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Publié le : 28 Octobre, 2019 - 14:55 Temps de Lecture 5 minute(s) 687 Vue(s) Commentaire(s)

Menad Si Ahmed. Co-initiateur de la plainte, adressée au Haut-Commissariat des droits de l’Homme, sur les atteintes aux droits humains en Algérie

«Nous dénonçons les procédures bureaucratiques et le traitement sélectif par pays du Haut-Commissariat des droits de l’Homme concernant les plaintes liées aux atteintes aux droits humains»
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L’Avant-Garde Algérie : Vous avez pris l’initiative d’interpeller le Haut-Commissariat des Droits de l’Homme (hcdh) à Genève sur les atteintes aux droits humains en Algérie. Pourriez-vous nous expliquer les raisons et les motivations?

Menad Si Ahmed : Effectivement. Nous avons adressé, en juin dernier, moi-même et Mr. Abdeslam Abdennour, une plainte au Haut-Commissariat des droits de l’Homme après l’interdiction du chef d'État Major, Gaïd Salah, du port de l'emblème Amazigh à Alger et les arrestations arbitraires qui ont suivies sa décision. Nous avons, aussi, déposé une plainte pour violences policières intolérables. Notre dossier a été appuyé par des documents écrits et visuels comme évidence de notre interpellation de cette institution des Nations Unies dont notre pays est membre et de surcroît signataire de tous les textes garantissant la protections des droits humains.

Avez-vous reçu une réponse de leur part ?

Après une série de rappels insistants, il nous a été expliqué que notre plainte avait été réceptionnée et qu'un groupe de travail allait examiner sa recevabilité. Malheureusement, nous n’avions jusque-là aucune réponse après deux mois d’attente. Aussi, nous avons une fois de plus relancé début septembre dernier l'institution en question qui, quelques jours plus tard, nous informe que le groupe de travail allait se réunir en février 2020 pour étudier la recevabilité de notre plainte et que nous en serons informés à la mi-février 2020. C'est dire les méthodes bureaucratiques inacceptables pour étudier une plainte sur violations des droits humains comme s'il s'agissait d'une «simple plainte de consommateurs sur un produit avarie» alors que nous parlons d'abus et de déni des droits humains qui commande un examen en urgence.

Qu’avez-vous fait depuis ?

Nous avons exprimé notre désapprobation quant à cette désinvolture dans la prise en charge d'une plainte sur des violations avérées des droits humains dans notre pays, alors que Mme Bachelet, le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme, n'a pas attendu plus de trois jours pour interpeller le Président égyptien sur sa manière de gérer les dernières manifestations dans son pays. Ceci est la preuve, s’il en est, que le Haut-Commissariat par la voix de son Haut-Commissaire peut faire abstraction, lorsque la situation d’urgence le commande, des procédures en vigueur. Malgré cette nouvelle lettre, aucune réaction à ce jour n'a été enregistrée et nous venons d'adresser une dernière correspondance au Haut-Commissariat aux droits de l'Homme les informant que tous nos échanges seront publiés sur les réseaux sociaux et d'autres médias pour montrer les procédures bureaucratiques inacceptables auxquelles a recouru le Haut-Commissariat pour traiter des plaintes sur des abus des droits humains et bien plus que cela de notre soupçon légitime d’un traitement sélectif par pays. Nous joignons bien sûr des documents additionnels pour également montrer que les violations des droits humains ne cessent d'augmenter dans notre pays et que cela ne peut plus attendre.

Pourquoi interprétez-vous cela comme une pratique bureaucratique et non une affaire de procédure ?

Il est bien sûr difficile d'interpréter cette lenteur dans la procédure excepté les cas où les violations ne sont pas avérées et nécessitent un approfondissement de l’examen de la situation. Ce qui à l'évidence n’est pas du tout le cas dans notre pays puisque les violations des droits de l’homme n’ont pas seulement cessé mais ont connu une escalade dangereuse qui pourrait nous faire craindre le pire. Quand bien même les médias internationaux rapportent avec beaucoup de timidité les événements inquiétants qui se succèdent depuis huit moi déjà. Plus grave que cela, n’oublions pas que l’ONU dispose d’un bureau étoffé avec plusieurs hauts-fonctionnaires et fonctionnaires à qui il est loisible de rapporter les faits réels et de violation caractérisée des droits humains. Par conséquent, comment ne pas interpréter cette volonté de suivre à la lettre ces procédures si ce n’est de couvrir une forme de neutralité, si ce n’est un silence que l’on considère comme honteux. Nous insistons sur le fait que ce Haut-Commissariat est également le nôtre puisque notre pays en est membre et nous sommes tout un chacun en droit absolu de l’interpeller et d’exiger de lui une réponse claire et sans détours sur toutes ces violations et nous exigeons qu’il demande des explications au pouvoir qui s’est imposé de fait à notre peuple. Nous sommes également des citoyens du monde et l’ONU est bien l’organisation qui nous représente.

