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Publié le : 28 Mars, 2020 - 18:25 Temps de Lecture 16 minute(s) 3435 Vue(s) Commentaire(s)

RACHAD : la confirmation totalitaire

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Cette contribution devait être publiée le 20 mars. L’ampleur de la pandémie du Covid-19 et son impact sur notre pays m’ont amené à en différer la mise en ligne. Cependant, force est de constater que le pouvoir et les islamistes, profitant de la pause observée par la révolution, font cause commune pour renforcer leurs positions. Pendant que le pouvoir s’abime dans la provocation et l’indignité répressive, les islamistes, lâchant leurs mouches électroniques sur la toile (ma page n’y échappe pas), accélèrent la pollution du débat par l’invective et les calomnies. Œuvrer avec sang-froid et discipline à la préservation de la santé publique reste le premier impératif national. En même temps, il nous faut continuer à occuper le terrain des idées. Le monde post-pandémie sera autre. Il est à penser dès aujourd’hui. Cela commence par le dépassement des épreuves du passé.

Dans un texte du 17 mars, l’organisation Rachad publie une réplique à ma contribution du 14 du même mois où il dénonce « le sinistre psychiatre…qui a déclaré qu’il s’était trompé de société, qui a appelé au coup d’Etat de janvier 1992 et qui a soutenu les putschistes dans leur vaste campagne d’épuration idéologique qui a coûté la vie à près d’un quart de million d’Algériens…Empêtré dans des affaires de biens immobiliers mal acquis à travers les circuits de la corruption militaro-politiques sous Bouteflika et une gestion opaque des financements de son parti en provenance des pays occidentaux, l’ancien président du RCD réserviste des services semble reprendre du service depuis que le nouveau régime a fait appel à plusieurs sbires du général Mohamed Mediène, alias Toufik Rab Dzayer…Voici donc le DR SS qui pond un pamphlet intitulé « Rachad : tentation totalitaire »…dans lequel il s’en prend au mouvement Rachad dans un style virulent et en des termes calomnieux et diffamatoires…». L’islamisme dans toute sa splendeur : agresser sans vergogne et camper une posture victimaire.

Les dizaines de milliers de lecteurs qui ont pris connaissance de ma contribution apprécieront l’élégance, la rationalité et la pondération de la prose qui lui a fait écho. Ruse maison, Rachad occulte le fait que mon intervention a fait suite à l’imposture maintes fois réaffirmée de l’un de ses honorables correspondants qui sévit à partir de Londres.

Au delà de la forme, Rachad n’a répondu à rien sur le fond, se contentant d’opposer dix « faux » à autant d’interpellations. Les appels aux meurtres d’écrivains, les agressions opérées par ses nervis à Paris, Marseille ou ailleurs, toujours passés par perte et profit, sont couverts par le générique « rejet de la violence ». Les fondamentaux démocratiques comme la liberté de conscience, l’égalité des sexes, la séparation du politique et du religieux… sont ignorés pour être noyés dans des promesses d’échanges qui précéderont « le choix du peuple »… Quand à la commission indépendante « vérité et justice » à propos des crimes des années 1992 à laquelle j’ai appelé dès 2001 à mon retour d’Afrique du Sud, Rachad est prêt à y souscrire à condition que, comme signalé plus haut, les thèses révisionnistes soient les conclusions des investigations. Toujours dans l’ambiguïté, Rachad nous assure « qu’il a aussi bien condamné le terrorisme des groupes extrémistes, dont une bonne partie était une création du DRS, que le terrorisme d’Etat. » Notons l’euphémisme « groupes extrémistes » ! Les centaines d’appel à tuer les mécréants lancés publiquement par des responsables islamistes, à commencer par les plus importants d’entre eux, sont renvoyés aux marges de l’Histoire en attendant de les en effacer. Exit donc l’islamisme, cette idéologie présente sous toutes les latitudes qui fait la « une » de l’actualité mondiale et pour laquelle notre pays est une cible privilégiée.

Qu’elles soient d’inspiration religieuse ou non, les mouvances totalitaires ont en commun un dogme intangible, une propagande cynique et une organisation sectaire.

Rachad coche toutes les cases.

Dogme :

Rachad a un postulat : celui qui n’est pas inféodé à l’islamisme est un affidé des militaires que, par ailleurs, cette structure fréquente assidûment. Les parcours, positions, déclarations, preuves, témoignages, tortures et emprisonnements des acteurs rejetant militarisme et intégrisme sont ignorés ou travestis. Si cela ne suffit pas, ils sont niés.

