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Accueil À la Lutte [Réflexion] Ali Boucherka, sociologue : le Hirak, un point de vue critique
Publié le : 29 Juin, 2020 - 14:30 Temps de Lecture 14 minute(s) 2173 Vue(s) Commentaire(s)

[Réflexion] Ali Boucherka, sociologue : le Hirak, un point de vue critique

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Sans cet équilibre, une conception de la politique qui opère un déni sur le monde social, qui fait la sourde oreille aux clivages, aux antagonismes, et aux misères du quotidien, est une anti-politique, car, elle n’est ni le miroir, ni le relais du réel, mais sa piètre mystification. Pensée et pratiquée dans ses limites propres, apathique face aux convulsions sociales, euphémisée et standardisée…voici la forme technocratique et bourgeoise de la politique.

Beaucoup pensaient que le passage forcé de l’élection présidentielle du 12 décembre dernier allait ouvrir un espace de négociation et d’apaisement du côté du régime. Mais, les mois qui s’ensuivent ont montré le maintien de l’approche répressive et l’approfondissement de la gestion sécuritaire de la situation politique ; provocations, répression, arrestations, condamnations pleuvent sur les forces vives de la contestation populaire partout dans le pays.

Le régime tente le tout pour le tout afin de venir à bout de l’espérance soulevée par le Hirak, et renvoyer la société à l’état de léthargie d’avant février 2019. Le retour en grâce du duo FLN-RND, le projet de la révision de la constitution, et le maintien d’un parlement croupion confirment que l’ère Bouteflikienne pouvait survivre à son inspirateur, et que le mot d’ordre est bel et bien continuité.

Les Hirakistes pour leur part affichent la même détermination, même si le contexte voudrait que le Hirak soit pris entre la plaie et le couteau, entre la nécessaire reprise des manifestations qui ré-enclenchent la dynamique contestataire et le contexte sanitaire délétère qui appelle à la prudence et à une brûlante patience. Il est clair que ce que l’hypothèse actuelle n’est pas tellement celle d’un retour ou non des manifestations, mais quand et comment ? Et c’est dans cette optique que cette contribution trouve un sens. Une furtive rétrospection sur les quinze premiers mois de ce mouvement inédit, et un regard critique sur quelques notions-clé qui pèsent lourdement sur la dynamique populaire et qui me paraissent porteuses d’enjeux vitaux pour la reprise des manifestations, et au-delà, aux perspectives que le Hirak ouvre pour le pays. Ne pas en parler revient à opérer un déni qui comme toujours dans l’histoire, finira par remonter à la surface avec force et parfois de la rancœur.

Une mémoire de l’échec :

Dès le 22 février, un appel à l’unité sous forme de slogans et chants sont lancés par des franges larges de la population qui ont basculé dans la contestation active contre le régime, à la suite de l’officialisation de la candidature de A. Bouteflika pour un cinquième mandat consécutif. Une contestation envers le régime afin de lui signifier un refus général de la gouvernance autoritaire, en tentant dans un premier temps, de fraterniser avec l’institution militaire considérée comme la détentrice du pouvoir réel dans le pays, et comme la seule en mesure de formaliser la revendication d’une transition démocratique avant que la colère populaire dénonce son inflexibilité dès la chute du président-monarque. En direction du Hirak, comme pour signifier l’urgence de «faire bloc» dans un rassemblement des plus large, car, il s’agit là d’une condition nécessaire pour espérer que les revendications du mouvement puissent avoir une chance d’aboutir. Cette exigence largement partagée par les acteurs du Hirak trouve sa racine en partie dans une mémoire collective encore marquée par l’échec des tentatives de transformation politique passées, qu’on attribue souvent à l’état de délabrement de la scène politico-sociale ; un état de dispersion des forces contestataires depuis des années, voire d’affrontement secondaire que le régime a pu nourrir entre des parties pourtant objectivement solidaires dans leur opposition. Cette mémoire fait revenir chez les Hirakistes, l’imagerie de la prise du pouvoir de l’armée des frontières, qui a su jouer sur les divisions des Wilayas historiques pour s’imposer. La même mémoire convoque le souvenir de la polarisation frontale qui a accompagné l’arrêt du processus électoral en 1992, qui offre ainsi au régime une «garantie sécuritaire» afin de prolonger son règne tout en plongeant la société tout entière dans une décennie de sang étant lui-même juge et partie, et piétinant ainsi, les maigres acquis démocratiques arrachés de hautes luttes. Et c’est cette mémoire encore qui ferait remarquer que des contestations comme le printemps noir en Kabylie, évènements de Ghardaïa, Mouvement des chômeurs du sud, le mouvement anti-Gaz de schiste, Mouvement des résidents, des enseignants, des vétérans de l’armée…furent victimes d’abord de la répression, infiltrations, neutralisations, de la police politique afin de réduire leur portée politique et géographique. Mais également, des luttes intestines, partisanes, et de leadership qui installent la division et la fragmentation, et mènent ces mouvements sur la pente de la décomposition/atomisation et sans acquis majeurs. Ce constat douloureux ne cesse d’infuser dans l’imaginaire collectif, et continu à exercer toute sa puissance sur la perception qui en est faite de l’idée même de l’unité.

