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Accueil À la Lutte Hirak = Rupture : L’irréductible équation !
Publié le : 28 Janvier, 2020 - 16:40 Temps de Lecture 7 minute(s) 747 Vue(s) Commentaire(s)

Hirak = Rupture : L’irréductible équation !

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Crédit photo : A.G

Les nouveaux indus-occupants d’El Mouradia s’acharnent à vouloir enfoncer dans les esprits l’idée selon laquelle Tebboune serait ce président capable d’assurer une transition à même de concrétiser les aspirations légitimes du peuple en faveur d’un changement radical et d’une nouvelle république. Cette mise en récit tente de faire croire que la «solution Tebboune» est conforme aux attentes de la fraction du Hirak prétendument acquise au scénario d'une transition par la voie d'une élection présidentielle. Ce qui, au passage, suggère sournoisement d’autres fractionnements du Hirak, entre partisans d’une présidence collégiale, composée de personnalités nationales connues et ceux (honnis par le pouvoir) qui réclament une transition via une assemblée constituante ou un processus constituant.

Cette grille de lecture d’un Hirak supposément saucissonné en trois blocs inconciliables, en raison de leurs différences de vision du monde, de perceptions et d’objectifs, est au cœur de l’arsenal propagandiste du pouvoir. Son intention est d’imposer une vision tronquée et mensongère de la crise actuelle. Son but est de contenir le Hirak, de l’émietter et, au final, de le phagocyter.

En pratique, le régime a déployé toute son armada de TV, journaux, mouches électroniques, etc., dans une campagne de marketing politique forcenée, consistant à marteler que le Hirak était noyauté, divisé et qu’il se dirigeait vers un échec inéluctable. On a battu le rappel général des troupes pour crier à l’unisson au dialogue avec le nouveau «président de la république légalement élu». Il ne manquait personne à la revue d’effectifs : des amis notoires du régime, aux ex-ministres et ex-responsables de haut rang, en passant par certains intellectuels opportunistes . Ce matraquage médiatique n’avait qu’un seul but : créer un rapport de force artificiel et factice, dans l’intention d’entraîner l’un des blocs du Hirak à dialoguer, aux conditions du pouvoir, et, à terme, de précipiter l’effondrement de la mobilisation populaire

Rien n’a changé

Quelles raisons pourraient pousser le Hirak à dialoguer avec le pouvoir de fait, alors que rien n’a fondamentalement changé depuis la mort de Gaïd Salah ? Nous avons toujours, d’un côté, un mouvement populaire révolutionnaire et pacifique (le Hirak) qui se bat pour un changement radical et, de l’autre, un régime sénile qui s’entête à reconduire le même schéma éculé d'exercice du pouvoir. Ce système repose sur une armée qui agit en centre de décision occulte, des services de sécurité dédiés au contrôle et à la répression politiques de la société et une institution présidentielle aux prérogatives flous et dont la fonction majeure est de servir de façade civile à un régime qui ne l’est pas .

Dans ce gigantesque bras de fer qui l’oppose à une dynamique populaire majoritaire, le pouvoir tente de présenter l’image d’une sérénité retrouvée après la piteuse élection du 12/12. Pour faire bonne figure et donner l’illusion d’être fort et droit dans ses bottes, il agit à coups d’entourloupes politiciennes ou de représailles policières et judiciaires. La réalité est moins reluisante. La disparition brutale de l’homme fort du régime, le chef d’État-major, a accéléré la guerre des clans au sommet. Cela se perçoit par les contradictions flagrantes entre le discours politique douceâtre du président désigné et la violence exercée contre les manifestant(e)s : quadrillage continu de la capitale, instrumentalisation de la justice et, ultime infamie, le recours aux groupes fascisants, dénommés Baltagui.

Tout ceci rend compte du malaise et de l’incohérence qui règnent en haut lieu. On pourrait même parler d’éparpillement de la décision politique d’État ou d’absence d’un centre de décision. Dans cet épais brouillard politique, le nouveau président, illégitime, semble davantage jouer le rôle d’un PDG d’entreprise en faillite que celui d’un chef d’État ? En somme, la crédibilité du pouvoir en place continue de s’effondrer aux yeux du peuple et de sa jeunesse, dont il est totalement coupé et isolé. Mentalement, sa dégénérescence contraste avec l’éclosion, au sein de la jeunesse, d’un potentiel patriotique, démocratique et civique tout à fait extraordinaire. Pour s’en convaincre, il suffit d’un coup d’œil sur les axes de réflexion autour de la prochaine révision constitutionnelle. Le «président» Tebboune souffre du syndrome du «mal élu», voire du «non élu». Afin de combler cet énorme déficit de crédibilité, il s’empresse, avec l’aide d’experts-maison dont certains ont été les artisans de la Constitution taillée sur mesure pour Bouteflika, de concocter une vulgate constitutionnelle que certains qualifient déjà de «révolutionnaire».