L’aveuglement avec lequel des responsables de cette obédience ont incité les populations, notamment les jeunes, à poursuivre les manifestations en pleine pandémie de coronavirus, est proprement sidérant. On peut voir dans cette folie l’expression de la relation tutélaire que ces doctrinaires entretiennent avec « une oumma » anonyme et corvéable à merci.

Cette conception de la représentation politique n’est pas sans conséquence sur la parole publique : le même propos ou acte est sacralisé ou voué aux gémonies selon qu’il est le fait de celui qui détient et valide la norme ou que son auteur est un adversaire.

Depuis que la révolution de février 2019 a commencé, Rachad, fidèle à une vieille conduite, s’est connecté à ce qu’il considérait être la niche la plus porteuse : l’état-major de l’armée, dirigé pendant quinze ans par le général Ahmed Gaid Salah. Acculée à s’expliquer, cette organisation nous apprend qu’il s’agit là de « dialogue national inclusif et transparent qui implique aussi des représentants du pouvoir réel, c’est à dire l’état-major de l’ANP ». On n’avait pas compris que le dialogue, à supposer qu’il fût discuté et admis, avait déjà commencé. On ne sait surtout pas au nom de qui et de quoi, Rachad s’est auto-désigné pour le conduire.

Au même moment, je rends publique une lettre ouverte adressée au chef d’état-major l’invitant à se retirer de la vie politique et à faire rentrer l’armée dans les casernes. Voyant le vieux militaire tenté par la main mise sur le pouvoir, je publie des condamnations fermes de ses menaces hebdomadaires qui furent suivies par l’opinion algérienne pendant plusieurs semaines. Fidèle à une conviction qui m’anime depuis l’adolescence, j’ai maintes fois écrit que, fondamentalement, l’armée n’était pas la solution mais le problème. Pour Rachad, ces déclarations ne méritent pas que l’on y prête attention car elles viennent de quelqu’un « qui s’est toujours accommodé d’une dictature militaire ».

Abordons maintenant la question du DRS, c’est-à-dire la police politique, maître d’œuvre du système algérien. Rachad emploie l’acronyme pas moins de sept fois. Ses responsables savent de quoi ils parlent, eux qui ont, de tout temps, frayé dans les abysses de ces fosses. L’un d’eux, et pas des moindres, était encore le partenaire privilégié de Kasdi Merbah au début des années 93. Déjà. C’est même cette accointance qui, selon des sources concordantes, a été à l’origine de l’assassinat de l’ancien patron de la sécurité militaire. Assassinat que j’ai, pour ma part, dénoncé et condamné en son temps. Dans mon livre « Algérie, l’Heure de vérité », publié chez Flammarion en 1996, je l’ai assimilé, au même titre que celui de Boudiaf ou de Belkaid, à une exécution commise par un des clans du pouvoir. Dans ce système mafieux, chaque secte, pensant avoir la bonne tendance islamiste à manipuler, devait éliminer son concurrent.

Cette propension à toujours s’insérer dans l’antre du régime vient d’être l’objet d’un touchant aveu dans la dernière diatribe de Rachad qui s’indigne du fait que « le nouveau régime (sic) a fait appel à plusieurs sbires du général Médiene…Comme le général à la retraite Abdelaziz Medjahed… ». On était donc si bien avec « l’ancien régime » où Rachad avait ses aises.

Selon la docte science intégriste, le RCD, parti qui a enterré 123 de ses militants pendant la décennie noire, serait au minimum suspect sinon une création ex nihilo de l’une des factions des services spéciaux. On aimerait d’ailleurs comprendre pourquoi des services secrets tueraient 123 de leurs supplétifs puisque, toujours selon Rachad, les islamistes n’assassinent pas. On aimerait aussi savoir comment et pourquoi un agent patenté du DRS, dopé maire pendant plusieurs années en Kabylie, a été chargé de produire un faux document accusant mon défunt père d’être un harki, accusation qui a été puissamment relayée par des organes de presse qui étaient, de notoriété publique, directement affiliés au même DRS.

Il me répugne de tirer sur des ambulances mais les circonstances ne laissent pas d’autres recours. Mahieddine Khalef, oncle maternel de l’un des agresseurs de Marseille, a été sommé par le général Toufik en personne de se retirer du projet de construction d’un grand club sportif kabyle que je m’employais à mettre sur pied et où il devait être président et Ali Fergani manager. L’ordre était sans appel : « Tout, sauf Said Sadi ».

