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Publié le : 28 Décembre, 2019 - 17:40 Temps de Lecture 5 minute(s) 1534 Vue(s) Commentaire(s)

Le pouvoir lâche ses Baltagui sur les manifestants de la révolution populaire

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«Rentrez chez vous. Pourquoi continuer à manifester, vous avez un président légitime», lancent des policiers aux manifestants, hier, lors du 45ème vendredi de la mobilisation populaire à Annaba. La journée 45ème vendredi a été marquée par une grande mobilisation dans les quatre coins du pays, ce qui a été peu attendu par de nombreux observateurs qui prévoyaient une baisse de la mobilisation populaire. Les algériennes et les algériens ont, ainsi, affirmé pour celles et ceux qui doutaient encore de leur détermination, qu’ils n’abdiqueront pas et qu’ils continueront leur combat pacifique jusqu’à l’aboutissement de leurs revendications révolutionnaires.

Mais le vendredi 45 a été marqué aussi par la répression à Oran et Tiaret à l’Ouest, et dans plusieurs wilayas de l’Est dont Annaba, Batna, Constantine et Bordj Bou Arreridj. Les acteurs de ces actes ignobles sont non seulement les policiers en civil et les forces de l’ordre, mais aussi les Baltagui qui ont refait surface, sous la protection des services de sécurité. Le pouvoir a, désormais, renoué avec ses anciennes pratiques afin d’étouffer la voix du peuple. Ce qui s’est passé, hier, à Annaba, Oran, Bordj Bou Arreridj, Batna, Constantine et Jijel nous rappelle les images de 2011 et 2014 à Alger, lorsque le pouvoir lâchait des Baltagui pour s’attaquer aux manifestants qui revendiquaient le changement du système et le départ de Bouteflika. Les Baltagui de Tebboune et Chengriha, le nouveau Chef d’État-major ont agressé, tabassé, violenté et insulté avec vulgarité les manifestants dont les femmes, les enfants, les vieux et les vieilles, sans que la police n'interviennent et ne bouge le petit doigt. Pire! À Oran, pour ne citer que cette wilaya, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre des Baltagui discuter leur plan de d'agression avec les policiers sans que ces derniers ne réagissent à leurs propos criminels!

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À Annaba comme à Constantine, plusieurs manifestants ont été écroués et tabassés par ces Baltagui. Ces derniers reprochent aux manifestants la continuité de la mobilisation alors que l’Algérie, qui a, selon eux, «un nouveau président légitime, est en deuil depuis le décès de Gaïd Salah». «La ville d'Annaba ne fait plus partie de la République. Les enfants de Gaïd Salah ont décidé ainsi en mobilisant les nervis et les dealers soutenus par la police pour s'attaquer à des citoyens, certains en famille, venus manifester. Ça fait longtemps que cette ville a été privatisée et mise sous la coupe des Gaïd. Mais aujourd'hui, elle a été séparée de la République. Ceux qui se mettaient en garde à vous devant Gaïd Salah et se bavassaient d'une chefferie des brigands qui n'honore nullement l'armée, doivent savoir qu'ils ont servi comme soldatesques de la féodalité, à défaut de la sauvegarde de l’État national qu'ils prétendaient défendre», dénonce sur les réseaux sociaux, l’ancien rédacteur en chef de Le Matin, Youcef Rezzoug.

Idem à Bordj Bou Arreridj où les Baltagui ont fait plusieurs blessés. Mohamed Touahria, ami du militant connu de cette région, Brahim Lalami, en détention provisoire dans la même wilaya, est l'une de leurs victimes. Mohamed, blessé gravement au visage, raconte qu’«il a été agressé devant les policiers».«Les Baltagui agissent librement devant les policiers. L’agresseur est identifié. Il est de Bordj Bou Arreridj. Les Baltagui veulent faire peur aux gens et tuer le mouvement. Nous n’allons pas répondre aux provocations, car nous avons choisi la voie du pacifisme. Mais nous n’allons pas rentrer chez nous. Le Hirak continue», assure-t-il, le sang sur le visage, dans un live facebook diffusé du lieu de l’agression.

