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Accueil À la Lutte Massinissa Guermah, cette victime qui marquera le divorce entre La Kabylie et le Régime
Publié le : 18 Avril, 2020 - 19:00 Temps de Lecture 4 minute(s) 1965 Vue(s) Commentaire(s)

Massinissa Guermah, cette victime qui marquera le divorce entre La Kabylie et le Régime

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Crédit photo : DR

Le retour au pouvoir de Bouteflika a été une malédiction pour l’Algérie en général et pour la Kabylie en particulier. Son règne est indéniablement marqué par le drame de 2001 ayant endeuillé la région de Abane Ramdane, Si Amirouche et Krim Belkacem, comme une ultime revanche prise par Abdelkader El Mali.

La Kabylie payera cher le prix de son ancestrale rébellion : 126 citoyens exécutés, souvent à bout portant, et des milliers de blessés dont la majorité handicapés à vie. Les auteurs de ce forfait macabre ne sont autres que les gendarmes, un corps d’élite de l’armée nationale et populaire, vécu par la Kabylie comme une véritable armée d’occupation !

Le mouvement populaire qui a eu lieu sur fond de la Hogra, de marginalisation culturelle, identitaire, politique, démocratique et économique de longue date du peuple comptait des gamins, des vieux, des femmes, des enseignants, toutes catégories socioprofessionnelles confondues. Le mouvement s’est révolté d’abord contre la gestion répressive des événements, avant de s’organiser et de structurer.

Les événements du printemps noir en Kabylie constituent une série de violentes émeutes et manifestations politiques qui ont été accueillies par des mesures sécuritaires des plus répressives et criminelles.

Tout a commencé avec cette bavure d’un gendarme commise dans l’enceinte même des locaux de la gendarmerie à Beni Douala, dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Un jeune lycéen, Massinissa Guermah, a été atteint par une rafale de mitraillette lâchée par un gendarme. Ce drame aurait pu être géré convenablement en ouvrant une enquête et en rassurant la famille et les proches du défunt et éviter l’effusion de sang qui s’en suivra. Qu’à cela ne tienne. Le ministre de l’intérieur de l’époque Yazid Zerhouni, qui prendra le perchoir de l’APN, traitera la victime de voyou ! Une déclaration qui mettra feu à la poudrière kabyle. À Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, des gendarmes arrêteront, sans raison apparente, des lycéens et leur professeur ! De la provocation en plein Avril, mois de la contestation périodique, dans la région. Ce qui fera dire qu’il y a bien eu «un plan pour déstabiliser la Kabylie». Le président du FFS, Hocine Aït Ahmed, désigne du doigt le DRS (المخابرات ) qui serait derrière ce complot criminel qui vise encore une fois la Kabylie, dans le but de «normaliser et neutraliser l’action politique dans cette région qui demeure le bastion de la résistance radicale et pacifique».

Bouteflika échouera toutefois à impliquer l’Armée dans la répression en Kabylie. «Certains ont affirmé que l’Armée est derrière l’assassinat du jeune Massinissa Guermah, cela est archi-faux», affirme au Quotidien Le Soir d'Algérie, un haut responsable de la hiérarchie militaire, dont on apprendra plus tard qu’il s’agissait du général Mohamed Lamari, chef d’État-major. «Nous avons invité la commission d’enquête à aller enquêter là où elle voudra le faire pour qu’elle ne reste pas aux portes des casernes, comme elle le laisse entendre dans son rapport préliminaire. Même les militaires mis en prison pour usage d’armes, elle n’a pas jugé utile de les rencontrer alors qu’elle avait l’autorisation de le faire», poursuit-il.

La population s’organisera en comités populaires, de villages, d’étudiants et d’Arch (Tribu) qui coordonneront leurs actions et établiront une plateforme de revendications. Le départ de la gendarmerie sera la principale exigence de ce mouvement populaire. Les casernes de gendarmeries seront assiégées des mois durant par de jeunes lycéens et collégiens, et c’est là que beaucoup y laisseront leur vie. Le summum de la manipulation et de la répression a été atteinte le 14 Juin 2001 à Alger, lorsque des centaines de milliers sont venus manifester dans la capitale et déposer la plateforme de revendication à la Présidence de la République. Les voyous encadrés par la police locale seront manipulés contre les manifestants Kabyles pacifiques. Des agressions ont été enregistrées dans plusieurs quartiers. Une véritable «chasse au Kabyle» a été menée dans les rues d’Alger. Le tout sur fond d’une campagne raciste anti-Kabyle savamment orchestrée par des officines occultes. S’il fait dater le divorce de la Kabylie avec le régime et le début de la fin du mouvement populaire de 2001, il faut retenir justement la marche du 14 Juin et le printemps noir.

Le sentiment Kabyle est né de cette révolte et de la répression vécue dans le sang, le 14 juin 2001 à Alger. La suite du mouvement ne fera que renforcer le discrédit du régime Algérien. Ferhat Mehenni, figure de proue de l’opposition algérienne, lancera le mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAk), comme seule solution à la crise algérienne. Les RCD-FFS sont définitivement discrédités. Une bonne partie des Aârouch, censée représenter la révolte des «jeunes» sombrerait dans la «corruption» consécutivement à leur acceptation du dialogue avec le régime. Une commission d’enquête indépendante a été mise en place et confiée à l’éminent juriste Mohamed Issad.

En juillet 2001, la commission nationale d’enquête sur les événements de Kabylie, rendait son rapport au chef de l’État. Le document, qui suggère les noms des responsables de la répression, a été jeté aux oubliettes par la présidence de la république. Aucune sanction ou démission ne suivra. C’est l’impunité totale. Des privilèges et avantages sociaux, des indemnisations financières, des crédits bancaires, des promotions professionnelles auraient été accordés à certains «représentants» à coups de signatures des négociateurs du mouvement citoyens. Il faut dire que le tout se règle à coup d’argent pour le système algérien détenteur de la rente financière. Tout s’achète, y compris les valeurs et le sang des martyres du printemps noir. Mais ce qui est sûr, c’est que le divorce de la Kabylie avec le système a été définitivement consommé !

Sources: «Algérie: Procès d’un système militaire» de son auteur, Kamel Lakhdar Chaouche . «Bouteflika, une imposture Algérienne», de son auteur Mohamed Benchicou.

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