Pourquoi est-ce que lors des élections législatives de 1997 comme celles de 2007, le DRS a rigoureusement veillé à ce que le RCD n’obtienne que 19 sièges, l’empêchant ainsi d’accéder à la proposition de loi qui requiert la signature de 20 députés ?

Plus récemment, c’est encore le DRS qui a bloqué, en toute illégalité, la fondation AFUD que j’avais créée et dont un programme de développement socio-économique et culturel, s’appuyant sur des initiatives autonomes, était prêt à être traduit sur le terrain.

Nous verrons plus loin en quoi l’intégriste n’est pas gêné par la diffusion massive de rumeurs sans fondement, sans cohérence ni crédibilité.

Restons toujours sur les mécanismes de la mentalité totalitaire. Faisant feu de tout bois, Rachad fait réchauffer la rengaine d’une rencontre tenue en 1988 avec Larbi Belkheir, alors secrétaire général de la présidence de la république. Au lendemain des émeutes d’octobre de la même année, Chadli demande à son principal collaborateur de prendre contact avec les différents courants politiques identifiables à l’époque. C’est ainsi que Belkheir reçoit des éléments proches des Oulemas, ceux de la gauche du FLN gravitant autour de Mohand Said Mazouzi et, à plusieurs reprises, des personnes qui seront des responsables de premier plan du FIS. Accompagné de Hachemi Nait Djoudi, secrétaire général en fonction du FFS, de Meziane Ghozali, autre ancien militant du FFS et de Mokrane Ait Larbi, nous voyons Belkheir pendant trente cinq minutes. N’étant plus militant du FFS depuis plusieurs années, je demande à Nait Djoudi d’informer aussitôt Ait Ahmed. De mon côté, j’ai transmis, à titre personnel, une cassette audio faisant le compte rendu de l’entretien à Mouhoub Nait Maouche, destinée au même Aït Ahmed. Cette rencontre a été fidèlement rapportée dans le livre « le RCD à cœur ouvert », publié en 1991, c’est à dire du vivant de tous les acteurs concernés.

On appréciera plusieurs choses dans la manipulation faite par les islamistes de cette rencontre. Le FFS qui y avait participé au plus haut niveau est mystérieusement occulté et, plus significatif, les réunions ayant rassemblé des islamistes avec Belkheir, plus longues et bien plus nombreuses, sont, pour Rachad, des contacts établis entre des acteurs politiques légitimes.

Le totalitaire ne s’encombre ni de vérité ni même de vraisemblance. Niant le débat, il censure quand il est au pouvoir ou, quand il en est exclu, il brouille et souille l’environnement pour empêcher la citoyenneté d’émerger et d’arbitrer la cité.

Organisation sectaire :

Rachad contraint par son implantation dans des pays régis par le droit n’appelle pas au meurtre comme le faisait le FIDA. Mais il ne condamne pas les agressions de citoyens ou d’activistes démocrates, y compris quand les exactions sont commises par ses propres militants.

Officiellement, cette galaxie islamiste radicale n’a pas de liens organiques avec les différents démembrements qui relaient son discours. C’est pourtant un secret de polichinelle que de révéler que la maison mère Rachad est la matrice qui alimente des sites équipés de moyens médiatiques adéquats émettant de Londres ou d’ailleurs, que des équipes de province perturbant voire menaçant les associations algériennes non islamistes sont souvent composées d’adhérents ou de sympathisants de Rachad… Tout cela fonctionne en parfaite connexion. Le brûlot lancé ce 17 mars a été précédé de trois jours par une invective de son correspondant londonien, lequel promettait d’actionner contre moi son histrion marseillais un peu plus tard.

Opaque, la chaîne de transmission est bien huilée. Tout ce petit monde fonctionne en réseau sous-terrain. La source mère donne les indications générales des angles d’attaque et les ouailles les déclinent selon les besoins de la clientèle locale ou de la stratégie du moment. Une fois le synopsis offert, les réalisateurs peuvent, chacun à sa manière, travailler la scène du crime.

