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Accueil À la Lutte Le serment d’Hippocrate à l’épreuve du Coronavirus : un autre médecin décède à Blida
Publié le : 15 Avril, 2020 - 13:45 Temps de Lecture 4 minute(s) 1897 Vue(s) Commentaire(s)

Le serment d’Hippocrate à l’épreuve du Coronavirus : un autre médecin décède à Blida

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Si l'évocation de l’épidémie du Corona Virus renvoie, le plus souvent, aux hôpitaux publics, il est peu question des praticiens privés qui, généralistes ou spécialistes, ont décidé de continuer à soigner la population, en dépit des risques encourus, faisant ainsi preuve d’abnégation et de patriotisme.

Hamza Boukari, éminent pneumo-phtisiologue, fait partie de ces médecins qui, tout en sachant les risques qu’il pouvait en courir, a quand même choisi de faire front, jusqu’à le payer de sa vie. Atteint de Covid 19, le Docteur Boukari est décédé à l’âge de 70 ans, après avoir passé plus d’une semaine en réanimation. «Il représentait avec générosité et passion, le noble métier auquel il s’est dévoué jusqu’aux la fin de sa vie », témoignent certains habitants de la ville de Blida sur les réseaux sociaux et qui le connaissaient depuis qu’il a ouvert son cabinet en 1984. Un cabinet qu’il a refusé de fermer, au moment où le nombre de morts du corona Virus, augmentait chaque jour, dans une ville devenue épicentre de l’épidémie.

Dr Boukari n’est pas le seul médecin à avoir payé de sa vie, le prix de son engagement vis-à-vis de la population. En effet, depuis le début de cette épidémie, le corps médical a déjà payé un bien lourd tribut. Huit médecins sont décédés du Covid 19. «Huit médecins sont déjà décédés. Il s’agit du Dr Tilmatine, praticien généraliste à l’hôpital de Sidi M’hamed. Il est la première victime du virus dans le corps médical. Il y a eu ensuite le professeur Si Ahmed, décédé au CHU de Blida, deux généralistes exerçant dans le privé à Blida, Dr Kebali et Dr Djema Kebir, Salim Latreche de l’hôpital de Kherrata, Dr Hamoudi Abdelkrim, exerçant à l’hôpital de Bouzaréah, et un autre médecin au CHU de Beni Messous. Le virus a aussi emporté deux médecins de Sétif, dont un est décédé au CHU Mustapha d’Alger», selon Lyes Merabet, président du syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP).

D’aucuns diront que le serment d’Hippocrate prend tout son sens dans cette «guerre» qui appelle au dépassement de soi pour tous ceux qui l’ont prêté au terme d’un long, très long cycle d’études. «C’est un acte de courage et d’amour du métier, avant d’être un sacrifice», affirme Karima. S, dentiste dans la wilaya de Béjaïa. Pour cette jeune femme qui, elle aussi, a décidé de garder son cabinet ouvert, «les médecins doivent assurer leur noble mission parce qu’ils ont choisi de le faire, c’est avant tout un acte humanitaire, malgré les risques encourus».

Les médecins face à un choix cornélien

Nasser Achaibou, était médecin dans la wilaya de Boumerdès avant de prendre sa retraite. Pour notre interlocuteur, «en tant que médecin, notre rôle est d’être auprès du malade même en cas de force majeur». Toutefois, il refuse de cautionner les attaques dont ses confrères font l’objet, en fermant leur cabinet. Pour Chaouki Bouledroua, médecin dans un hôpital public à Constantine, beaucoup de ses confrères se sont retrouvés face à un choix cornélien, en l’absence des mesures minimales de protection. «Le choix d’exercer dans les conditions de crise qui prévalent actuellement relève du libre arbitr. Il doit être tranché individuellement, en mesurant les risques que ça engage», affirme-t-il.

Dr. Djedaoui, médecin orthopédiste, n’a pas eu à faire ce choix, lui. Depuis le début du confinement, sa pratique de la médecine a changé du tout au tout. Aujourd’hui, il témoigne de son nouveau quotidien dans la commune du Kalitous (Alger), où il exerce depuis plusieurs années déjà. Sur une centaine de médecins privés, entre généralistes et spécialistes, seuls cinq sont encore en activité, dont lui et un endocrinologue, pour une population de près de 450 000 habitants. «J’ai décidé de garder mon cabinet ouvert mais en diminuant le temps des consultations et en faisant respecter les gestes barrière entre les personnes qui viennent à nous. Aussi, nous avons plus de patients qu’en temps normal, car les malades refusent de se faire soigner dans les hôpitaux à cause du Covid19», explique-t-il.

En effet, il apparaît plus que nécessaire de mieux saisir le quotidien de ces médecins dans un environnement aussi hostile que l’est le milieu médical, depuis le début de l’épidémie. Dans le contexte du Corona virus, et l’absence de moyens, l’on peut s’interroger sur les stratégies mises en œuvre par les praticiens privés pour mener à bien leur mission, alors qu’ils sont en première ligne et confrontés aux conséquences horribles de cet ennemi invisible. «En tant que chirurgien, j’avais mon propre stock de masques et de gants que j’utilise aujourd’hui pour traiter mes patients», confie Dr Djedaoui. Et de poursuivre : «j’en donne à chaque patient qui vient dans mon cabinet, mais une fois mon stock tari, j’ai bien peur de ne plus pouvoir exercer ». «C’est comme si vous demandiez à un soldat d’aller sur le front, sans arme», conclut-il.

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