Et quel est le but de rendre vos échanges publics ?

Cette décision de publier nos échanges a pour but non seulement d’interpeller une nouvelle fois le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme mais aussi de montrer quelles sont les méthodes auxquelles il recourt et qui se devrait d'être adaptées à chaque situation lorsqu’il s’agit de violations des droits de l’homme sur tout un peuple et non simplement sur quelques individus et qui exigeraient une enquête plus approfondie. Nous parlons de tout un peuple qui se bat pour la liberté et contre l’arbitraire d’un régime qui redouble de férocité. Que ce Haut-Commissariat que si, à Dieu ne plaise, des événements autrement plus graves pouvant entraîner des victimes fatales ne puisse pas nous dire “je ne savais pas”.

Existe t-il d’autres recours possibles dans le cas d’un refus de traitement de la plainte?

Au lieu de réfléchir à des voies de recours il faudrait plutôt accentuer la pression sur cet organisme et l’amener à nous répondre quoiqu’il en coûte et pour cela je vois trois voies possibles. La première étant, bien sur, que nous mêmes continuons à harceler le Haut-Commissariat par des rappels successifs tout en espérant que par miracle il réagira à la publication de ces échanges. La seconde, c’est de pousser d’autres citoyens, voire des associations qu’elles soient politiques, sociales, syndicales ou autres à inonder le Secrétariat de ce Haut-Commissariat tout en réunissant tous les documents, vidéos, déclarations, etc… qui foisonnent et prouvent à l'évidence des violations des droits de l’homme caractérisées.  La troisième voie, toute aussi souhaitable, c’est l’engagement de personnalités algériennes connues et dont les voix portent, des grands amis de l'Algérie, d’interpeller à leur tour le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme… Il faut qu’aujourd’hui tout le monde se détermine et s’engage dans le combat noble de protection des droits humains. C’est là, le minimum qu’un citoyen algérien voire un citoyen du monde devrait faire. Et à tous ceux qui insinuent une possible ingérence, il faudra leur dire que ce Haut-Commissariat aux droits de l’Homme nous appartient également et il est de notre droit voire de notre devoir de l’interpeller.   

Quel est le message que vous voulez adresser à Madame Bachelet et à tou.te.s les défenseurs des droits humains ?

Le message est simple: une dictature militaire a pris le pouvoir en Algérie et ne s’en cache plus. Ceci est déjà en soi une situation que Mme Bachelet ou tout défenseur des droits humains ne peut accepter et de surcroît en 2019. Mais plus grave que cela, les enlèvements, les arrestations arbitraires, les emprisonnements pour des motifs que cette junte est seule à connaître en dehors de toute juridiction connue, des violences policières de plus en plus génératrices de risques graves pour l'intégrité des citoyens et bien d’autres dérives qui se déroulent au grand jour. Mme Bachelet et tous les démocrates convaincus ne peuvent plus se taire.

Biographie :

Menad Si Ahmed, de formation climatologue, vit à Vienne, en Autriche où il a travaillé pendant 20 ans comme Directeur des conventions multilatérales sur l'environnement. Actuellement retraité, il a été élu expert Senior des Nations Unies sur les changements climatiques et la couche d'ozone et membre de son panel scientifique. Ancien membre de l'exécutif du FFS, de 1991 à 1994, Menad est membre du collectif de la société civile, crée à Alger après le 22 février. Il a participé dans plusieurs de ses réunion en Algérie. Il est également membre de l'Alliance des démocrates de la diaspora algérienne (ADDA), créé récemment à Paris. Menad Si Ahmed anime, avec d’autres algériens très actifs à Vienne, dont Nouar Bellil, un petit groupe, rédacteur du manifeste pour le prix Nobel de la paix et organisateur de plusieurs sit-in devant l'ONU ou en soutien à la révolution pacifique du peuple à Vienne.

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