Cependant, les charges puisent dans le même argumentaire, participent de la même méthode et tendent aux mêmes objectifs. La règle d’or est de ne jamais engager le débat sur le terrain politique. Etranger à leur écurie, l’indocile est nécessairement un apostat ; il est, par principe, dans le box des accusés. Il ne faut s’encombrer d’aucun scrupule, d’aucune retenue pour le diaboliser. Rachad produit les préceptes canoniques. Ses adeptes les convertissent en actes ou procédés d’infiltration du corps social, de provocation, de dissuasion ou, si besoin, d’agression des acteurs ou d’instances réfractaires à la bonne parole. Quand ils sont trop sulfureux, des agents, toujours bienvenus dans la sous-traitance, peuvent ne pas être publiquement assumés.

La capacité de conditionnement et d’emprise est grande. Le neveu de Merbah qui a posté sur le net son agression de Marseille est un binational. Il a été candidat à une élection législative en France; c’est à dire qu’il postulait à la représentation du peuple français. Dans une vidéo face caméra, le converti insulte les Algériens, diaspora comprise, attente a leur drapeau et l’hymne national (Voir le lien ci-dessous), mais la fetwa de Rachad le blanchit tout en donnant du Qassaman à tue-tête à son stand place de la République à Paris. Après ce sacrilège, « le libre penseur » se pose en porte-parole du peuple qu’il a vilipendé et désigne le journaliste Omar Belhouchet, les écrivains Amin Zaoui, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Rachid Boudjedra ou moi-même comme suppôts du « Hizb Fransa ». L’indignité commise envers son pays d’origine et les engagements politiques étrangers sont transcendés par l’appartenance mystique. C’est le propre de la secte.

La propagande :

Les ressorts de la propagande du viol des consciences ont été éprouvés de longue date par les régimes et les formations relevant du totalitarisme. Plus c’est gros, mieux ça passe, professait Goebbels.

Quand elles n’ont pas le pouvoir d’Etat et que, pour des raisons de contrainte judiciaire (localisation dans des pays de droit), d’opportunité politique (la conjoncture n’est pas propice aux éliminations physiques), les organisations totalitaires visent la mort sociale ou symbolique de l’adversaire. En l’occurrence, le refus d’intégrer le « dhimi » comme un candidat potentiel à la citoyenneté et, encore moins, à la responsabilité politique étant une donnée de base; les impies ne doivent être traités que par la disqualification humaine.

Pour la doctrine intégriste, un démocrate ne peut pas et ne doit pas être perçu comme un militant motivé par des convictions. Il faut donc agir sur le registre de la dégradation morale. Cette stratégie a toutefois ses limites car les citoyens avertis, ceux qui suivent la vie publique, ne peuvent pas être dupes de toutes les balivernes. Qu’importe, le totalitaire ne cherche pas à séduire ou à convaincre le citoyen, ce qui l’intéresse, c’est d’exacerber les frustrations. Son client est l’individu crédule, profil idéal pour une recrue qui peut facilement céder à l’instinct de meute. Ces catégories ont le double avantage de ne pas poser de questions et d’être facilement suggestibles pour les passages à l’acte spontané. Le spectre du recrutement est large et l’éventail des champs d’investissement ne l’est pas moins.

D’un côté l’organisation islamiste nous informe dans sa dernière sortie « qu’un membre de Rachad a …écrit récemment une lettre ouverte à un frère de l’armée nationale populaire pour lui dire qu’il ne doit pas craindre la Dawla madania ». Yadjouz.

De l’autre, une photo, me montrant à la même table que le général Nezzar, prise lors de l’anniversaire du journal El Khabar qui installait ses invités au fur et à mesure de leur arrivée au dîner, est exhibée comme preuve de haute trahison.

Rachad vient également de m’apprendre que le RCD avait bénéficié « de financements en provenance de pays occidentaux ». Forcément, un Kabyle ne peut qu’être irrigué par ses tuteurs koufars. Avec une photo me présentant à côté de BHL, le fantasme est complet. L’antisémitisme et l’antikabylisme constituent un cocktail fort goûteux dans les cuisines politiques d’un underground islamiste particulièrement friand de complotisme.

A des étages subalternes, les fantassins sont chargés de semer des mensonges plus grossiers.

Voici un florilège des insanités que l’individu sus-cité a déversé contre moi sur sa web-télé.

« Said Sadi n’a jamais travaillé de sa vie ». Faux, j’ai exercé pendant une quinzaine d’années en santé publique et en CHU puis, plus tard, comme cadre du parti et député.

« Il a payé trente fois moins le prix officiel son terrain d’Alger ». Faux : j’ai payé mon terrain au centime près et au prix officiel.

