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Accueil À la Lutte Le comédien Abdelkader Djeriou sera présenté dimanche devant le procureur, affirme son avocat
Publié le : 21 Décembre, 2019 - 15:40 Temps de Lecture 5 minute(s) 1780 Vue(s) Commentaire(s)

Le comédien Abdelkader Djeriou sera présenté dimanche devant le procureur, affirme son avocat

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Désormais, rien n’arrête le couple Gaïd Salah-Tebboune. La répression redouble de jour en jour. Après l’oppression vécue par les manifestants à Oran, l’interdiction des marches hier à Tiaret et Sidi Bel Abbès, les interpellations et les incarcérations des militants et tout ce qu’ont subi les opposants à l’élection le jour du scrutin en Kabylie, le pouvoir vient de franchir le point de non-retour. Un visage connu du cinéma et du théâtre algérien est visé. Il s’agit de Abdelkader Djeriou. Ce comédien a marqué les esprits avec ses émissions satiriques «Journal El Gosto» et «Moul Stah» et surtout sa dernière série qui a cartonné  «Oulad Lahlal», dans laquelle il a incarné le premier rôle. Arrêté hier par la gendarmerie de Oued Tlelat, à 27 km au Sud-est de la ville d’Oran, «il a été maintenu en garde à vue afin d’être présenté ce dimanche devant le procureur de la République auprès du tribunal de la même ville», affirme son avocat dans une vidéo diffusée aujourd’hui sur son compte facebook.

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La chasse aux opposants même après l’intronisation de Tebboune

Aucune explication tangible n’a été donnée, jusque-là, pour expliquer cette énième attaque contre les opposants au pouvoir dépourvu de toute légitimité populaire et qui continue à être dénoncé après la mascarade électorale et l’intronisation de Tebboune à la tête de l’État. Rien ne peut, d’ailleurs, justifier un tel acte . Abdelkader Djeriou est connu à la fois pour son travail extraordinaire et son talent de comédien mais aussi pour ses positions politiques vis-à-vis du pouvoir et ses sbires. Ses émissions satiriques faisaient état d’une critique politique fine du système et de ses symboles. . Originaire de Sidi Bel Abbès, ville qui l’a vu naître et dans laquelle il a découvert le monde du théâtre, Abdelkader Djeriou est un artiste qui n’a jamais mâché ses mots. Il a toujours été fidèle à lui-même. Son opposition à la politique culturelle et à l’ancien ministre de la culture et ex-candidat à la dernière mascarade électorale, Azzeddine Mihoubi, est connue de tous. Kader, comme l’appellent ses amis du monde artistique, s’était aussi opposé à Bouteflika, puis à Gaïd Salah, à la mascarade électorale et enfin à Tebboune. Il a toujours été du côté du peuple dans ses projets artistiques et dans son combat pacifique au côté du Hirak et ce, depuis dix mois. Quelles seraient donc les raisons de son interpellation si ce ne sont ses positions envers ce pouvoir despotique et politico-militaire qui empêche le peuple d’accéder à sa liberté et à la démocratie ?

Accusation fallacieuse retenue contre Abdelkader Djeriou

Selon son avocat, Me Mohamed Kerma, Abdekader est accusé d’«incitation à attroupement non armé», pour une vidéo diffusée sur sa page facebook dans laquelle il a appelé les gens à venir massivement manifester à Oran pour dénoncer la répression qu’ont subi les Oranais au lendemain de la mascarade électorale. Me Kerma assure qu’«il se porte bien et qu’il a été bien traité par les gendarmes de Oued Tlelat». «Abdelkader Djeriou va être présenté demain, dimanche, devant le tribunal de Oued Tlelat. Il risque, bien évidement, d’être jugé le jour-même en comparution immédiate. Mais il n’y a pas de raison de s’inquiéter ou d’amplifier l’affaire. Il est juste accusé d’«incitation à attroupement non armé», indique-t-il.

