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Publié le : 24 Juin, 2020 - 17:30 Temps de Lecture 4 minute(s) 2625 Vue(s) Commentaire(s)

Menacé par le ministère de l’intérieur de dissolution, le RCD réagi : c’est une persécution politique et un lynchage médiatique 

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Réagissant à la mise en demeure du ministère de l’intérieur contre son parti politique, menacé de «dissolution» si celui-ci «ne renonçait pas à ses activités politiques», le RCD estime qu’il s’agit «pour la dictature en place, de persécution politique et de lynchage médiatique dans le but de porter atteinte à l’image d’un parti qui refuse de monnayer son autonomie décisionnelle et sa détermination à continuer la lutte pacifique pour une Algérie libre et démocratique».

Sur fond de crise politique, économique et sanitaire, le pouvoir ne cesse de multiplier les attaques contre les voix discordantes, dont le dernier épisode est une mise en demeure adressé, ce mercredi 23 juin 2020, au parti du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), qu’il menace «explicitement» de «dissolution», s’il ne cessait pas «ses activités politiques».

Dans un communiqué publié, ce jeudi 24 juin 2020, le parti du RCD a réagi, en déclarant que cette correspondance est «une  violation de la Constitution en vigueur et des lois qui garantissent l’exercice des activités politiques et partisanes pour tout parti légal». «Le RCD a été rendu destinataire, ce mardi 23 juin, d’une mise en demeure le sommant de renoncer à son activité politique sous peine d’engager une procédure de dissolution à son encontre», écrit son président Mohcine Belabbas. Dénonçant l’absence d’arguments du pouvoir, le RCD poursuit : «fuitée dans les bras médiatiques de la police politique par l’administration du ministère de l’Intérieur, le courrier en question liste une série de supputations évasives sans aucune précision sur les faits, dates, lieux et autres personnes éventuellement incriminées par ce texte».

Par ailleurs, Mohcine Belabbas qui rappelle que son parti «ne se réduit pas à un agrément ou à des locaux», mais c’est «d’abord un courant de pensée, une histoire dans le combat démocratique et un idéal de société partagé par des milliers d’Algériennes et d’Algériens», affirme que «dans les faits, cette missive, signée par le Secrétaire général du ministère de l’intérieur vient en violation de la Constitution en vigueur et des lois qui garantissent l’exercice des activités politiques et partisanes pour tout parti légal».

Pour le RCD, «le coup de force du 12 décembre 2019 ne peut s’accommoder de demi-mesures». «À défaut de légitimité démocratique et de compétence politique, les dirigeants de fait pensent pouvoir assurer la pérennité d’un système mafieux honni par l’écrasante majorité des Algériens par la répression politique, la restriction des libertés publiques en termes de presse, de réunions, la violation des droits de l’Homme et, bien évidemment, la remise en cause du multipartisme», dénonce-t-il. Et de continuer : «avec ce courrier du ministère de l’intérieur, il s’agit désormais, pour la dictature en place, de persécution politique et de lynchage médiatique dans le but de porter atteinte à l’image d’un parti qui refuse de monnayer son autonomie décisionnelle et sa détermination à continuer la lutte pacifique pour une Algérie libre et démocratique.» Et au parti de conclure que «les milliers de militants et les centaines d’élus qui agissent dans ses rangs sont des acteurs de la liberté dont le sacrifice fait honneur aux combats et à l’Histoire de tout un peuple»*.

Pour rappel, le ministère de l’intérieur a adressé, hier 23 juin, un courrier au parti du RCD, où il a reproché à celui-ci d’enfreindre «les dispositions réglementaires régissant les partis politiques en Algérie», en «permettant à une organisation illégale de faire des déclarations trompeuses au cours d’une rencontre autorisée par le parti», «d’utiliser le siège pour accueillir des réunions d’une organisation non agréée, ainsi qu’à des activités en dehors des objectifs tracés, comme l’hébergement de personnes étrangères au parti à des fins de mobilisation et de participation à des activités visant à porter atteinte à l’ordre public».

Le pluralisme politique et le droit de manifester gravement menacés

Depuis le 18 juin 2001, les pouvoirs publics ont eu recours aux dispositions dans le cadre de l’État d’urgence, pour interdire toute manifestation dans un lieu public, dans la capitale notamment où la moindre tentative de rassemblement a été violemment réprimée. Pour justifier cette interdiction qui, pour rappel, a été maintenue même après la levée de l’État d’urgence en 2011, les gouvernements successifs se fondaient sur «des actes de violence commis par certains manifestants dans le passé». Mais la révolution populaire du 22 février 2019 est arrivée, mettant le pouvoir devant le fait accompli, en se réappropriant l’espace public. Des millions de citoyens ont investi les rues à travers tout le pays et ont fait valoir leur droit de manifester. Et bien qu’ils aient été violemment réprimés, les algériens ont continué à conserver le caractère pacifique des manifestations.

Aujourd’hui, force est de constater que ce droit est gravement menacé. Tebboune fait tout pour consolider son pouvoir au mépris même de la constitution en vigueur, et qui constitue «un grave précédent contre le pluralisme politique chèrement acquis par les hautes luttes du peuple Algérien», estime Samir Larabi dans un post Facebook. Pour ce militant du Parti socialiste des travailleurs (PST), «un front large contre la répression et la défense des libertés démocratiques s'impose».

En effet, en plus des arrestations à la chaîne des activistes et des militants, l’emprisonnement des figures de la révolution du 22 février, qui osent encore s’opposer au pouvoir, le musellement des médias lourds publiques et privés, la censure, le harcèlement des journalistes, aujourd’hui il s’en prend, frontalement, aux partis politiques dits d’opposition, allant jusqu’à les menacer de «dissolution» s’ils continuaient de «s’opposer».

Pour preuve, la correspondance du ministère de l’intérieur reproche au RCD «les appels répétés à organiser des rassemblements et des manifestations non autorisés et susceptibles de porter atteinte à l’ordre public», «l’entrave au bon fonctionnement des institutions publiques», ainsi que «l’organisation d’activités non autorisées sur la voie publique». De fait, «il est demandé, en vertu de cette mise en demeure, de cesser ces dépassements et de conformer vos activités aux dispositions de la Constitution et de la loi organique relative aux partis politiques ainsi que la loi relative aux rassemblements et manifestations publiques, sous peine de prendre les dispositions prévues par la loi».

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