Une idée de l’unité qui peut recevoir différentes acceptions :

Une conception composite : qui reconnaît le conflit et l’antagonisme, en se donnant les moyens de la médiation et la régulation. Elle est vécue comme une coalition hétérogène en nature, mais homogène en vue de l’objectif, et dans laquelle chacun verse ses marqueurs culturels et ses référents sociaux, étant donné que la division et la fragmentation sont fondamentalement assumées et admis préalablement.

Une conception uniformisante : celle où l’unité est vécue comme une «machine disciplinaire» qui rejette le conflit et le dissout sous un impératif d’uniformité. L’objectif final se trouve mobilisé pour unifier les troupes, et avec une forte insistance sur les dénominateurs communs pour fabriquer de l’homogénéité, et toute expression de l’hétérogénéité est perçue comme un schisme, une menace sur la cohésion du collectif, et une remise en cause de l’objectif commun. La première, est une unité-association, quand la deuxième est unité-fusion.

Dans notre cas spécifique, la crainte de replonger dans les travers du passé, le surgissement d’un Hirak inespéré, et l’ampleur de l’espoir soulevé ont fortement structuré la perception de l’idée unitaire. Comme souvent, la peur ancrée d’une part, l’espoir sans précédent de l’autre, induisent à des réactions loin d’être toutes tempérées, et c’est ainsi, que c’est la 2ème conception qui s’est trouvée de mise. Et les indices et les indicateurs n’y manqueront pas d'apparaître au fil des mois.

La politique : un champ autonome ? 

Depuis des décennies, mais plus encore depuis le début du Hirak, on ne cesse de dire et d’entendre que «le problème en Algérie est politique», que «l’affaire est politique» et que «toute autre question doit être rigoureusement ignorée voire dénoncée dans le Hirak». Ce discours trouve sa consistance rhétorique et sa justification politique à la faveur de l’affirmation d’une catégorie sociologique au milieu de la population. Favorable au Hirak, elle retrouve une convergence de circonstance. Une catégorie observable au cœur de chaque société, et il n’est pas ici question d’une «exception algérienne» ni d’un traitement complotiste des évènements en vogue ces temps-ci chez les relents du pouvoir.
Cette catégorie, au fil des mois et des évènements se distingue dans le champ social par son hyper-présence et son activisme qu’on pourrait regrouper sous le concept de «dépositaires de la parole autorisée». En somme, un groupe social qui par la position statutaire, symbolique, politique, et/ou économique qu’il occupe, du fait de son capital culturel, politico-militant, scientifique et sa familiarité avec les institutions, se trouve socialement captateur d’un pouvoir de type particulier, à savoir «la fabrique du discours sur le réel». Patrons de presse, membres de partis politiques, journalistes, militants politiques autonomes, avocats, intellectuels, personnalités nationales /historiques connues, influenceurs web très suivis, artistes ou chercheurs/universitaires, qui par le truchement de la division du travail, des logiques de groupes (souvent imperceptibles par les acteurs eux-mêmes). Par la reconnaissance mutuelle qu’ils s’échangent, deviennent bon gré mal gré, à l’origine de la «fabrique de l’opinion contestataire» à l’occasion du mouvement populaire qui secoue le pays. Invités dans les médias, interviewés par des radios et journaux, des conférences et débats, relayés par les réseaux sociaux, et chemin faisant, finissent par prétendre à construire un récit, celui du Hirak et ses réalités sociales. Et c’est ainsi que s’est fait connaître cette insistance sur «la question politique» et surtout les enjeux implicites qu’elle recouvre. «Tout est politique» est une affirmation qui appelle un double constat :

