rafik, Mohamed Laamari, etc. Les médias électroniques ne sont pas épargnés par cette cabale, puisque Maghreb Émergent, Radio-M et Interlignes ne sont plus accessibles depuis l’Algérie.

La loi de la discorde

Mais le fait le plus marquant reste le nouveau projet de loi amendant le code de procédure pénale et qui vient d’être adopté par l’APN. Une loi taillée sur mesure, selon beaucoup d’observateurs de la scène politique et juridique, visant clairement à restreindre la liberté de parole. D’autres y voient déjà un prélude pour étouffer la révolution du 22 février, une fois la crise sanitaire du coronavirus passée.

Dans ce sillage, le président du club des magistrats, Saâdedine Merzoug, réagissant sur sa page Facebook, a qualifié le projet de «flou», ajoutant «qu’il aurait été préférable d’ajourner l’examen de ce texte jusqu’à la fin de la crise sanitaire». «S’éloigner de la rigueur dans l’élaboration des textes de loi, ce qui est fait à dessein dans la conjoncture actuelle, ne contribue pas à l’édification de l’État de droit que réclament les Algériens», estime-t-il dans une déclaration à TSA, tout en indiquant que «chacun assumera ses responsabilités devant l’Histoire, soit en contribuant à faire de l’État de droit une réalité ou, au contraire, en rétrécissant les libertés».

Rappelons que l’Algérie occupe la 146ème place au dernier classement mondial de liberté de la presse, établi par par Reporters Sans Frontières (RSF), en 2020, mais pas que. L'actuel ministre de la production cinématographique n'est que Youcef Sahairi, Hirakiste, un talentueux comédien qui était engagé artistiquement et politiquement pour le changement du système.

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