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Accueil À la Lutte "NI LAÏQUE NI ISLAMISTE" : ABSURDITÉ DANGEREUSE
Publié le : 24 Mars, 2021 - 12:30 Temps de Lecture 4 minute(s) 564 Vue(s) Commentaire(s)

"NI LAÏQUE NI ISLAMISTE" : ABSURDITÉ DANGEREUSE

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Vendredi passé, une centaine de manifestants ramenés de l’extérieur de la wilaya de Tizi-Ouzou ont brandi des slogans rejetant l’État islamique et laïc. En d’autres temps, l’absurdité de cet énoncé prêterait à sourire. Sauf à être une abstraction absolue, un État est soit clérical (religieux) soit laïc (sécularisé). Entre les deux, il n’y a rien. Le problème est que nous sommes en pleine effervescence politique et que la scène se passe en Kabylie où se concentrent toutes les offensives de désinformation et de brouillage de valeurs et de repères.

Dans une précédente tribune, nous avons vu comment des sommes d’argent importantes sont déversées par les islamistes dans les universités pour capter de jeunes étudiantes et les transformer en agents de pénétration des cellules familiales. On assiste régulièrement au détournement éhonté des figures politiques et artistiques symboles de notre culture laïque pour les amalgamer à des noms ou des situations qui sont l’exact contraire de leur combat. Sacrifier dans un premier temps la donne islamiste en Kabylie ne mange pas de pain dès lors que les slogans fondamentalistes sont largement instillés dans le reste du pays. L’essentiel est que le potentiel laïc de cette matrice socio-politique singulière soit disqualifié avant d’être, si possible, neutralisé.

Le discrédit engendré par le non-sens conceptuel du mot d’ordre «ni islamiste ni laïc» est donc largement compensé par le bénéfice d’une ruse politique mise au service d’une entreprise idéologique sournoise mais méthodique. En effet, sur le terrain, une stratégie rigoureuse conjugue les projections de slogans tendancieux dans les manifestations, l’exhibition des posters de dirigeants islamistes, les fureurs négationnistes dont les outrances dépassent les pires obscénités du «qui-tu-quisme», les dénonciations véhémentes des voix républicaines qui sont aussitôt clouées au pilori en tant que forces de fractionnement du mouvement citoyen et, si les intimidations verbales ne suffisent plus, des nervis sont actionnés pour passer à l’acte contre les carrés ou les tribunes d’où s’expriment les progressistes. Chacun aura d’ailleurs remarqué, qu’en Algérie comme en émigration, les baltaguias, présentés par leurs mentors comme des banals délinquants, ne se trompent jamais de cible. Ils n’ont touché à aucun site ou militant de Rachad.

Celles et ceux qui ont l’écoute de leur proches, qui ont une crédibilité sociale valorisant leur propos et position ou dont la mission donne du poids à leur parole doivent se connecter les uns aux autres avant de mieux organiser leurs énergies. L’affaire est en effet bien plus sérieuse que ce que tentent de dire les idiots utiles qui nous expliquent que relever le déploiement islamiste dans la révolution, c‘est «leur faire de la publicité». Il y a des aveuglement qui valent compromission.

Dès le début de l’insurrection, la mouvance islamiste - tout en stigmatisant les idéologies - n’a pas arrêté de procéder à des tentatives d’inflexion doctrinale du mouvement en faveur de ses dogmes. L’opération la plus manifeste fut la vigoureuse promotion de la badissiya-novembriya conjointement managée, cela se sait maintenant, par le duo Gaid Salah-Rachad. C’est grâce à la vigilance de citoyens autonomes que la manœuvre fut désamorcée. Par la suite est apparu le label «Ddawla madania matchi askariya» (État civil et non militaire). Quand les démocrates proposèrent la formule couplant militarisme et islamisme, les agressions furent immédiates. Pourtant, le bon sens dicte l’évidence. Soit on revendique un État civil qui exclut, par définition, le militarisme et l’intégrisme, soit la conjoncture historique et le contexte politique demandent de préciser les périls conjoncturels qui pèsent sur la notion d’État civil et alors il faut donner l’ensemble de ces risques. C’est ce que fit le congrès de la Soummam qui préconisa « la primauté du politique sur le militaire et condamna la monarchie ou la théocratie révolues ». Le militarisme ambiant et l’islamisme - ce dernier était opposé au déclenchement de la lutte armée - étant à l’époque, comme du reste aujourd’hui, les deux handicaps pouvant contrarier la naissance de l’État démocratique et social. En interdisant le rajout de l’islamisme comme un facteur de risque totalitaire, les islamistes cultivent l’idée qu’un État théocratique pourrait être un État Civil, ce qui est une autre absurdité.

On le voit, pour les islamistes, le champ du débat est celui qu’ils ont balisé. Et ceci avant même qu’ils accèdent au pouvoir. Le plus préoccupant est que des acteurs se revendiquant encore de la démocratie, culpabilisés ou intéressés, subissent, quand ils ne le légitiment pas, cet oukase. Au lieu de travailler à relayer et décliner le slogan «Algérie libre et démocratique» qui traversait la rue algérienne du nord au sud et de l’est à l’ouest, les partis démocratiques se réfugièrent dans un saisissant mutisme ou se firent les supplétifs du jeu de dupes qui consiste à accuser de diviseurs de la révolution les citoyens qui s’employaient à faire propager le souffle démocratique de la mobilisation citoyenne. En perturbant une fois de plus une alternative citoyenne inespérée, l’islamisme vole au secours du pouvoir.

En période révolutionnaire, les confusions qui sont rarement innocentes ne sont jamais inoffensives. Les taire ou les accompagner est une forme d’abandon coupable. Qu’elle soit active ou passive, la complicité est toujours plus condamnable que la démission.

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