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Accueil À la Lutte Dans son nouveau costume, Jil Jadid n'a rien à envier au FLN !
Publié le : 11 Mai, 2020 - 23:00 Temps de Lecture 6 minute(s) 3751 Vue(s) Commentaire(s)

Dans son nouveau costume, Jil Jadid n'a rien à envier au FLN !

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Crédit photo : DR

Souvent Jil Jadid varie, bien fol est qui s’y fie. Ce proverbe légèrement modifié à escient, s’applique parfaitement à Djilali Soufiane et à son parti Jil Jadid.

En effet, entre Djilali et le pouvoir, tout semble aller pour le mieux ! «C’est une étape importante pour tourner une page désastreuse de notre histoire contemporaine et aller vers la construction de l’État de droit qu’a réclamé le peuple durant une année, lors de son fabuleux Hirak», a t-il déclaré ce lundi dans un entretien qu’il a accordé à El Watan, en commentant l’avant-projet de révision de la constitution. Ce dernier ira même jusqu’à affirmer qu’«il y a des indicateurs qui nous invitent à contribuer et à participer, tant que l'environnement nous le permet, selon nos convictions et nos orientations. Pourquoi persisterions-nous dans la politique de rejet ?».

Ce qui relevait depuis plusieurs jours de la simple conjecture est désormais une certitude. Soufiane Djilali veut ignorer les faits à dessein et il nous l’a prouvé à maintes occasions. Car ces indicateurs dont il parle, outre qu’ils sont pléthores, sont tout sauf positifs. Et ça n’aura échappé à personne- sauf bien sur à ce dernier- que ces indicateurs se manifestent depuis quelques semaines, sous la forme de répression tous azimuts, arrestations, censure, harcèlement, musellement de la presse, etc. Par ailleurs, nul n’est censé ignorer que le contexte actuel ( crise politique, économique) ne se prête guère à la révision d’un texte aussi important que la loi fondamentale. Un contexte marqué par une crise sanitaire inédite, durant laquelle le pouvoir veut faire passer les pires lois (celle relative au code de procédure pénale notamment), pendant que le monde entier regarde ailleurs. Soufiane Djilali en a-t-il soufflé un mot pour autant ou a-t- il au moins, dénoncé la frénétique dérive du régime, visant activistes, militants, journalistes, blogueurs et même de simples citoyens ? Force est de constater que non ! Soufiane Djilali a changé de cap et a décidé de rejoindre le camp du pouvoir.

Pourtant, il y a quelques mois, le 20 septembre 2019 précisément, ce même Soufiane Djilali pensait ou du moins prétendait totalement l’inverse, en appelant à l’annulation de l’élection du 12 décembre dernier. «Pour sauvegarder l’unité nationale et l’avenir du pays, la raison d’État doit primer. Il faut revenir à un vrai dialogue en annulant l’élection du 12 décembre et en prenant les mesures d’apaisement préalables», avait-il soutenu. Pour le chef de file de Jil Jadid, deux scénarios possibles se présentaient à nous à l’époque : «soit cette élection est imposée malgré la réticence des Algériens, et on aura un président très faible du point de vue de la légitimité. Soit qu’elle ne pourra pas se tenir, et là on tombera dans une forme de transition. Mais dans les deux cas, les centres du pouvoir resteront les mêmes. L’institution militaire étant au cœur des changements, elle en restera la maîtresse.»

Un nouveau positionnement qui fait grincer des dents

Ce parti qui tirait volontiers à boulets rouges sur le pouvoir depuis 2012, lui trouve désormais toutes les qualités. Mais cela ne date pas d’hier. En effet, Jil Jadid n’en est pas à son premier coup d’essai. Sa rencontre avec Tebboune, le 14 janvier, dans le cadre des concertations initiées par celui-ci avec des personnalités nationales et partisanes, au lendemain de son élection, annonçait déjà les prémices d’une nouvelle ère pour le parti. «L’important est qu’il y ait maintenant une volonté d’aller au-devant des demandes de la population», a estimé, alors, Soufiane Djilali. Et d’ajouter : «pour le moment, nous sommes au stade des intentions et les intentions semblent aller dans le bon sens.» Dans le même sillage, il a affirmé que Tebboune lui a assuré que «les médias publics vont être libérés pour assurer un débat contradictoire». «Soit on accepte d’aller vers le dialogue et essayer d’imposer une réalité nouvelle, ou s’arc-bouter dans une position extrême et garder la même radicalité. Il est important qu’il y ait un pont entre les deux rives»*, a -t-il soutenu.

