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Publié le : 28 Mai, 2020 - 18:20 Temps de Lecture 5 minute(s) 5473 Vue(s) Commentaire(s)

Meftah El Rouss : portrait d’un youtubeur raté qui appelle impunément à l’assassinat des kabyles

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Ses «attentats comiques», publiés sur sa page Facebook comptant plus de 450 000 abonnés, ont battu des records de visionnage dépassant parfois les 750 000 vues, en moins de 24 heures.

Il y a des personnes dont on se passerait bien de parler. Mais il devient clair aujourd’hui, qu’il y a des choses devant lesquelles on ne peut plus se taire. Voilà un homme ou plutôt un «personnage» qui distille depuis des années sa haine, envers les kabyles notamment et tout récemment, contre tous ceux qui revendiquent une république démocratique libre, un état civil et non militaire. Non ! Ce n’est pas Naïma Salhi, bien qu’elle fasse, elle aussi, partie de cette même «race de racistes» qui repoussent les limites de la haine pour pouvoir continuer à exister médiatiquement.

Il s’agit de Meftah Bouarfa, que tout le monde connaît sous le sobriquet de Meftah El Rouss, youtubeur controversé, mêlant humour et discours de haine dans la plupart de ses apparitions. Il n’ y pas que. «Meftah El Rouss appelle même à l’assassinat des kabyles ainsi que tous ceux et celles qui militent pour un changement radical en Algérie». Mais qui est-il vraiment ? Un opportuniste qui a trouvé une niche pour exister sur les réseaux sociaux ? Un comique raté qui fait commerce de sa haine et de sa virulence  ? Un élément du pouvoir, utilisé pour semer la zizanie et créer des conflits identitaires au sein de la société ? Ou bien est-il ce justicier qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ?

Âgé d’une quarantaine d’années, d’un père militaire d’après ce que l’on sait de lui, Meftah El Rous vit dans un petit patelin aux environs de la ville d’Oran. Lorsqu’il a commencé YouTube en 2011, les réactions étaient nuancées, puisque sa spécialité était de «clasher les personnalités politiques, les institutions et parfois les citoyens», nous dit-on. «Il voyait chez eux des anomalies qui ne lui seyaient pas». Dans ses vidéos, il campe le rôle d’un président russe qui gouverne l’Algérie en faisant de sa réplique «Y’a Mouwatin», sa marque de fabrique. Tout au long de son parcours, il a été influencé par le comédien Athmane Ariouet auquel il a emprunté certaines répliques, comme «Aya Gradha». Il a aussi inventé les siennes comme «Tayah khchine (Têtu)». Jusqu’à la fin de l’année 2018, Meftah El Rous dépendait de tierces personnes pour la réalisation et la diffusion de ses vidéos qui, faut-il le souligner, étaient rémunérés par YouTube, mais lui, n’en jamais touché le moindre sou. Ce n’est qu’en 2019, qu’il décide de s’affranchir et devient indépendant, en créant son propre compte, se faisant payer directement. Mais d’année en année, il se radicalise. Ses propos deviennent de plus en plus virulents, notamment depuis le 22 février 2019, une année marquée par l’apparition «providentielle» de Gaïd Salah. «Il s’engagera aux côtés du "Mendjel" pour des raisons d’intérêt», nous confie-t-on.

Meftah El Rouss et sa haine puante envers les kabyles

Sa cible favorite reste la Kabylie. Force est de constater que depuis l’année dernière, le discours de haine envers les kabyles a connu une montée sans précédant. Gaïd Salah étant celui qui a ouvert la voie aux racistes refoulés, entre autres, Meftah El Rouss dont les saillies à moteur anti-kabyle ne laissent personne indiffèrent. Beaucoup de manifestants ont même été mis en prison pour avoir brandit l’emblème Amazigh pendant les marches populaires. Ses «attentats comiques» publiés sur sa page Facebook comptant plus de 450 000 abonnés, ont battu des records de visionnage dépassant parfois, les 750 000 vues, en moins de 24 heures. Son dernier «forfait volontaire» date du 23 mai, où il s’en prend aux jeunes artistes du street’art dont la fresque a été vandalisée quelques jours plutôt par un certain Fayçal Gueffas qui, lui, l’a glorifié et appelé à sa libération. Pour rappel, le «vandale» avait été arrêté pour ensuite être relâché quelques jours plus tard.

