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Accueil À la Lutte Liberté de culte : Une trentaine de Ahmadis devant la justice à Tizi Ouzou
Publié le : 24 Novembre, 2020 - 23:55 Temps de Lecture 3 minute(s) 1176 Vue(s) Commentaire(s)

Liberté de culte : Une trentaine de Ahmadis devant la justice à Tizi Ouzou

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Mohamed Fali, responsable religieux de la Tariqa Ahamdiyya en Algérien. En arrière plan, le fondateur de Ahmadiyya, Mirza Ghulam Ahmed.

Plusieurs personnes, adeptes de la Tariqa Ahamdiyya (minorité musulmane), sont convoqués par la justice à Tizi Ouzou, affirme leurs avocats, Me Kader Houali et Me Soufiane Dekkal, dans un communiqué parvenu ce soir à notre rédaction. «Trente et une personnes sont convoquées, aujourd’hui 24 novembre 2020, pour comparaître devant le tribunal de Tizi Ouzou. Elles sont accusées d’appartenir à un courant religieux, dit «Ahmadiyya», indiquent les deux avocats.

Accusés de «diffusion de tracts dans le but de porter atteinte à l'intérêt national, occupation d’une bâtisse pour l'exercice d'un culte d'une manière secrète sans autorisation, collecte de fonds et de dons sans autorisation, prêche à l'intérieur d'une bâtisse sans autorisation et sans agrément, en application des articles 96 du code pénal et 05/07-12-13 de la loi relative aux conditions d'organisation des cultes non musulmans, le procès de ces trente et un personnes est renvoyé au 15 décembre prochain», affirment-ils.

Il faut dire que les attaques contre cette minorité musulmane en Algérie ne datent pas d’aujourd’hui. Les Ahmadis sont dénigrés, diabolisés, traqués, traînés dans les tribunaux et même condamnés à la prison ferme pour le seul fait qu’ils soient de ce courant religieux ! Ils sont accusés de «hérésie, d’apostasie, d’apologie du terrorisme et de tous les maux dont le seul but de les faire disparaître à jamais du territoire algérien». Pourquoi ce courant pacifique et ouvert à toutes les cultures et religions du monde est autant persécuté par le pouvoir algérien ?

Contacté par l’Avant-Garde Algérie, leur ancien avocat et conseiller, Me Salah Dabouz, explique : «les autorités algériennes ont commencé d’abord à les repérer, sur demande des saoudiens, en 2006. Près 2000 Ahmadis établis dans 31 wilayas algériennes ont été identifiés par les services de renseignement. Les Ahmadis sont persécutés car ils sont pacifistes, ce qui dérange énormément les Wahabites saoudiens qui craignent que ce courant ne s’amplifie, mobilise et devienne important dans la région et peut être même chez eux, au moyen orient».

Le passage à l’acte a été décidé par l’ancien ministre des affaire religieuses, Mohamed Aïssa, en 2016. «C’était à l’occasion du dépôt d'un dossier pour la constitution d'une association caritative par les Ahmadis. Leur demande a été rejetée par le ministre de l'intérieur, et c'est là où a commencé la cabale anti Ahmadis», se souvient Me Dabouz.

280 Ahmadis ont été poursuivis dans 31 wilayas, en février 2018. Plusieurs ont été condamnés et emprisonnés entre 2016 et 2018. Leur siège à Larbaa, dans la wilaya de Blida, a été démoli. Leur chef religieux en Algérie, Mohamed Fali, dont le premier procès remonte à 2008, a été accablé par la justice. Il cumule à lui seul, sept condamnations pour les mêmes faits et dans plusieurs wilayas différentes, au point où il a décidé de quitter le pays et s’installer au Maroc où il est demandeur d’asile depuis janvier dernier.

Afin de justifier la cabale, Mohamed Aïssa a déclaré, sans scrupule dans un point de presse, que «les Ahmadis appartenaient à des groupes terroristes qui préparaient des attentats dans les stades de football dans le but d’assassiner les joueurs !»

L’affaire des Ahamdis a fait le tour des médias du monde, ce qui a poussé le ministre et le pouvoir en Algérie a faire marche arrière et présenter cette fois-ci des accusations défendables auprès de l’opinion internationale. «Depuis, les accusations tournaient autour de : collecte de fonds sans autorisation, constitution d'associations de malfaiteurs, activités dans une association non agréé, atteinte au prophète, pratiquer d’une religion en dehors des endroits prévues etc...», témoigne Me Dabouz. Et d’ajouter : «nous avions dans chaque dossier entre 4 à 8 chefs d'accusation.»

Après plusieurs mois de trêve, les persécutions contres les Ahamdis ont refait surface, cette fois-ci, à Tizi Ouzou. Pour rappel, dans cette wilaya particulièrement et en Kabylie d’une manière générale, plusieurs églises ont été récemment fermées. Les libertés se resserrent en Algérie devant l’inquiétude des défenseurs des droits humains. La dictature s’installe, mais celle qui tente de condamner les esprits est encore plus dangereuse.

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