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Accueil À la Lutte Les appels lancés pour le retour imminent et urgent du Hirak se multiplient
Publié le : 09 Juin, 2020 - 20:15 Temps de Lecture 5 minute(s) 6818 Vue(s) Commentaire(s)

Les appels lancés pour le retour imminent et urgent du Hirak se multiplient

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Crédit photo : Zoheïr Aberkane

Une date clé se dessine déjà sur les réseaux réseaux : le 19 juin, premier week-end après la fin du confinement. Toutefois, la prudence reste de rigueur.

À l’approche du déconfinement prévu pour le 14 juin, plusieurs activistes sur les réseaux sociaux ont annoncé leur intention de mobiliser à nouveau les troupes pour le retour du Hirak. D’autres, en revanche, n’ont pas attendu la fin du confinement pour reprendre le chemin de la contestation. C’est notamment le cas du frère de l’ex détenu d’opinion Nabil Alloun, Toufik Alloun, militant actif du Hirak, originaire d’Ahnif qui a appelé, il y a deux jours, à une marche populaire pour le 9 juin, soit aujourd’hui, dans la Daïra de M’chedallah (wilaya de Bouira). «Que les présents le disent aux absents : marche populaire le 9 juin 2020, à M’chedallah en soutien aux détenus d’opinion et prélude au retour du Hirak», a-t-il lancé dans un post sur son compte Facebook. Et comme on pouvait s’y attendre, l’appel de l’activiste a été largement suivi. Des centaines de personnes se sont rassemblés dès 10h du matin et ont marché en solidarité avec les détenus d’opinion et les activistes et militants harcelés par les services de sécurité.

Yanis Adjilia, militant actif ne compte pas non plus, attendre le «bon-vouloir» des autorités pour reprendre les marches. «Je marcherai ce Vendredi 12 Juin 2020 à 14h de la maison de la culture Marguerite Taos Amrouche vers la place de la liberté d’expression Saïd Mekbel, Bgayet. J’ai choisi en mon âme et conscience de me confiner à l’apparition de la pandémie, je choisi toujours en mon âme et conscience de me déconfiner», écrit-il sur son compte Facebook. Il va sans dire que la décision de reprendre les marches populaires, après le déconfinement, a créé un débat au sein du mouvement. D’une part, il y a ceux qui ont affiché leur intention de sortir de nouveau dans la rue, assurant pouvoir manifester sans créer de risque sanitaire. Une date clé se dessine déjà sur les réseaux réseaux : le 19 juin, premier week-end après la fin du confinement.

C’est en tous cas ce qu’a affirmé Rafik Amzal, l’un des activistes de la révolution dans la wilaya de Béjaïa. «Le peuple est sorti le 22 février 2019, par conscience collective et pas par orientation idéologique, politique ou partisane. C’était une conscience collective de tout un peuple qui veut construire son destin et celui de sa patrie», explique-t-il pour l’Avant-Garde Algérie. Et de poursuivre : «le 22 février 2020, c’est encore par conscience collective pour sa santé et dans l’intérêt des algériens que le peuple décide de geler les marches pacifiques. Mais très vite, il sera écu de voir que le pouvoir, au lieu de gérer la crise sanitaire, a mis en exécution un plan machiavélique contre la révolution, les militants et les activistes dont une grande partie à Béjaïa, notamment veulent reprendre les marches le plutôt possible. Plusieurs dates ont été avancées dont celle du 14 juin, date anniversaire de la grande marche vers Alger en 2001, ainsi que le 19 juin, premier week-end après le déconfinement, ne serait-ce que pour marquer la symbolique du jour où les militaires ont opéré un coup d’État sur le pouvoir civile (Coup d’État de Boumediene en 1965 contre Ben Bella, ndlr)».

De l’autre part, il y a ceux qui s’interrogent encore sur la faisabilité de la chose, étant donné que «le Covid-19 n’est pas encore fini et que le danger de contamination n’est pas définitivement écarté», commente-t- on.
Un point de vue partagé par beaucoup de militants activistes et journalistes à travers le pays dont certains estiment que «le retour du Hirak est tributaire de la réouverture des lieux publics, particulièrement ‘’les mosquées’’». «Le retour du Hirak est une décision difficile à prendre, étant donné les circonstances. Mais une chose est sure, la réouverture des mosquées permettra à celui-ci de reprendre sans qu’il soit tenu pour responsable d’une éventuelle propagation du coronavirus», estime Hachem Saci, avocat et militant actif dans la wilaya de Khenchela, dans une déclaration à l’Avant- Garde Algérie. Et d’ajouter : «Le pouvoir est capable du pire pour mettre à genou le Hirak. On se doit donc de rester prudents et ne pas se précipiter».

