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Publié le : 08 Mai, 2020 - 23:05 Temps de Lecture 6 minute(s) 1284 Vue(s) Commentaire(s)

Le 8 Mai 1945, une nécessité historique 

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La devise de la république française «Liberté, Égalité, Fraternité» dont le triptyque remonte pourtant à l’année 1848, soit près de vingt ans après l’envahissement de l’Algerie ( alors occupée par les Ottomans ) par la France en 1830, n’aura de cesse depuis de céder allègrement le pas au fameux principe de Pascal «Vérité en deçà des Pyrénées, erreur Au-delà», pour faire en sorte que les «vertus» qu’elle prétend colporter à travers le monde soient nulles et non avenues au-delà de la Méditerranée.

Dans ce contexte, l’Algerie est en soi le prototype même de la colonisation armée pratiquée par la France en Afrique dés le 19ème siècle.

Mouloud Feraoun disait, en s’en prenant au discours de l’Europe des lumières, dans son roman «Le sommeil du juste» : «Le contrat social. Discours sur l’inégalité. Les châtiments. Jaurès. Auguste Comte. Ha! Ha! Mesdames et Messieurs, quelle blague! Quelle vaste blague ! Quelle fumisterie ! Des Imann! Tout ça, c’est pour eux, ce n’est pas pour les Imann (les indigènes)! ».

Le 1er Novembre 1954, jour d'anniversaire de la guerre de libération nationale, a , d’emblée, marqué du sceau de la révolution armée le mouvement nationaliste et indépendantiste algérien, dont les germes couvaient au sein de la société autochtone depuis au moins les massacres du 8 Mai 1945, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts pratiquement le jour même où Français, d’Algérie et de France, et Européens de toutes nationalités confondues fêtaient dans la liesse la fin de la seconde guerre mondiale et la libération de leurs pays du Nazisme.

Kateb Yacine, auteur du célèbre roman « Nedjma », témoin oculaire des événements de la révolte et des massacres de 1945 à Sétif, écrit à ce propos: « C’est en 1945 que mon humanisme fut confronté pour la première fois aux plus atroces des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme ».

Les prémices du nationalisme algérien et son corollaire, le concept d’indépendance, remontent aux manifestations du lendemain de la seconde guerre mondiale.

Les manifestants, à l’exemple du jeune scout Saâd Bouzid tué à l’âge de 22 ans le drapeau algérien à la main, en ce 8 Mai 1945, à Sétif, scandaient des slogans de paix, de dignité et de liberté comme « Indépendance » ou « L’ Algerie est à nous ». Mais ces manifestants, d’abord à Sétif, Guelma, Kherrata et Constantine, ensuite un peu partout dans le Constantinois et à travers toute l’Algérie, seront forcément réprimées dans le sang par l’armée, la police et les milices coloniales.

Le 1er Novembre 1954, est à ce titre la résultante irréversible d’un processus de dix ans de maturation de la conscience nationale et ses dérivés de dignité, liberté et indépendance, dont la mémoire collective est le creuset intégrant les douloureuses retombées immédiates et lointaines de la nation algérienne, allant des « Enfumades du Dahra » du 18 Juin 1845, où des centaines de personnes furent exterminées par asphyxie dans l’enfumage des grottes où elles s’étaient réfugiées, aux massacres du 8 Mai 1945, dont le nombre de victimes est officiellement estimé à 45000 morts et près de 100000 blessés en seulement quelques jours.

D’où le phénomène typiquement algérien de l’adhésion quasi-totale du peuple dés les débuts du soulèvement armé de Novembre 1954, et que, malgré leurs arsenaux de guerre les plus sophistiqués de l’époque, les lignes Challe et Morice tout au long des frontières avec la Tunisie et le Maroc, la pratique de la terre brûlée, de déplacement des populations et des camps de concentration, l’intervention de la légion étrangère et des Harkis, et surtout la systématisation de la torture en tant qu’arme de guerre non conventionnelle, les forces conjuguées de la France en tant que cinquième puissance mondiale et de ses alliés de l’OTAN n’auront réussi ni à en étouffer l’élan dans l’œuf ni à l’empêcher d’aboutir à l’indépendance au bout de près de huit ans de guerre et de résistance tout azimut.

La traduction de ce phénomène peut résider dans le fait que parallèlement au processus de prise de conscience nationaliste, enclenché depuis et par les massacres du 8 Mai 1945, durant toute une décennie, a émergé un groupe d’élite d’encadrement idéologique et politique de la société algérienne ainsi que du mouvement insurrectionnel dont le double défi sera d’assurer à la fois la liberté et l’indépendance du pays.

