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Publié le : 16 Mai, 2020 - 18:10 Temps de Lecture 6 minute(s) 2743 Vue(s) Commentaire(s)

Le PT condamne l’avant-projet de révision de la constitution et dénonce la loi de finances complémentaire 2020

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Le parti des travailleurs s’est livré à une vive critique de l’avant-projet de révision de la constitution, le qualifiant de «réformettes qui, en aucun cas, ne modifient la nature présidentialiste foncièrement anti-démocratique du régime», a estimé le parti des travailleurs (PT) présidée par Louisa Hanoune, dans un communiqué rendu public, ce vendredi.

«Outre le confinement, la révision constitutionnelle est réactivée dans une situation marquée par la fermeture quasi-totale du champ politique et médiatique, le musèlement de la presse publique et privée dont certains journaux électroniques ont été bloqués et des journalistes emprisonnés, l’arrestation et la condamnation à tour de bras de nombreux activistes dans de nombreuses wilayas dans des procès expéditifs… », estime le PT dans un communiqué rendu public, ce vendredi. Pour le parti, il est donc impossible de «donner du crédit aux intentions démocratiques des rédacteurs de l’avant-projet de révision constitutionnelle, lorsqu’en plus de cet état de fait, ce gouvernement fait adopter, dans une procédure d’urgence empêchant le débat libre, des amendements liberticides et répressifs au code pénal, criminalisant tout acte ou expression démocratique critiques ou opposés à l’orientation politique du régime en place».

Le Parti des travailleurs s’interroge, par ailleurs, sur «les raisons qui ont motivé sa réintroduction dans le contexte exceptionnel qui prévaut et dont les rédacteurs des amendements reconnaissent dans la présentation qu’il ne permet pas l’organisation d’un débat populaire», balayant d’un revers de main l’argument présenté par le ministre conseiller à la communication et porte-parole de la présidence, Belaid Mohand Oussaid, qui a déclaré lors d’une conférence de presse, tenue le 13 mai, que «la présentation de l’avant-projet d’amendement constitutionnel est venue en réponse à la demande pressante de certains acteurs politiques et représentants de la société civile». «En réalité, cette décision confisque la souveraineté populaire et donc la principale aspiration de la majorité du peuple portée par la mobilisation révolutionnaire depuis le 22 février 2019», estime le PT, et ce, «dans l’objectif consacré dans le texte, du maintien du régime issu du système de parti unique contre lequel s’est soulevée l’écrasante majorité du peuple le 22 Février 2019».

Soulignant «la phraséologie et les contradictions dont est truffé le projet», le PT dénonce «des réformettes qui, en aucun cas, ne modifient la nature présidentialiste foncièrement anti-démocratique du régime qui se trouve renforcé par de nouvelles prérogatives au profit du président de la république». «Non, il ne s’agit pas d’un régime semi-présidentiel et l’APN garde les mêmes prérogatives telles que énoncées en 2016, prérogatives qui, pour l’essentiel sont toujours restées lettre morte», affirme-t-il.

Par ailleurs, le PT déplore que «l’indépendance de la justice, pierre angulaire dans toute démocratie, n’est pas plus consacrée du fait entre autres des énormes prérogatives du président de la république, maintenu comme président du haut conseil de la magistrature, dont la composante proposée reflète la même volonté de préserver le régime en place. Orientation dénoncée par les représentants des magistrats et de nombreux constitutionnalistes sérieux».

Intervention de l’armée algérienne en territoire étranger

Pointant les risques qui peuvent en découler dont «les interventions militaires étrangères qui nourrissent le terrorisme international», le PT dénonce «une dérive sans précédant à travers la proposition de constitutionnalisation de la participation de troupes de l’armée nationale populaire dans des opérations dites de maintien de la paix décidées par l’ONU, l’UA, la ligue arabe…». «Nous sommes face à une rupture claire avec les objectifs de la révolution algérienne et qui ont imprimé, depuis l'indépendance nationale, la politique de l’État algérien en matière de sécurité et de diplomatie – Une politique consacrant la souveraineté de l’État, la non-ingérence dans les affaires des autres pays, la recherche de la paix dans le monde, une politique défensive jamais agressive», et de «participer dans de telles opérations c’est, de fait, comme l’établit la situation de tous les pays qui ont accepté de s’y soumettre, une perte totale de souveraineté de décision de l’État, c’est être un acteur direct dans les crimes commis par les grandes puissances à l’encontre de nombreux peuples». «C’est parce que l’État algérien a refusé toute solution venue de l’extérieur et a mis en œuvre une solution exclusivement algérienne que notre pays a pu préserver son intégrité et sa souveraineté suite à la tragédie nationale», rappelle -t-il.

Pour le PT,«la ligue arabe et l’Union africaine n’ont jamais joui d’une quelconque indépendance, considérant la soumission de la majorité de leurs membres aux ordres des puissances impérialistes, des gouvernements qui n’ont pas hésité à participer dans la destruction de pays voisins agissant comme sous-traitants».