Menacé de mort par des jeunes Oranais quelques jours avant son arrestation

La semaine a été marquée par les vidéos de deux jeunes qui se sont décrits comme "des autochtones d’Oran". Ces derniers ont menacé de «liquider physiquement» tout hirakiste d’Oran qui compte sortir encore dans la rue, le vendredi. Ces deux personnes se sont même pris à Abdelkader Djeriou et juré de «lui faire la peau» s’il décide, lui-aussi, de manifester à Oran. Cette affaire a créé une grande polémique sur les réseaux sociaux, chose qui a poussé Abdelkader Djeriou à faire marche arrière sur sa décision. «Je m’adresse à tous mes fans et les gens qui m’ont invité à venir marcher avec eux durant ce 44ème vendredi à Oran. La polémique a pris une énorme proportion. Ce ne sont pas les menaces qui me font peur, mais je ne souhaite pas qu’il arrive du mal à quelqu’un à cause de moi. Je ne me le pardonnerai jamais. C’est pour éviter tout problème que j’ai décidé de ne pas venir. Je sais que vous allez me le reprocher. Mais je préfère ainsi», a-t-il déclaré la veille du 44ème vendredi, dans un live facebook diffusé sur sa page. Finalement, c’est Abdelkader Djeriou qui a été arrêté par la gendarmerie et non ces deux délinquants qui appellent publiquement à son assassinat. Selon ses amis, si Abdelkader a en fin de compte décidé d’aller à Oran, vers le début de l’après-midi, c’est en raison de l’interdiction de la même manifestation dans sa ville Sidi Bel Abbès.

Le député du RCD, Atmane Mazouz, a été lui aussi empêché de gagner Oran

Il n’a pas été mis en garde à vue comme Abdelkader Djeriou, mais il a été traité de la sorte par la gendarmerie nationale de la wilaya de Chlef. En route pour participer à la manifestation du vendredi à Oran, où il était question de dénoncer la répression qu’ont subie les manifestants dans cette wilaya, Atmane Mazouz, député RCD, portant un mandat national, a été arrêté à mi-chemin par les gendarmes. Ces derniers ont été brutaux avec lui et l’ont sommé de rebrousser chemin, malgré son immunité parlementaire . Pire, ils l’ont escorté jusqu’à Béjaïa, comme ils le faisaient avec Rachid Nekkaz, placé sous mandat de dépôt, depuis le 4 décembre dernier, à la prison de Koléa (Tipaza).

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Marche millionnaire à Oran

Les artistes continuent à être la cible du pouvoir. Après le jeune poète de Bab El Oued, Mohamed Tadjadit, qui a été condamné pour «atteinte à l’unité nationale», à «18 mois de prison ferme», et l’artiste-peintre et bédéiste oranais, Nime, qui a été condamné «à une année de prison ferme» pour ses ouvres artistiques à travers lesquelles il a exprimé son opposition au pouvoir, c’est au tour à Abdelkader Djeriou de payer les frais de son implication dans le Hirak. Mais malgré toutes les tentatives de dissuasion employées par le pouvoir qui utilise ses "délinquants, racistes et xénophobes" qui menacent de mort les participants à la 44ème marche à Oran, la manifestation a eu bel et bien lieu. Elle était même millionnaire. Les Oranais ont, non seulement, récupéré la Place d’armes, lieu du rassemblement des manifestants avant le début de chaque marche et interdite par les forces de l’ordre, mais ils ont pu réalisé l’une des plus belles actions depuis le début du Hirak.En effet, plusieurs manifestants des wilayas de l’Ouest et de la Kabylie les ont rejoint pour dénoncer la répression dans la région. Sur le plan politique, la marche d’hier a vu aussi la participation de plusieurs membres du Pacte de l’alternative démocratique et de Me Mostefa Bouchachi.

Le pouvoir n’a pas réussi à étouffer la révolution du sourire qui exige le changement radical et le départ du système et de ses symboles dont Tebboune et Gaïd Salah, instigateurs de la tentative d’avortement du mouvement populaire. Abdelkader Djeriou sera présenté demain. Quant aux interpellations et incarcérations, elles ne vont, certainement, pas s’arrêter. Mais le mouvement aussi !

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