« Said Sadi vit dans une résidence militarisée ». Faux, comme d’autres coopératives, la notre est gardée par des agents payés par les habitants.

« Il a fait recruter son fils au RCD avec un salaire de 1600 euros ». Faux, mon fils n’a jamais été salarié du RCD.

« La SCI de ses enfants a un patrimoine immobilier » de plusieurs habitations. Faux, la SCI n’a qu’un seul et unique appartement où habite mon fils et sa famille avec ma fille.

« Said Sadi a un terrain à Aubagne ». Faux. Je n’ai pas le moindre centimètre carré en France, ni d’ailleurs dans aucun autre pays étranger.

« Son fils a une société de taxi à Nice ». Faux etc…

On remarquera qu’aucune de ces calomnies ne relève du registre politique. Pendant ce temps, les milliards des islamistes, produits du racket des années 90, sont recyclés dans une économie informelle qui aliène le développement national. Les médias satellites de Rachad n’ont évidemment rien vu.

L’auteur des élucubrations ci-dessus avoue lui-même être en contact avec un individu qui a été condamné par la justice française pour diffamation. Ces perfidies seront de nouveau traitées par les tribunaux. Il m’a semblé, néanmoins, utile de montrer les méthodes auxquelles recourent les intégristes contre leurs adversaires car elles préfigurent l’ordre politique qu’ils imposeront s’ils accèdent au pouvoir.

Le but est de faire passer dans les esprits simples l’idée que l’homme engagé une vie durant pour des causes qui constituent aujourd’hui la sève du débat national était un imposteur animé par l’appât de l’argent. Il ne doit pas y avoir de présence politique incarnant la revendication d’une démocratie pleine et entière, adossée aux respects des fondamentaux démocratiques universels, notamment l’égalité des sexes.

Mais pour bien montrer la nature totalitaire de cette stratégie de communication, il faut relever un autre fait dans ce cas d’école sur lequel je prépare un livre.

Parmi les deux agresseurs de Marseille, celui qui a été chargé de proférer les insultes et de les perpétuer dans les médias islamistes n’était pas le plus important dans la hiérarchie de Rachad qui, d’ailleurs, ne s’en revendique pas officiellement. Il a été choisi pour ses origines kabyles. Les systèmes totalitaires sont coutumiers du fait de faire commettre les pires vilenies par les agents appartenant à la même communauté que la cible qu’il faut atteindre. Pendant la deuxième guerre mondiale, les miliciens français étaient les auxiliaires zélés de la gestapo qui les méprisait. Les harkis ont fait subir aux leurs des outrages auxquels des Français ont pu refuser de s’abaisser. Dans la Savak du Shah d’Iran, les répressions infligées au Kurdistan iranien ont été confiées à des Kurdes. Boumediène a exigé de désigner un Kabyle pour étrangler Krim Belkacem à Frankfort…

Ces rappels sont destinés à démontrer que dans sa structuration, ses pratiques et ses objectifs, Rachad est tout sauf l’image de paisible club de citoyens qu’il s’efforce d’afficher devant l’opinion. La violence compulsive de la réaction de ce 17 mars donne la mesure et la nature des pulsions qui animent les esprits de ce groupe.

Quand l’islamisme n’arrive pas à intimider ou corrompre, il retombe vite dans ses violences ataviques, actes qu’il légitime sans état d’âme, dès lors qu’il s’est octroyé le droit d’absolution de tout crime ou délit. Al ḥarbu xidaɛ. Cette violence qui peut être physique, verbale ou symbolique est conçue et exécutée par une redoutable élaboration.

Convaincu que sans la soumission de la Kabylie, le projet théocratique restera une chimère en Algérie, Rachad qui y tisse patiemment ses alliances y concentre une bonne partie de l’activité de ses officines. On enregistre déjà des stigmates de la propagande totalitaire dénoncée par Amin Zaoui lors de son alerte lancée contre l’infiltration islamiste dans cette région. Même périphériques, des désinhibitions morales commencent à se faire jour dans des milieux que l’on pouvait croire immunisés contre ce genre d’abaissement.

Mais il y a pire. L’une des attaques les plus perfides se manifeste dans la stratégie de dépossession mémorielle de la Kabylie. La contagion atteint ses symboles les plus emblématiques. Les manipulations dont est régulièrement l’objet un Matoub qui a revendiqué et chanté son impertinence religieuse scandalisent ses fans et ses amis. Le chantre de l’anti-islamisme est régulièrement happé par des membres de Rachad qui lui font endosser des positions ou des propos contraires à tout ce qui a fondé et construit sa vie personnelle et artistique. Demain, les écrivains Mouloud Mammeri ou Tahar Djaout, ces démocrates impénitents, nous seront dépeints par cette organisation en agents arabo-islamistes. Un viol post-mortem. Cela aussi, c’est du totalitarisme.