Quelques mois plutôt, ce sont les journalistes qui font les frais de ses diatribes nauséabondes, qu’il a accusé de «Khabarjia», terme utilisé par le président Tebboune lors de sa rencontre avec les représentants des médias, pour qualifier l’un des journalistes détenu actuellement à la prison d’El Harach, Khaled Drareni en l’occurrence, de «journaliste qui travaille pour le compte de la France». «Meftah El Rouss vient encore une fois de dépasser les limites, en appelant au meurtre et menace de guerre contre une catégorie d’algériens (les kabyles)», dénonce un internaute en réaction à la dernière vidéo du concerné, et rappelle que «les propos de El Rouss sont des délits avérés punis par la loi et plus dangereux que le discours de haine». «Meftah El Rouss, cette figure incarnant le personnage du "Sektambri", est un flux de contradictions .. Une schizophrénie complète.. Il voulait vivre la modernité et l’antiquité en même temps, combat la franc-maçonnerie et appelle aux conquêtes islamiques, glorifie les Russes mais ne croit pas au communisme !», constate un autre internaute qui estime que c’est là un parfait exemple de «l'ignorance cognitive, l'absence de raison, la haine psychologique remplie de haine et sa malédiction raciste odieuse».

Meftah Errous, Naïma Salhi…sont-ils intouchables ou seulement des pions ?

D’aucuns sont unanimes à dire que faire écho à ces provocations ne fait que servir le plan de carrière de ces personnes. Oui, mais quelle solution devons- vous adopter face à cette montée de haine, si ce n’est la «délation». Car dans ce cas, il n’est guère question de liberté d’expression, sauf peut-être pour la justice qui ferme les yeux sur ces «numéros puants» qui inonde les réseaux sociaux d’une part, et à la main lourde contre les militants et les journalistes qui expriment une forme de dissidence qu’elle considère comme «trahison», «atteinte à l’unité nationale», ou encore «trouble à l’ordre public», d’autre part .

Qui les arrêtera, donc ? Qui mettra fin à la propagation du discours de haine porté par les Meftah Errous, les Naïma Salhi, les Fayçel Kerchouche ou encore les Nouredine Khettal ? «Il ne faut pas se taire face à ce genres de comportements. Leurs idées doivent être combattues même si elles seront toujours convaincues de ce qu’elles déversent comme haine, car ces personnes sont le résultat d'accumulations d'idéologies très anciennes et leur changement nécessite des siècles», écrit un internaute sur sa page Facebook. Et de poursuivre: «ce qui se passe aujourd’hui sert le régime, dont le principe repose sur l’instrumentalisation de ces querelles et de ces polémiques pour rester au pouvoir. Il va inévitablement réagir et mettre fin à tout cela, mais d'une manière à ce que ça sert, encore et toujours, ses propre intérêts au détriment des citoyens algériens.»

L’immunité parlementaire ou l’irresponsabilité juridique comme pare-feu

«Les discours haineux sur la toile fusent de partout... et dans tous les sens ! Une pratique devenue un fond de commerce pour certains acteurs de YouTube et autres réseaux sociaux», constate Me Abdelaziz Mebarki à l’Avant-Garde Algérie, joint par téléphone. «Les appels au meurtre, l’incitation à la haine, l’insulte et la diffamation sont punis par la loi. Il n’en est pas moins qu’aujourd’hui on assiste à une sorte d’impunité totale et un silence de la justice tout aussi inquiétant. Alors que dans ce genre de cas, la justice doit impérativement s’auto-saisir du problème !», assure-t-il. Des dépassements qui, selon notre interlocuteur, «sont pratiqués derrière une immunité parlementaire pour certains et derrière l’irresponsabilité juridique, pour d’autres, le cas de Meftah El Rouss qui plaide pour sa défense la folie». «Mais cela ne doit pas servir de pare-feu devant l’étendue et la dangerosité du phénomène», insiste Me Mebarki. Et de conclure : «j’espère que la justice se ressaisira et reprendra son cours fasse au risques du déchirement social.»

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