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Publié le : 09 Mars, 2020 - 17:30 Temps de Lecture 3 minute(s) 1339 Vue(s) Commentaire(s)

Projets qui meurent et projet qui naît

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L’Algérie est à un moment charnière de son histoire. Elle vit des dénouements qui préfigurent sa future organisation sociale. Tumultueuse, comme tout moment historique, la révolution du sourire tranche les nœuds enchevêtrés d’une crise d’État largement arrivée à maturité.

Singulièrement, c’est dans la rue bouillonnante que de grandes questions politiques, philosophiques, même, sont tranchées. Les questions relatives à souveraineté sont les premières à être abordées. Sa source, sa détention et son exercice font l’objet de thèses tranchées. Évidemment, il s’agit d’abord de déconstruire la confiscation opérée par la caste militaro-bureaucratique issue de l’armée des frontières. Ce qui est fait sans états d’âme et sans hésitations. Sur la même lancée, affirmer que le Peuple est le souverain tord le cou au projet islamiste basé sur la souveraineté divine.

Par sa pratique audacieuse et constante, la révolution a adopté la démocratie comme modèle social. Ce qui se traduit par le refus des divisions et des segmentations, l’organisation du débat pluraliste, la défense des différences. Les deux hydres, celle qui vidait la démocratie de tout contenu et celle qui la disait “Kofr”, sont délégitimées. Dans la rue, les Algérien·ne·s font vivre la citoyenneté. Ils/elles ne se perçoivent plus au travers du prisme de leurs particularismes, aussi légitimes puissent-ils être, mais se reconnaissaient citoyen·ne·s égaux et égales. Il n’y a plus de super-citoyens adoubés par la “famille révolutionnaire”, de dévots élus au-dessus des Dhimis. L’Algérianité est posée comme la promesse d’un apaisement et d’un vivre ensemble désiré par tous.

L’État de droit, concept que d’aucuns pensent pouvoir noyauter et dénaturer, est approché par des contenus très concrets. L’indépendance de la justice se trouve en tête des paramètres de cette projection. Ceux et celles qui rejettent aujourd’hui “la justice du téléphone ou du talkiewalkie” ne s’accommoderont certainement pas demain d’une justice des prophètes. Vient ensuite la question de la liberté de la presse. Rien n’éduque mieux que l’expérience et nous nous rendons tous compte des malheurs qui résultent de la domestication de la presse. Les algérien·ne·s mesurent aujourd’hui l’importance de ce contre-pouvoir. Ils/elles comprennent qu’il faut libérer la presse des pressions et menaces, soustraire les journalistes à la prison, à la corruption ou à la lame. Il était enfin temps dans ce pays où plus de 100 journalistes ont payé de leurs vies pour l’exercice de cette profession.

Alors que les difficultés économiques qui pointent n’échappent à personne, les Algérien·ne·s se préoccupent au plus haut point de leurs libertés. Ils/Elles ne veulent plus rien céder dans ce domaine. L’approche est Trans générationnelle. Ils/Elles les conçoivent comme un patrimoine à léguer aux générations futures. Ils ne veulent plus de tuteurs d’aucune nature. N’a-t-on pas vu des fidèles quitter les mosquées à la suite du rejet du contenu des prêches ? Ne les voit-on pas réécrire le récit national et l’arracher aux plumes scélérates des “décideurs” ? Il y a bien un projet qui naît et qui croît à une vitesse vertigineuse : le projet démocratique. Il est là sous nos yeux, qui s’affirme et se formalise. C’est un projet social global qui balaie le despotisme militaro-bureaucratique en place et la théocratie qui par le fer et le feu a essayé de se substituer à la néo-régence d’Alger. Ces deux systèmes dépérissent. Bien sûr par louvoiements, ils essaient de survivre, de ruser en espérant pouvoir, plus tard, reprendre l’initiative.

Ne voit-on pas ceux qui considèrent la voix et le corps des femmes comme des perversions encaisser silencieusement les formidables mobilisations féminines ? N’entendons-nous pas ceux qui intimident, menacent et emprisonnent, continuer à parler de “Hirak moubarek” ? Il faut garder confiance en ce Peuple et espérer qu’enfin ses élites ouvrent les yeux sur des évidences qui ressortent de la vie : La révolution du sourire est une révolution nationale démocratique dont la vocation est non seulement de prendre le pouvoir, mais de le faire dans le but de construire un État Démocratique.

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