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Oran a vécu l’agression pour la deuxième fois depuis la mascarade électorale. Un manifestant qui était victime des Baltagui raconte : «nous étions à la queue de la manifestation lorsque soudainement les policiers laissent passer les Baltagui, qui étaient cachés derrières eux. Nous étions tabassés, insultés et qualifiés de tous les noms d’oiseaux.» Un autre manifestant Oranais témoigne : «les Baltagui étaient sous l’effet de la drogue. Ils ont l’objectif de vider le mouvement de sa substance en faisant peur, notamment, aux femmes et aux enfants.» Quant à Batna, la manifestation du 45ème vendredi a été interdite par des policiers décrits par les manifestants de «vulgaires» et d’«agressifs», tout comme à Tiaret, à l’Ouest du pays. Dans la capitale des Aurès, plusieurs militants ont été interpellés avant d’être relâchés tard dans la soirée.

Sur les réseaux sociaux, les photos des Baltagui notamment d’Oran, de Bordj Bou Arreridj et d’Annaba ont été largement partagées afin de dénoncer les agresseurs. Les accusations n’ont pas tardé à tomber. À Bordj Boua Arreridj, c’est «l’homme d’affaire Benhamadi» qui a été pointé du doigts par les militants de cette région. Il serait, selon eux, «l’homme qui a payé les Baltagui afin de s’attaquer aux manifestants pacifiques». Idem à Oran et Annaba, où deux gérants de cabarets, comme à l’époque de Bouteflika, ont été accusés d’être derrière les Baltagui dans ces deux wilayas. Le pouvoir a, cette fois-ci, montré qu’il n’a finalement aucune intention de discuter avec le Hirak. Les interpellations, les incarcérations et les intimidations à l’encontre des citoyens et militants n’ont pas cessé depuis la mascarade électorale, ce qu’a dénoncé, aujourd’hui, dans un communiqué le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). «Il n'a pas fallu plus d'une dizaine de jours pour que "la main tendue" au Hirak tombe à bras raccourcis sur des manifestants pacifiques dans plusieurs villes du pays ….. Le timing de cette opération n'est pas fortuit. Comptant sur une baisse de la mobilisation qu'induirait le matraquage médiatique subi par les citoyens à l'occasion des funérailles de l'ex chef de l’État-major et de la désignation d'une façade civile au pouvoir réel, le tout dans une période de vacances scolaires et universitaires, les apprentis sorciers du système pensaient "nettoyer" quelques groupes de téméraires pour commencer à neutraliser la rue», s’indigne le RCD. Et d’ajouter : «le RCD dénonce et condamne cette répression et l'attitude irresponsable d'un pouvoir qui persiste dans le déni en mettant les moyens de l’État au service d'une bande maffieuse au lieu de décréter la satisfaction des revendications des populations qui rythment toutes les marches pacifiques depuis février 2019.»

L’agression dont ils étaient victimes les manifestants, hier, a été largement dénoncée aussi par les internautes sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, un rassemblement a été organisé dans la ville de Béjaïa en soutien aux manifestants agressés et pour dénoncer ces actes dignes de la voyoucratie du pouvoir. Les manifestants ont rappelé leur solidarité avec les wilayas concernées et ont réitéré les slogans de fraternité entre les différentes régions du pays. «Les algériens Khawa Khawa et les baltagui m3a lkhawana (les algériens sont unis et les Baltagui sont avec les traîtres)», scandent les manifestants rassemblés, aujourd'hui, à la Place de la liberté de la presse, Saïd Mekbel, à Béjaïa. La même solidarité a été exprimée, cette après-midi, à Tizi Ouzou lors du débat hebdomadaire organisé chaque samedi par le Collectif Le Carré, sur place du centre-ville. Pour rappel, ces deux villes ont, précédemment, organisé des rassemblements de soutien aux manifestants agressés violemment par les forces de l’ordre à Oran au lendemain de la mascarade électorale. Aucune personne des Baltagui qui ont menacé publiquement, les armes à la main, d’assassiner les manifestants du Hirak n’a été arrêté par la police. La DGSN reste jusque-là muette sur ce sujet.

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