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Publié le : 19 Juin, 2020 - 19:20 Temps de Lecture 4 minute(s) 7474 Vue(s) Commentaire(s)

Mouvement populaire : des affrontements en Kabylie et des arrestations dans différentes régions du pays

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Gaz Lacrymogène et balles de caoutchouc contre jets de pierre : L’acte 70 de la révolution populaire du 22 février, a été marqué ce vendredi 19 juin, par de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, notamment à Béjaïa.

Malgré les nombreux messages appelant à ajourner la reprise de la traditionnelle marche du vendredi, jusqu’à ce que soient satisfaites les conditions sanitaires, plusieurs centaines de personnes ont repris le chemin de la contestation, à travers le pays, notamment à Béjaïa, Tizi Ouzou, Tlemcen, Guelma, Constantine, Annaba, Alger, Oran, Aïn Defla, Mostaganem, Bouira, Mila, Sidi Bel Abbès, Djelfa, Bordj Bou Arreridj, Ouargla et Relizane.

À Béjaïa, des affrontements ont eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre qui ont tenté de stopper la marche. «Les manifestations ont démarré de plusieurs quartiers de la wilaya, pour converger vers le centre-ville de Béjaïa, où ils se sont retrouvés face à un dispositif sécuritaire important notamment au niveau de la maison de la culture Taos Amirouche», témoigne Rafik Amzal, joint par l’Avant-Garde Algérie. «Des affrontements ont éclaté à plusieurs niveaux du cortège, mais le calme est vite revenu», assure notre interlocuteur.

En effet, si la grande majorité des manifestants appelait à «ne pas céder à la provocation», quelques-uns plus virulents ont voulu en découdre avec les forces de l’ordre qui «ont utilisé des balles en caoutchouc pour disperser la foule», selon plusieurs témoignages appuyés par des photos partagées sur les réseaux sociaux. Une dizaine ont, en effet, quitté le cortège et ont riposté aux tirs de gaz lacrymogènes aussi, avec des jets de pierres, comme en témoignent les vidéos- amateurs devenues virales sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, plusieurs dizaines de manifestants ont été arrêtés dès les premières minutes du début de la marche parmi lesquels le journaliste Dalil Yamouni ou encore le fils du député démissionnaire Khaled Tazaghart. Ce dernier a affirmé que «son fils ainsi que deux de ses amis ont été tabassés par la police à l’intérieur du commissariat» où ils ont été conduits quelques heures plutôt. *«Mon fils Amazigh et deux de ses amis viennent d'être libérés. Ils ont été, malheureusement, tabassés à l’intérieur du commissariat central de Béjaïa», a-t-il écrit Khaled Tazaghart sur son compte Facebook.

À Annaba, une vingtaine de personnes qui ont tenté de tenir un rassemblement dans le centre-ville, ont vite été dispersés par les forces de l’ordre. Une dizaine d’entre eux a été arrêtée et embarquée au commissariat. Même scénario à Constantine, où un groupe de jeunes manifestants qui a tenté de marcher vers le centre ville, a été prit en étau par les services de sécurité. Ils ont tous été interpellés et conduits au commissariat. À Tizi Ouzou, et malgré un dispositif sécuritaire impressionnant, quelques centaines de personnes ont réussi à batte le pavé, en signe de solidarité et de soutien aux détenus d’opinion et pour dire halte aussi à la répression des militants et activistes du mouvement populaire, notamment depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus. Encore là, plusieurs manifestants ont été interpellés dont l’avocat, Sofiane Chenaoui.

Appels au calme et à la retenue

Dans un communiqué rendu public ce vendredi, 19 juin 2020, la ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh) a appelé «la population au calme et au respect du stricte cadre pacifique» et les autorités «à la retenue et à l’arrêt de la répression». «Quelques manifestants ont tenté d'organiser des marches dans quelques wilayas. Les forces de police ont procédés à des dizaines d'interpellations. À Béjaïa, les forces de police ont eu recours à l'utilisation des bombes lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser la marche. Des émeutes ont éclaté au niveau du centre ville», témoigne Saïd Salhi, vice-président de la LAADH, sur sa page Facebook. Ce dernier rappellera que la LADDH «a eu déjà l'occasion d'alerter sur les risques d'embrasement suite à la campagne de répression qui s'est abattue sur le hirak pacifique et ses activistes depuis le début du confinement en profitant de la trêve sanitaire décrétée par le Hirak de manière unanime, volontaire et unilatérale. Une campagne honteuse qui a nourrit le sentiment d’exaspération et de mépris»*.

Exprimant son «inquiétude» quant «à l'évolution de la situation», la LAADH appelle «la population au calme et au respect du stricte cadre pacifique» et les autorités «à la retenue et à l'arrêt de la répression et des arrestations des activistes et militants». Enfin, elle appellera à «la libération de l'ensemble des manifestants arrêtés aujourd'hui à l’échelle nationale, la libération de l'ensemble des détenus d'opinion et l'ouverture du champs politique et médiatique».

Le président du bureau du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Béjaïa, Mohamed Lebdouci a, de son côté, dénoncé «une violente répression s'est abattue sur les manifestants pacifiques lors de la marche d'aujourd'hui par les services de sécurité». «Des tirs lacrymogène et balles en caoutchouc ont été constatés sur les lieux», dénonce-t-il.  Et d’ajouter : «le pacifisme, la prudence et l'éveil citoyen a contraint les agents de police à se retirer», ajoute-t-il.

Rappelant «le caractère pacifique et légitime des revendications populaires», Mohamed Lebdouci mettra en garde «le pouvoir et ses représentations dans la wilaya contre tout éventuel pourrissement de la situation par des manœuvres machiavéliques».

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