Conclusion :

Sous une casquette, un turban, une kippa ou avec une croix, un dictateur reste un dictateur. Ce qui est vrai partout l’est encore plus chez nous. Il faut toujours rappeler qu’en Algérie, l’islamisme est arrivé au pouvoir par le biais des militaires. C’est lors du coup de force perpétré au Caire en aout 1957 par le segment militariste du FLN qu’ont été réintroduits les référents islamistes dans les textes de la révolution. Une année auparavant, le congrès de la Soummam avait veillé à se fixer comme objectif la construction d’ « un Etat démocratique et social … qui n’est pas une théocratie désormais révolue. » Relayant ce premier coup d’Etat en 1962, l’armée des frontières, fraîche, suréquipée et fortement imprégnée par la doctrine arabo-islamiste, a écrasé dans le sang les maquis de l’intérieur, soutenus par la fédération de France du FLN ; fragiles et derniers remparts de la perspective démocratique et républicaine. L’Algérie ne s’est jamais remise de ce putsch.

Non messieurs de Rachad, ma société n’est toujours pas la vôtre. Nous n’appartenons pas au même monde moral ni au même univers intellectuel. L’instrumentalisation de la religion n’a nulle part accouché d’une société de fraternité, de paix, de justice et de liberté. La confiscation du culte musulman par l’idéologie intégriste a vécu. Lire et entendre son époque est toujours de bonne intelligence. Il est fini le temps où des despotes considéraient l’Histoire comme un tableau noir que l’on efface à chaque fois qu’il faut célébrer son dernier fantasme ; c’est maintenant un miroir qui reflète fidèlement l’action de l’Homme. Vos faits et gestes, à l’instar de ceux des autres, y sont consignés dans leur nudité. Vous pouvez évoluer - et ce serait bienvenu - mais vous ne pouvez plus rien occulter. L’islamisme, projet théocratique à prétention hégémonique, est désormais un avatar de l’Histoire. Ce courant n’a d’autre choix que d’évoluer vers un conservatisme républicain s’il veut exister dans la nouvelle Algérie. En est-il capable ? En tout état de cause, nous ne ferons pas l’économie d’une discussion sérieuse sur la place de la religion dans la société.

La pandémie actuelle sera suivie par un bouleversement général du monde que nous avons connu. Mettant l’Homme face à ses turpitudes, le fléau en cours a partout libéré la parole. L’Algérie ne fait pas exception. La toile foisonne déjà de messages émanant de jeunes internautes qui ironisent sur les manipulations du fait religieux pendant que des cadres s’empressent de montrer patte blanche à l’islamisme qu’ils subodorent, bien à tort, être aux portes du pouvoir.

Petite digression. Des intermittents du militantisme, souvent silencieux devant les offensives islamistes, s’agacent du retour de « l’idéologie » quand un acteur du camp démocratique s’emploie à colmater les démissions ou limiter les méfaits des compromissions. Prompts au jugement, ces spectateurs doivent pourtant savoir une chose : si les militaires sont dépossédés de l’alibi islamiste, leur système s’effondre sur lui-même.

La demande de modernité démocratique était et demeure le sens profond de l’insurrection du 22 février.

Pour finir, il faut toujours revenir à l’essentiel. Le respect des fondamentaux démocratiques universels sont connus de tous : liberté d’expression, liberté de conscience, égalité des sexes, respect des droits humains, respect de la minorité, séparation du religieux et du politique, Etat civil et non militaire…Point n’est besoin de spéculation ou d’interprétation pour se prononcer sur des valeurs et principes qui sont l’essence des droits premiers du citoyen. En la matière, le choix est vraiment binaire : on est pour ou on est contre. Une fois ces acquis reconnus, admis et respectés, le débat peut s’engager. Sur tous les dossiers.

Pour l’instant, l’organisation qui doit travailler à la réforme de l’islam malékite n’existe pas encore.

Ultime évidence : le mot d’ordre que nous opposions lors du printemps berbère de 1980 aux répressions des militaires et aux propagandes de leurs relais idéologiques est toujours d’actualité : la lutte continue.

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