Cinq mois sont passés, et point de «réalité nouvelle» que voulait «imposer» Jil Jadid. À contrario, le parti s’est «arc-bouté» pour reprendre ses propres mots, dans «l’à-plat-ventrisme», car malgré tous les événements qui ont eu lieu tout au long de cette période, Jil Jadid campe sur sa première impression  du «tout semble aller dans le bon sens», ignorant Journalistes emprisonnés, poursuivis ou même écartés du champ médiatique, activistes harcelés, journaux électroniques censurés, loi pénale intrusive, et aujourd’hui constitution où «il y a des points positifs, d’autres timides et, parfois, à mon sens, non pertinents. Donc, globalement, c’est un bon projet mais qui nécessite des améliorations», a -t-il estimé dans son entretien accordé au quotidien El Watan, comme si on était dans une démocratie. Pourtant, cette dernière si elle venait à être entérinée dans sa mouture initiale- rien ne l’empêcherait- «elle signerait le début d’une nouvelle ère autoritaire», selon plusieurs experts. «Il s'agit d'un énième toilettage de la Constitution autoritaire afin de donner une nouvelle légitimité de façade au régime», a estimé le constitutionnaliste Massassen Cherbi dans un entretien accordé, il y a quelques jours, à l’Avant-Garde Algérie. Et de souligner : «cette Constitution n'est pas faite pour le peuple, puisqu'elle n'a pas été écrite pas par lui»*. Encore un détail que Djilali Soufiane semble avoir omis de mentionner. En effet, le comité d’experts installé par Tebboune, chargé de présenter un projet d’une nouvelle constitution, est présidé par Ahmed Larabeh, expert juridique et membre de la commission du droit international des nations unies. Mais ce dernier a été également à la tête du comité mis en place par Bouteflika à l’effet de faire des amendements de la constitution en 2016 !

Nouvelle posture de Soufiane Djilali et son parti Jil Jadid

Cette nouvelle posture que semble avoir adopter Soufiane Djilali et son parti Jil Jadid ne plaît pas à tout le monde, notamment aux Hirakistes dans leur grande majorité notamment ! Hamdi Baala, journaliste, ne manquera pas d’ailleurs de pointer les incohérences qu’il a relevé lors d’une émission-débat sur l’avant-projet de la constitution, diffusée, hier soir, sur la télévision nationale A3, à laquelle Soufiane Djilali a participé.

Dans un post publié sur sa page Facebook, le journaliste reprend les déclarations du président de Jil Jadid qui avance que «le système parlementaire ne peut pas marcher chez nous». «Il est le propre des monarchies», a-t-il déclaré. «Un régime parlementaire chez nous ne pourrait qu’aboutir à un désordre inextricable. Nous n’avons pas le droit de prendre des risques de voir l’État algérien devenir l’otage des contradictions encore trop vives des différents courants politiques. La nation algérienne est encore jeune pour s’exposer de la sorte aux jeux politiciens, même si c’est au nom de la démocratie», réitère-t-il encore à El Watan. «Il confond monarchie parlementaire et république parlementaire ! Mais aucun des journalistes sur le plateau ne l’a repris sur ça !», soulève Hamdi Baala.

Sur le sujet de l’assemblée constituante, l’une des principales revendications du Hirak, Soufiane Djilali pense qu’«elle peut dégénérer en violence et que c'est bien de l'éviter». Cet avis n’est pas partagé par le journaliste qui argumente par d’autres exemples que ceux avancés par le patron de Jil Jadid. «Il (Soufiane Djilali) cite l'exemple de la première assemblée constituante française qui aurait duré 4 ans, selon lui, et qui aurait causé le règne de la terreur. En réalité, elle a duré 2 ans et la Terreur n’est venue qu’après. Gros raccourci qui passe crème sur le plateau mais passons. L'assemblée constituante tunisienne de 2011, réussie, est plus pertinente que l'assemblée française du 18e siècle. Pourquoi ne pas prendre cette dernière comme exemple, "spécificités du pays" et tout ?», s’interroge Hamdi Baala. Rappellons que Soufiane Djilali a, lors de la conférence nationale de l’opposition tenue en juin 2019, évoqué la possibilité d’une assemblée constituante pour un éventuelle sortie de crise. Conférence, faut-il souligner, était initiée par Abdellah Djaballah, président du parti islamiste Front de la justice et du développement.

Il faut dire que les internautes sont d’autant plus «choqués» de ce retournement de veste , au regard de la position adoptée par le parti politique au lendemain du 22 février 2019 et même avant, avec le mouvement Mouwatana. Il avait clairement annoncé son soutien indéfectible au mouvement du Hirak et avait même participé aux marches du vendredi depuis le début. Mais tout cela c’est de l’histoire ancienne. Car depuis l’accession de Tebboune au pouvoir, le parti de Jil Jadid a rangé ses couteaux aux vestiaires et semble se tenir derrière le nouveau champion. «pauvre journalisme assassiné par un régime qui a produit toute cette misère, et toutes ces légions rampantes sur le ventre, en prétendant faire de la politique», lance, en commentaire à l’apparition de Soufiane Djilali à la télévision nationale, le journaliste Nadjib Belhimer.

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