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Accueil À la Lutte Idir, un monument s’en va...
Publié le : 03 Mai, 2020 - 14:00 Temps de Lecture 4 minute(s) 1440 Vue(s) Commentaire(s)

Idir, un monument s’en va...

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Il est l’un des artistes Kabyles et berbères les plus connus dans le monde, notamment avec ses chansons Vava Inouva, Ssendu ou Azwaw. Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet, né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, à Tizi Ouzou, a rendu l’âme hier à 21h30 à l’hôpital Bichat à Paris. Il s’en va à l’âge de 70 ans, laissant dernière lui une carrière remplie de succès et d’exploits et un patrimoine unique pour les générations à venir. Il est l’artiste qui a élevé la chanson kabyle à l'international, l'un de ses ambassadeurs et celui qui a défendu l’identité et la culture millénaire des terres de l’Afrique du Nord dans les quatre coins du globe. Son sourire éternel, sa voix envoûtante et son charisme imposant nous manquera à jamais. L’information rapportant son décès a fait le tour des réseaux sans qu’elle ne soit confirmée par ses proches, laissant croire pour beaucoup d’internautes et de fans de l’artiste qu’il ne s’agissait que d’une rumeur comme on en a l’habitude depuis quelques mois. «Cette fois. Ce n'est pas une blague ni un bobard. La mort nous a pris Vava Inouva», annonce, hier, l’ancien patron du bureau de l’AFP à Alger, Amer Ouali, sur sa page facebook.

L'ambassadeur de la culture Kabyke et Amazigh

La triste nouvelle de son décès est confirmée, donc, quelques minutes plus tard par la page officielle de l’artiste et Berbère Télévision, très proche de lui et de sa famille. Idir est décédé ! Il va dans l’au-delà laissant du chagrin dans le cœur de millions de personnes qui le suivent et qui l’aiment. «Comment m’en dormir ? Comment puis-je fermer les yeux ? Paix à ton âme. Tu es la fleur, tu es le symbole», a écrit amèrement l’artiste kabyle, Zedek Mouloud, sur sa page facebook officielle. «IDIR, l'artiste nous a quittés pour mieux être parmi les siens, parmi nous. Il est l'ami, le frère, le père à la fois, pour plusieurs générations de Kabyles. De Idir, Bourdieu disait "Il n'est pas qu'un artiste, il est un membre de chaque famille en Kabylie". Aujourd'hui nous constatons ô combien ces mots sont justes. Alors que chacune, et chacun de nous se sent l'orphelin éploré par ta disparition», témoigne Zahir Boukhelifa, journaliste indépendant en exil.«Idir a hissé la culture berbère aux plus hauts sommets de la gloire et de la reconnaissance : l'universalité. Idir s'en va. Sa lumière reste», affirme l’homme politique et l’ancien détenu du printemps Berbère 1980 et celui des lycéen de la Soummam en 1981, Djamel Zenati.

Le Hic

L'artiste des causes justes

Sur les réseaux sociaux, certains ont partagé ses chansons, d'autres des photos souvenir prises avec lui à l'image de l’artiste kabyle, Ali Amrane, ou des textes poétiques en hommage à celui dont l’âme et la voix ne quitteront jamais nos esprits. L’ancien journaliste de Le Matin et l’Humanité, Hassane Zerrouky, n’a pas manqué l’occasion d'assister au retour sur scène du grand Idir en Algérie en 2018 où il a donné un concert d’adieu comme il l’a toujours souhaité. Effectivement, ce concert était le premier depuis des dizaines d’années et le dernier, car le public qui l’a attendu depuis tout ce temps ne l’a plus revu depuis. «Idir à la coupole, c'est un souffle de modernité et de résistance qui a soufflé sur Alger et l'Algérie...et de tolérance», confie-t-il. Idem pour Belaïd Abane, médecin et neveu de Abane Ramadane qui dit «être éternellement reconnaissant à Idir». «Idir est parti, délivré d'une souffrance indicible subie avec courage et stoïcisme. Une part de chacun de nous s'en va avec lui. Aux siens notre empathie fraternelle. L’artiste au milieu des étoiles continuera à faire briller notre culture au firmament de l'universel. À lui notre reconnaissance éternelle.»

Pour le metteur en scène et scénographe Ahmed Rezzak, «la voix d’Idir restera le remède de tous ses fans et les gens qui l’aiment». Pour la cadre du Mouvement démocratique et social (MDS), Messaouda Chaballah, «Idir s’en va mais restera son engagement pour l’art et la culture universelle». «Idir, l'artiste qui a accompagné par ses mots plusieurs générations, celui qui a transformé en chansons les histoires de nos grands-mères et qui a hissé ce patrimoine culturel populaire qu’on racontait durant les nuits d’hiver autour du brasero à l’universalité, chantées par beaucoup sans comprendre forcement le mots. Il a porté sur ses épaules la combat pour la culture Amazigh. Il a chanté et défendu la femme notamment dans les sociétés traditionnelles. Il a chanté la douleur de la séparation, la mort, l’exil et la patrie lors de la décennie noire. Bref, il était un militant qui se battait pour toutes les causes justes dans le monde. Il a fait de la chanson un instant de lutte et d’expression. Le corps est parti, mais restera son dévouement pour l’Art et toutes les causes justes dans le monde», écrit-elle sur sa page facebook.

Il avait espoir de remonter sur scène

Où sera-t-il enterré ? Idir vit depuis plusieurs années en France où il est décédé. Aucune information sur le lieu et la date de son enterrement. Mais il est claire qu’il le sera en France avec la fermeture de l’espace aérien en France à cause du Covid-19. Il ne le sera pas, sauf miracle, en Kabylie, la terre qu’il a toujours chantée et idolâtrée.«Idir ne doit pas être enterré en France. Idir a chanté la douleur de sa mère et sa mère c'était sa terre», lance Amira Bouraoui. Sa terre est celle aussi de l’illustre, Lounis Aït Menguellat, qu’on a souvent vu ses derniers mois avec Idir. À penser qu’ils étaient inespérables. Sur sa page facebook, Ait Menguellet dit que «la mort de Idir signe la fin d’une époque pour la chanson kabyle». «Coup dur en cette belle matinée de printemps ! Pour moi le départ de Idir marque la fin d'une époque pour notre chanson. À ma dernière visite, il me disait qu'il était peu probable qu'il monte encore sur scène à cause de sa respiration assistée. On s'était mit à imaginer un moyen de dissimuler une bonbonne d'oxygène à côté de lui sur la scène qui lui permettrait de chanter à son aise. Nos idées, agrémentées de son sens de l'humour bien connu, se sont transformées en une bonne partie de rigolade. La mort n'était pas au programme, aucun de nous n’y pensait. Repose en paix mon ami, ce que tu as laissé t'assure l'immortalité». Adieu l’artiste, le symbole et le patrimoine ! Adieu Hamid Cheriet.

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