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Publié le : 16 Octobre, 2019 - 14:55 Temps de Lecture 4 minute(s) 1886 Vue(s) Commentaire(s)

Hanafi Idiri, Pasteur de l’église Sabtia et l’un des organisateurs du rassemblement devant la wilaya de Béjaïa

La majeure partie de nos églises, notamment en Kabylie, ont été fermées illégalement
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Pour contester la fermeture «illégale» de plusieurs églises notamment à Tizi Ouzou, Béjaia et Oran, des dizaines de chrétiens se sont rassemblés aujourd’hui devant la wilaya de Béjaïa afin de dénoncer pacifiquement cette décision qu’ils qualifient d’«arbitraire». Rencontré audit rassemblement, le Pasteur de l’église Sabtia, Hanafi Idiri, a accepté de répondre à nos questions et livrer son témoignage.

L’avant-Garde Algérie : pouvons-nous connaître les raisons de votre rassemblement, aujourd’hui, devant la siège de la wilaya de Béjaïa ?

Hanafi Idir : nous sommes ici pour dénoncer la fermeture illégale de plusieurs églises à Béjaia et à Tizi Ouzou. En tout, il y a eu une douzaine fermées subitement et sans aucune explication. La meilleure manière pour nous d’exprimer notre désarroi et de nous indigner est de contester pacifiquement devant le siège de la wilaya. Nous avons déjà organisé un rassemblement, Mercredi dernier (9 octobre dernier, ndlr). En une semaine, plusieurs autres églises ont été, encore, scellées par la police et la gendarmerie nationale. Ceci est une première en Algérie. Ce que nous subissons est injuste.

Selon vous, pourquoi l’État a-t-il procédé à leur fermeture ?

Sincèrement, nous l’ignorons encore, surtout que cela a été fait dans une période spécifique pour l’ensemble du peuple algérien. C’est un contexte un peu particulier et sensible. Nous ignorons l’objectif de s’attaquer aux églises en ce moment bien précis. Tout ce que nous savons, c’est que des gendarmes et des policiers s’incrustent illégalement dans nos lieux de culte et procèdent sans aucune explication à leur fermeture. La majeure partie de nos églises ont été déjà fermées. Nous savons que celles qui restent ne tarderont pas à connaître le même sort.

Qui a donné l’ordre de les fermer ? Le Wali ou la justice ?

Nous n’avons jamais eu de décision émanant de la justice. De plus, cette dernière, quand elle intervient, elle le fait d’une manière administrative et juridique. Ce n’est pas le cas cette fois-ci. Pour le moment, ce sont des décisions du Wali qui nous envoie directement des gendarmes et des policiers en exécuteurs d’ordres.

Avez-vous consulté des avocats ou des spécialistes de la loi pour savoir si ces fermetures ont été faites selon la loi ou pas ?

Tout ce qu’a été fait jusque-là par les autorités est illégal car la procédure n’a pas été respectée. Toutes ces fermetures vont à l’encontre des lois algériennes.

Les églises en question ont-elle été installées dans le cadre de loi ou non ?

Bien sûr. Il y a des églises qui exercent depuis plus de 20 ans. n’y a-t-il pas de suivi depuis toutes ses années ? Bien sur que oui ! Nous avons reçu, par le passé, plusieurs commissions qui nous demandent parfois d’ouvrir des issues de secours, ce que nous avons fait. Finalement, ce n’était qu’un prétexte afin de fermer nos églises. Ils ferment en 24h des églises qui ont existé depuis 20 ans ! c’est inconcevable !

Le contexte actuel a-t-il joué un rôle dans ce que vous subissez depuis quelques jours ?

Nous l’avons dit et nous le répétons aujourd’hui. c’est un contexte très sensible. Nous suivons avec beaucoup d’intérêt ce qui se passe dans notre pays avec le Hirak et les manifestations du vendredi et mardi. C’est la raison pour laquelle, nous avons demandé aux fidèles de contester pacifiquement. Nous ne pouvons, d’ailleurs, agir avec violence car notre nature en tant chrétiens n’est pas violente. Nous sommes là pour dire que nous avons des droits comme tous les algériens. Ce que nous subissons est de la hogra. Nous contestons dans un cadre pacifique. Non à la violence. Nous sommes des personnes qui prêchent l’amour et la tolérance.

Avez-vous d’autres actions à l’avenir ?

Nous n’avons pas d’autres moyens pour contester les fermetures des églises et dénoncer le déni de la liberté du culte dont nous sommes victimes. Nous n’avons que la pacifisme comme mode de contestation. Nous connaissons les lois et la constitution de notre pays. L’article 36 garantie la liberté de culte et d’opinion. Nous sommes aussi algériens et citoyens de ce pays. Nous ne sommes pas musulmans. Mais en tant que chrétiens, nous avons aussi le droit d’exister et d’exercer librement notre culte. Nous demandons à l’État de respecter ses propres lois. Les algériens qui croient au christianisme doivent trouver aussi des lieux où ils peuvent pratiquer librement leur culte. Qu’ils nous montrent comment faire pour pouvoir trouver ces derniers. Nous faisons face à un vide juridique, qui nous met dans un ballottage sans fin. L’institution que nous approchons, nous renvoie à une autre. Aujourd’hui, ils ferment le peu qui existe. Hier, les autorités ont scellé les portes de l’église de Tizi Ouzou qui a 23 ans d’existence. Nous luttons d’une manière pacifique pour faire valoir nos droits dans notre pays. Nous sommes de personnes qui appellent à la tolérance et à la paix.

Interview accordée à l’Avant-Garde Algérie par le pasteur de l’église Sabtia, Hanafi Idir, l’un des organisateurs du rassemblement devant le siège de la wilaya de Béjaïa pour dénoncer les fermetures des églises en Algérie, particulièrement en Kabylie.

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