Et au PT de s’interroger sur «ce qui motiverait une telle aventure, celle de transformer notre Armée nationale en une armée supplétive des armées des grandes puissances alors que le président Tebboune lui-même avait écarté cette option de manière catégorique quelques jours auparavant !» : «Il y a péril en la demeure car le fait même d’y avoir songé traduit un état d’esprit des plus dangereux pour la nation.» Il soulève que «l’introduction d’une telle proposition gravissime, que seules les grandes puissances applaudiraient car répondant à leurs exigences, explique le choix du moment pour relancer le projet de révision constitutionnelle, à savoir la période de confinement», ce qui est confirmé selon lui, «par le contenu de la majorité des amendements, farfelus pour certains, renforçant pour d’autres, la nature du régime rejeté par l’écrasante majorité».

Évoquant la question de la langue éminemment identitaire pour le peuple algérien, le PT a rappelé que «la reconnaissance constitutionnelle de Tamazight comme langue nationale en 2002 puis officielle en 2016 est l’aboutissement d’un long combat populaire et militant, consolidant l’unité du peuple et de la nation algérienne». *«Le mouvement révolutionnaire du 22 février a soudé davantage cette unité et a montré combien le peuple algérien, sur tout le territoire national, est fier de cette reconnaissance, attaché à sa dimension Amazigh, élément constitutif de son identité nationale et ciment de son unité et de la fraternité entre ses deux composantes linguistiques, que le système a de tout temps œuvré à briser depuis l’indépendance en fomentant des tensions et des divisions artificielles»µ, soutient-il.

Autre grief : «la relance du projet de révision constitutionnelle qui coïncide avec l’adoption par le Conseil des ministres du projet de loi de finances complémentaire (LFC) 2020 qui consacre une régression violente en matière de souveraineté économique de l’État par, notamment, l’abandon du droit de préemption de l’État (revendiqué par Total et l’ex chef de l’oligarchie prédatrice…), une règle que même les États capitalistes appliquent, l’abandon de la règle 51/49, réservée désormais à un vague secteur stratégique». «Certes, cette règle avait été dévoyée par les précédents gouvernements au service de l’oligarchie en association avec des multinationales dans des contrats mafieux qui ont permis le pillage des ressources nationales, du foncier public etc … Mais cette règle a permis aux travailleurs d’arracher, dans de nombreux cas, la renationalisation partielle de leurs entreprises et donc leur sauvetage, la relance de leurs activités et la préservation des emplois. Tout comme l’État a pu intervenir, usant de son droit de préemption, pour sauver des entreprises menacées de disparition ou annuler des contrats basés sur le pillage étranger», explique-t-on encore.

Le PT dénonce également la marche accélérée du gouvernement notamment en ce qui concerne l’augmentation des prix des carburants qui vient rogner un pouvoir d’achat déjà laminé et de fait annuler la dérisoire augmentation du salaire national minimum garanti de 2000 DA, mais surtout le système de retraite à travers l’allongement tacite de l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour l’ensemble des travailleurs, «la manœuvre qui consiste à dire qu’il s’agira d’un choix volontaire pour le salarié ne pouvant camoufler les véritables desseins à court terme d’en finir avec une règle. Bien des gouvernements ont usé de ce subterfuge». Le PT, qui a de tout temps, dénoncé les politiques visant à mettre à terre l’économie nationale, estime que «cette nouvelle orientation s’inscrit dans la continuité de la politique antinationale mise en œuvre par le précédent gouvernement notamment à travers la révision de la loi sur les hydrocarbures et le retour à l’endettement extérieur officiellement rejeté par le président Tebboune mais en réalité introduit sous couvert de financement de grands projets».

Pour les rédacteurs du communiqué, *«la rupture avec le régime non réformable issu du système de parti unique, passe par l’exercice par le peuple de sa pleine souveraineté à travers un débat libre, pour décider de la nature des institutions, aboutissant à la réunion d’une Assemblée constituante souveraine (ACS) dans laquelle siégeront les représentants du peuple mandatés qui rédigeront la constitution conformément à la volonté du peuple.

Le PT tacle Djilali Sofiane et Jil Jadid

Sans le citer, le parti des travailleurs na pas manqué de réagir aux déclarations de Djilali Sofiane, président de Jil Jadid qui a estimé, dans un entretien accordé, le 11 mai, au quotidien El Watan, qu’«une Assemblée constituante peut dégénérer en violence, c'est bien de l'éviter». «Contrairement aux affirmations en vertu desquelles l’assemblée constituantes souveraine serait porteuse de chaos, nous réaffirmons, et de nombreux exemples dans le monde le prouvent, qu’un tel processus intervenant dans des situations révolutionnaires posant l’exigence d’une reconstruction politique nationale démocratique est un facteur d’ordre car consacrant l’émancipation du peuple garant de la souveraineté nationale»*, affirme -t-il.

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