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Publié le : 23 Avril, 2020 - 20:15 Temps de Lecture 4 minute(s) 2680 Vue(s) Commentaire(s)

Ludmila Akkacha, militante féministe : Le féminicide n’est pas seulement un problème social, mais aussi institutionnel

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«Au moins 14 féminicides ont été enregistrés depuis le début de l'année 2020 en Algérie!»

Couteau, machette, casserole, oreiller, fil électrique… ce sont des objets du quotidien qui nous semblent à première vue anodins, mais qui deviennent très vite des armes une fois entre les mains des auteurs de crimes contre les femmes et qu’on appelle «féminicide». En Algérie, les chiffres officiels relatifs aux morts violentes au sein du couple sont loin de refléter la réalité du terrain. D’où les associations dites «féministes» qui s’échinent à recenser le nombre de femmes victimes de violences conjugales, notamment en cette période où les violences qui se sont transformés en meurtre ont sensiblement augmenté. Depuis le début de l’année, pas moins de 14 féminicides ont été enregistrés. Ludmila Akkache, militante féministe et membre du collectif Femmes Algériennes pour le Changement vers l’égalité, a accepté de répondre à nos questions afin de mieux comprendre le phénomène.

L'Avant-Garde Algérie : Le nombre de cas de femmes victimes de violence dans le monde a augmenté, en raison du confinement lié à la pandémie du coronavirus. Qu’en est-il de Algérie ?

Ludmila Akkache : Effectivement ! Il y’a une augmentation sensible du nombre de cas en Algérie où nous avons recensés 14 féminicides depuis le début de l’année 2020, dont 11 avant le confinement et 3 pendant. Cependant, ce chiffre ne reflète en aucune mesure la réalité de la situation, car la plupart des victimes de violences se retrouvent coincées 24/24h avec leur conjoint, père ou frère, sans la moindre possibilité de contact avec l’extérieur. Elles pourraient être battues tous les jours sans que personne ne soit au courant. Aussi, nous avons décidé, en tant que collectif de publier une déclaration dans laquelle nous dénonçons avec fermeté le silence complice des autorités qui, par leur manque de réactivité, encouragent les violences faites aux femmes. Nous réclamons la mise en place urgentes des numéros verts fonctionnels dans chaque wilaya, l’obligation de signalement de ces violences et la prise en charge rapides des victimes par les institutions concernées (police, gendarmerie et justice), mais aussi la mise en place urgente de centres d’accueil temporaires pour les victimes.

Le sujet des féminicides est méconnu en tant que tel et demeure même un tabou en Algérie. Comment faites-vous au quotidien ?

Les violences faites aux femmes et qui finissent dans la plupart des cas par des féminicides sont malheureusement, aujourd’hui encore, un sujet tabou dans notre pays. Pourtant, c’est une réalité qui frappe la société algérienne de plein fouet. Le combat féministe ne se résume pas uniquement à l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, comme beaucoup de nos détracteurs aiment le faire croire. Bien au contraire, c’est une lutte de tous les jours et à tous les niveaux, un combat contre les pratiques sociales rétrogrades qui nourrissent les violences contre les femmes.

Selon vous, seuls les codes imposés pas la société sont à l’origine des crimes contre les femmes ?

Justement, non ! Le problème ne se pose pas à un niveau social uniquement mais également institutionnel où le législateur a sa part de responsabilité dans la recrudescence des féminicides. Nous avons constaté tout au long de ces années, l’absence d’une réelle volonté politique pour mettre fin aux injustices à l’égard des femmes. Nous avons réussi à arracher quelques acquis, mais l’absence de mesures d’application a fait que certaines lois restent seulement de l’encre sur du papier.

En l’absence de statistiques officielles, comment faites-vous en tant que militantes pour avoir toutes ces informations  ?

L’absence de vrais chiffres sur les féminicides pose un sérieux problème mais nous renseigne surtout que les autorités concernées ne font pas d’enquêtes, ni d’études sur ce phénomène qui tend à se répandre de plus en plus dans la société algérienne. Aussi, nous avons décidé de nous débrouiller avec les moyens de bord, à savoir les réseaux sociaux et les médias qui nous servent de sources, ce qui nous a permis d’établir des contacts et obtenir des témoignages de femmes victimes de violences conjugales, qu’on oriente par la suite vers des associations qui s’occupent de femmes maltraitées.

Pouvez-vous nous parler de ce que vous faites en tant que militantes féministes ou associations ouvrant pour cet objectif en Algérie ??

Malheureusement, nous ne pouvons pas empêcher les violences faites aux femmes. Par ailleurs, c’est à l’État de mener ce travail. Notre mission, à nous, consiste à alerter l’opinion publique et interpeller les autorités publiques afin de mettre en place des mesures d’application des lois et des politiques de prévention. Nous essayons aussi d’assurer un accompagnement psychologique et juridique pour les femmes victimes de violences, lancer des campagnes de sensibilisation, faire pression sur les autorités afin qu’ils allègent les protocoles d’accès aux Centres d’accueil, mais aussi exiger une prise en charge professionnelle et spécifique.

Et qu’en est-il des médias. Vous ont-ils aidé dans votre combat ?

Non, le traitement médiatique des féminicides est catastrophique. Nous avons constaté avec beaucoup de regrets qu’il y avait une complicité «invisible» de la part des mass-médias qui survolent le sujet sans aller dans le détail. D’autres, par ailleurs, n’en parlent même pas, car ils considèrent que la violence faite aux femmes n’est pas un sujet de priorité mais juste un fait-divers !

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