Ce groupe d’élite va s’identifier, entre autres militants nationalistes, à ceux qui deviendront les Six « Chefs historiques » de la révolution Algérienne : Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaid, Larbi Ben M’hidi, Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat et Didouche Mourad, à travers, d’abord, l’institution du Comité révolutionnaire d’unité et d’action CRUA, ensuite, la création du front de libération nationale FLN le 23 Octobre 1954.

Au début de l’année 1954, le mouvement insurrectionnel ne comptait qu’un petit nombre de maquisards, qu’on appellera par la suite « Maquisards de la première heure », ce qui donnait à ce mouvement un aspect plutôt aléatoire quant à ses chances de survie face à l’importance de la force de frappe de l’armée coloniale.

Les premières apparitions du FLN, à travers sa branche armée, l’armée de libération nationale ALN, se traduisirent dans les faits par des attaques sporadiques contre des installations militaires et de police, ou des équipements de communication et des bâtiments publics, principalement dans les régions de la Kabylie et des Aurès.

Mais l’aspect désordonnée de ces premières actions armées du FLN laissaient supposer que ce soulèvement pouvait échouer sur le terrain des combats à tout moment, d’autant que dés les premières attaques ciblant des sites militaires ou des commissariats de police, plusieurs cellules affiliées au FLN se faisaient déjà démanteler par les forces coloniales. Mais, parallèlement, les actions de sensibilisation menées par le FLN pour la cause nationale connaissaient un grand succès chez les autochtones autant dans les zones rurales que dans les villes et les villages. Il se produisit alors une véritable révolution spirituelle d’appui et de soutien chez les Algériens en faveur de la guerre d’indépendance.

La dynamique révolutionnaire ainsi soutenue dans les maquis sera scellée lors de la tenue du Congrès de la Soummam le 20 Août 1956, dont l’objectif principal était de structurer et d’organiser la révolution. Ce qui constituera un événement d’autant plus important que ce Congrès sera principalement organisé par Abane Ramdane en tant que secrétaire, et Larbi Ben M’hidi en tant que président.

Selon le mot d’ordre émanant du Congrès de la Soummam, ce 20 Août 1956, attribué à Abane Ramdane : « Exportons la guerre à Paris ».

La fédération FLN de France est créée pour mener des actions politiques et armées au cœur même du territoire français. Cependant, cette initiative aura de violentes répercussions sur le déroulement futur des événements.

À partir de ce congrès, il se produira comme une grande mutation dans la dialectique même du discours du mouvement révolutionnaire ainsi que dans le comportement de celui que la France appelait « l’indigène », en ce sens que ce dernier devient de plus en plus responsable et motivé dans son engagement dans la lutte armée.

Au fil des années, la France perdait, peu à peu, le fleuron de son empire colonial, l’Algérie française.

La déchirure n’en sera que plus profonde et les lendemaind davantage incertains. La puissance coloniale voit, perplexe et avec amertume, l'Algérie lui échapper. La France découvre une nation d’indigènes, certes, en état de délabrement avancé, mais qui refuse de continuer à faire allégeance à la « mère patrie », la France, dit-on du côté des « Civilisés ». La France admet de fait que sa politique d’assimilation a failli et que l’Algérie est bel et bien perdue.

La guerre d’indépendance libérera des âmes aussi nobles que cette terre qui les a vus naître. Ces femmes et ces hommes sont morts en martyrs en faisant don de leur personne pour que leur peuple puisse s’épanouir librement sur sa terre.

Les quatre coins du pays ont été irrigués du sang de ces personnes connues ou anonymes.

Cette guerre de libération restera la phase la plus glorieuse dans l’histoire et les consciences algériennes. Elle est l’acte de naissance de la nation algérienne et elle anoblit l’âme humaine, car on réalise là le don de soi absolu dont est capable l’homme.

Les algériens ont-ils réellement fini avec le colonialisme ?

Apparemment, non. Du moins de l’avis de plusieurs acteurs de la révolution.

Mohammed Mechati, membre de la réunion des 22 initiés par Boudiaf et Ben Boulaid, membre actif de la fédération de France du FLN, soulignait que « L’ Algérie d’aujourd’hui ne reflétait pas les aspirations de ceux qui, les armes à la main, ont décidé un certain 1er Novembre 1954 de chasser la 5ème puissance militaire au monde (La France) de leur pays ...La révolution constitue en réalité l’héritage commun du peuple Algérien, mais elle a été confisquée par certaines personnes, inconnues des bataillons de l’armée de libération nationale, et servie à d’autres comme fonds de commerce. L’héritage de notre révolution a été récupéré par des politiciens aux ambitions démesurées, qui ont été sourds et aveugles aux revendications du peuple. Ils sont coupables des échecs enregistrés depuis l’indépendance à ce jour ».

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