Alors que tout ce qui l’intéresse, c’est d’organiser un référendum qui, espère-t-il, lui apportera un semblant de légitimité que le scrutin du 12 décembre lui a refusé avec fracas. À la lecture des axes de révision constitutionnelle, on ne voit, en effet, aucune vision d’avenir, aucune stratégie de développement, ni le moindre indice d’un projet de société cohérent. Cette “omission est soit le reflet d’une volonté animée exclusivement par le souci de rester aux commandes pour continuer tranquillement de capter la rente pétrolière avec la bénédiction intéressée des grande puissances et de se l’approprier par la corruption et la prédation.

Le peuple, jusqu'au bout pour la rupture

La revendication centrale du peuple algérien en lutte depuis le 22 février est celle d’une rupture radicale avec un changement systémique profond. Cela signifie : transformation profonde du mode de fonctionnement des institutions, réhabilitation du principe de primauté du politique sur le militaire, séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), changements des pratiques et des mœurs politiques, etc.

Ce système a brouillé les consciences, perverti les comportements individuels, gangrené les pratiques sociales et exalté le tribalisme et le régionalisme. Il a gouverné par la violence, la hogra, la corruption, le clientélisme et le népotisme. Il a instrumentalisé les croyances et les traditions, attisé l’obscurantisme, la bigoterie ainsi que toutes les manifestations de l’oppression patriarcale et machiste. Ce qui est attendu de Mr Tebboune et de ceux qui l’ont désigné, c’est qu’ils admettent que le système politique algérien est obsolète et non réformable et qu’ils comprennent, au plus vite, qu’avec leur socle idéologico-politique dépassé et dévitalisé, ils sont devenus le facteur de blocage essentiel qui empêche notre société de passer à une étape qualitativement supérieure de son histoire. Comme on ne peut fabriquer une voiture intelligente sur la plateforme d’une Ford des années 50, il n’y a pas grand-chose à attendre de la caste dirigeante du moment. C’est donc à la jeunesse algérienne, réceptacle de la nouvelle conscience nationale émergente et véritable fer de lance du Hirak, qu’il revient de pousser le système vers la sortie et de désactiver son programme ADN de manière à ce qu’il ne contamine pas l’Algérie démocratique et républicaine qui est en gestation. C’est parce que la tâche historique du Hirak est de consommer définitivement la rupture avec les temps passés, qu’il est un moment refondateur, donc nécessairement révolutionnaire !

Dialogue intra hirak

Le seul dialogue qui vaille, aujourd’hui, est celui qui devrait se dérouler entre les hirakistes eux-mêmes, dans le but de tirer vers le haut leur niveau de conscience et d’organisation. Certes, les citoyen.ne.s qui se rassemblent et marchent, depuis bientôt un an, ne sont pas tous animés par la même vision du monde ; ils appartiennent à des tendances, groupes et courants politiques et idéologiques divers. Mais cela ne les empêche pas d’agir ensemble, par millions, avec une détermination sans faille et un comportement civique et politique exemplaire. Ce fait d’une dimension épique est, en soi, un cas rare dans l’histoire. Il est le signe que la révolution du sourire conserve encore la vitalité suffisante pour atteindre son point de non-retour. Cette perspective inquiète beaucoup le pouvoir illégitime. Il riposte en multipliant ses opérations de répression, de chantage, de division, de tromperie, de démoralisation et de corruption, en essayant d’opposer les forces au sein du Hirak et de les monter les unes contre les autres. Son but ne vise pas tant les groupes et partis politiques. Son objectif réel est de détruire le Hirak. La classe politique, du moins celle qui veut réellement et sincèrement œuvrer pour l’intérêt du peuple et de son mouvement d’émancipation, a là une occasion unique de se hisser à la hauteur de leurs responsabilités et des exigences de l’Histoire. Elle doit commencer par faire lucidement le constat que notre révolution n’en est qu’à sa phase première et que le chemin est encore long et semé d’embûches.

C’est pourquoi, nous devons nous agripper à notre unité d’action, dont la substance est portée dans les mots d’ordre phare du mouvement à savoir : Silmiya, kabyle Arabe-Khawa-Khawa, Yetnahaw Gaâ, Imazighen Casba Bab El Oued, Klitou lebled, Djazair Horra Dimocratia, Dawla Madania Machi Askaria ,Aneddu alama yeghli udhavou. Crédos populaire qu’on peut traduire politiquement dans ces trois objectifs cruciaux pour notre avenir :

1- le changement radical de l’ordre politique et institutionnel et des modes de gouvernance qui ont prévalu depuis 1962.

2- la réalisation d’un État de droit garant de toutes les libertés (individuelles et collectives) et protecteur des catégories sociales les plus vulnérables.

3- la construction d’une démocratie irréversiblement immunisée contre tout risque (y compris l’instrumentalisation du suffrage universel) de résurgence d’un système politique totalitaire et despotique, qu’il soit d’essence profane ou religieuse, civile ou militaire.

La révolution en cours est démocratique et pacifique ; elle regroupe la quasi-totalité des catégories sociales et générationnelles ; elle est le plus grand acquis du peuple algérien depuis l’indépendance. Sa continuité et son développement sont des impératifs historiques. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement son niveau de conscience et d’organisation qui est interpelé et testé. Ce sont aussi sa patience et sa résilience qui sont soumis à l’épreuve du temps.

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