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Accueil À la Lutte Pouvoir-Hirak : après la censure, la propagande !
Publié le : 29 Mai, 2020 - 17:35 Temps de Lecture 4 minute(s) 2532 Vue(s) Commentaire(s)

Pouvoir-Hirak : après la censure, la propagande !

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Une véritable offensive propagandiste visant à forger une «nouvelle» réalité de la révolution populaire du 22 février, est lancée depuis quelques jours, principalement par le biais des médias de masse (télévisions, radios).

La contre-révolution menée depuis quelques mois par le pouvoir de Tebboune, installé à la tête du pays, le 12 décembre 2019, ne s’est pas contenté de mettre en prison les militants politiques, harceler les activistes, poursuivre les journalistes et museler les médias d’opposition. Elle s’acharne aussi, depuis quelques jours, à refaçonner l’idée qu’ont les algériens du hirak, de ce moment historique, de cette intensité collective générée par le départ de Bouteflika et de sa «Issaba».

Ainsi, une véritable offensive propagandiste visant à forger une «nouvelle» réalité de la révolution populaire du 22 février, est lancée depuis quelques jours, principalement par le biais des médias de masse (télévisions, radios). L’objectif : garantir le soutien des algériens et susciter par la même occasion le rejet de l’ennemi, qui dans ce cas, est le Hirak. «Le hirak a démarré après une réunion qui s’est tenu à Paris», a ainsi déclaré le professeur Lakhdar Maougal sur Canal Algérie, lors d’une émission-débat consacrée à «l’apport du Hirak dans la nouvelle Algérie». «Une rencontre a été organisée plus ou moins par la chaîne El Magharibia, à Paris et dont les commanditaires étaient basés à Londres», a-t- il soutenu.

Lakhdar Mouagal ne se contentera pas de si peu pour dénigrer les millions de citoyens sortis à travers les 48 wilayas du pays pour réclamer une Algérie libre et indépendante, allant jusqu’à affirmer que le hirak est «infiltré». Dans son récit, il relate une rencontre avec deux journalistes dont un franco-algérien, qui lui auraient proposé de les accompagner pendant le Hirak. «Un cas concret de prise de contact et je ne pense pas être le seul», a -t-il affirmé. Et comme il fallait s’y attendre, cette sortie médiatique pour le mois surprenante, du point de vue timing du moins, a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment de professionnels des médias. «Avant le 22 février 2019, L'ENTV était une chaîne de propagande gouvernementale un peu ringarde et kitsch. Après le 22 février 2019, elle a rejoint ses petites sœurs des télés poubelles pour se transformer en une chaîne de diffamation et de Fake news», écrit le journaliste Abdellah Benadouda, sur son compte Facebook. Et de poursuivre : «après avoir traité Lakhdar Bouregaa de traître, qualifié les hirakistes oranais de "berrania (étranger)" et les opposants de "zouave", la voilà qui fait la promotion, toute honte bue, des théories du complot les plus surréalistes en qualifiant le hirak d'être une vaste conspiration née dans des laboratoires parisiens.» Abdellah Benadouda ne manquera pas, en outre, de rappeler que «le "hirak Moubarak" est inscrit en préambule du projet de révision de la constitution. Rappelons aussi que c'est le trésor public et les impôts des algériens qui servent a financer cette institution qui nous insulte».

Face aux critiques, Lakhdar Mouagal réagit

Tout en campant sur sa position exprimée sur le plateau télé de Canal Algérie, le professeur Lakhdar Mouagal a tenu à apporter plus d’informations aux allégations qu’il a portées à l’encontre de certaines personnalités politiques qui auraient participé à la réunion en question. «Je commencerai par remercier chaleureusement mon collègue et ami, le professeur Ahmed Adimi de L’École nationale supérieure de sciences politique d'Alger, de m'avoir communiqué nombre de précieuses informations concernant la réunion à Paris du 15 février 2019 à laquelle il avait été personnellement convié à prendre part comme bon nombre de politiciens nationaux, à l'instar de Mohcène Belabbes du RCD, Karim Tabbou, Abdallah Djaballah, Amar Laskri du FFS, Djilali Sofiane de Jil Jadid et du mouvement Mouwatana, l'ex-magistrat Zoubida Assoul, Bahbouh, et même de quelques anciens officiers de la Sécurité militaire et du DRS à la retraite avec quelques journalistes, à l'instar de Saad Benokba, Fodil Boumala, etc...», écrit-il sur son compte Facebook. Avant de réitérer que «la réunion aurait été organisée et subventionnée par la chaîne Al Magharibia».

Deux jours plus tard, soit le 26 mai, c’est le professeur de philosophie, Mohamed Bouhamidi qui soutient un entretien accordé à l’APS, que «le Hirak, ce mouvement de contestation populaire pour s'opposer à un 5e mandat de Bouteflika Abdelaziz, n’existe plus dans son état originel, et certaines ONG internationales tentent d'opposer cette légitimité présumée du Hirak à toute solution politique afin "d'aboutir à une situation de chaos" en Algérie». Il ajoute que «le Hirak a muté du fait que ce mouvement était fini dès le mois de mai, mais en donnant naissance à un nouveau fruit, qui est autre chose que lui : l’émergence des couches moyennes dans la vie politique directe».

Le président du parti de Jil Jadid qui fait désormais partie de cet arsenal d’offensive déployé par le pouvoir contre le Hirak, a affirmé, hier, lors d’un direct sur la chaîne d’information Skynews que «le régime Bouteflika est fini et que nous sommes en train de construire une nouvelle Algérie». Mais le fait marquant et non moins choquant dans les propos de cet «autre porte-parole de Tebboune» est que celui-ci a soutenu qu’«il n’y pas de répression des libertés en Algérie et que le nombre de militants en prison n’est pas aussi important qu’on voudrait le faire croire».

Il va sans dire que toutes ces sorties médiatique s’inscrivent dans la continuité d’une stratégie où le pouvoir ne veut pas uniquement museler les médias ou les militants, mais également devenir la seule source d’information arrivant dans les foyers algériens. Il avait commencé par censurer les télévisons privés et les chaînes radios, la presse écrite, avant de passer au blocage de plusieurs sites électroniques, jugés trop critiques à son égard. Maghreb Émergeant, Radio-M, Interlignes, Dzvid, Le Matin, et notre site l’Avant-Garde Algérie, ne sont accessibles depuis le mois d’Avril qu’à travers une connexion VPN.

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