Mourad Amiri, militant politique et membre actif du mouvement populaire notamment à Alger, est pour le retour du Hirak, «tout en prenant nos précautions contre le Covid-19», estime-t-il. «Nous avons appelé à l'arrêt des marches en toute conscience, avant même que les tenants du pouvoir ne le fassent. Car contrairement à eux, nous étions pour un confinement strict durant 14 jours. Nous aurions pu en finir avec cette pandémie à ses débuts, mais le pouvoir a profité de cette crise sanitaire pour en tirer des avantages et multiplier les arrestations et les convocations des militants», s’indigne notre interlocuteur. Et de poursuivre : «Les choses ne peuvent plus continuer ainsi, le Hirak doit revenir avec d’autres formes de lutte pour en finir avec ce système, mais tout en prenant les mesures sanitaires nécessaires pour ne pas être la cause d’une éventuelle propagation de la pandémie.» «Les décideurs sont contraints par des raisons sociales et économiques à annoncer la fin du confinement et nous sommes aussi contraints de le faire pour réagir à la répression», affirme-t- il.

Idem pour le photographe et activiste, Sid Walines, qui souhaite le retour du mouvement populaire. «Pour des raisons purement politiques et stratégiques, je suis pour le retour du Hirak à partir du moment où les transports publics reprennent et les lieux publics réouverts comme les restaurants, cafés, mosquées, plages.....etc..» estime-t-il . Et d’ajouter : «  pour être honnête, je ne m'inquiète pas d'une possible hausse des contaminations avec le retour du Hirak. Je sais que les citoyens sauront prendre les dispositions nécessaires, preuve en est, c'est les manifestants eux-même qui ont décidé de suspendre les marches malgré l’appel de Djerrad (premier ministre, ndlr) aux algériens à poursuivre le Hirak mais avec prudence», se rappelle-t-il. Bien qu’il soit optimiste dans ses prévisions, Sid Walines craint toutefois que  si le Hirak revient sans que les espaces publics ne soient réouverts, «ce serait donner l’occasion au pouvoir d’utiliser ceci comme argument pour interdire les marches populaires».

Saïd Salhi, vice-président de la Laddh, estime pour sa part que «le Hirak populaire comme il a fait irruption dans la spontanéité le 22 février dans un sursaut populaire de dignité, reviendra, on ne sait pas quand et comment, mais il reviendra pour la seule raison que ce qui a fait sortir le peuple ce jour là n'a pas changée, d'autant que le pouvoir ne fait aucun geste pour rassurer, apaiser et ramener la confiance perdue, je dirai même que la situation a empiré avec une crise sociale qui s'annonce déjà». La journaliste et militante Jamila Loukil de la wilaya d’Oran estime pour sa part que «le Hirak doit absolument revenir», car «on constate qu'avec la pandémie, le pouvoir a redoublé de férocité contre les manifestants, en refusant de répondre aux revendications du peuple, à savoir l'instauration d'une réelle démocratie, un État de droit et le libre choix de leur représentants dans les institutions représentatives». *«Le Hirak doit reprendre parce que ce pouvoir continue à agir comme il l’a toujours fait, en usant de sa violence, de la violation des droits et des libertés», dénonce la journaliste.

Enfin, il y a ceux qui appellent au retour du Hirak, mais avec d’autres formules.  *«Nous devons garder cette forme de contestation et l'alimenter par d'autres actions plus qualitatives pendant la semaine. C'est des débats que d'autres propositions vont émerger. La concertation, le débat et l'échanger permettent de conjuguer les intelligences et de sortir avec des conclusions et des propositions concrètes. Il me semble que la question de création de partis, des associations et des syndicats doit figurer dans les débats. La diaspora aussi doit prendre une place importante de nos réflexions et actions», estime-t- on.

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