1- Que la nature de la crise que traverse le pays est «politique».

2- Que «le champs politique» est le lieu où pourrait s’opérer la sortie de crise.

Et c’est ainsi que les représentations collectives et le discours se sont totalement construit sur et autour de ce constat. Cette construction se trouve répercutée dans le registre revendicatif, où on a assisté à la consécration d’une forme de primauté de la revendication politique dans le champ contestataires algérien. De l’affirmation première que l’affaire est politique au primat accordé à la revendication politique, il s’en est suivi une marginalisation progressive des revendications de type socioéconomiques et socioculturelles, considérées comme secondes, voire dangereuses car, selon la croyance bien ancrée, elles détourneront le regard des Hirakistes de l’objectif principal qu’est le fameux «yetnahaw ga3» (changement de régime politique).

On peut ainsi constater que la primauté accordée à la revendication de type politique est perçue comme parallèle aux autres types de revendications. Cette perception dominante n’est rendue possible qu’au prix d’une redéfinition complète du concept même de «politique» par certains comme un espace à part, autonome, avec ses logiques internes, son vocabulaire, ses outils, son discours et ses objectifs propres. Ce cloisonnement du discours politique désormais réduit aux seules problématiques du régime politique, de la nature et la configuration des pouvoirs, des institutions étatiques et la chronique des organes partisans, a fini par restreindre le champ du politique à une vision «formaliste» sans attaches concrètes, déterritorialisée et désincarnée, et le discours contestataire à un signal sans message, ou un message sans objet. Pratiquée telle une fonction technicienne, une ingénierie qui raisonne tactiquement, à coup de marketing creux et des indignations médiatisées sans lendemains.

Jusqu’à quand peut-on continuer à ignorer que toute idée politique appelle une chaîne de causalité qui ne trouve sa racine que dans les réalités subjectivement ressenties ? Comment peut-on imaginer qu’on y arriverait à politiser le social sans socialiser la politique ? Dans cette dialectique, le premier n’a de chance à fédérer qu’à la condition que le deuxième dynamise les volontés et met le feu à la plaine. Sans cet équilibre, une conception de la politique qui opère un déni sur le monde social, qui fait la sourde oreille aux clivages, aux antagonismes, et aux misères du quotidien, est une anti-politique, car, elle n’est ni le miroir, ni le relais du réel, mais sa piètre mystification. Pensée et pratiquée dans ses limites propres, apathique face aux convulsions sociales, euphémisée et standardisée…voici la forme technocratique et bourgeoise de la politique.

Le hirak: le nécessaire débat:

La représentation de ce qui se donne sous le nom de l’unité dans un sens qui tend vers l’unanimité. La conception de la politique qui se figure comme un espace autonome et formalisé, agissaient principalement par l’escamotage des débats de société (économiques/ culturels/ idéologiques) et l’insistance sur le clivage vertical : peuple /régime. Non pas que ce clivage ne soit pas le principal, mais que certains pensent que sa pérennité passe par l’effacement de la réalité du monde social, ce qui nous renseigne sur une certaine vision problématique.

Progressivement, on est passé d’une fraternisation remarquable entre Hirakistes «les algériens… khawa-khawa» vers un refus de toute expression et un rejet du débat entre les tendances qui composent le Hirak. L’unité comme “machine disciplinaire” est enclenchée et agissait contre la pluralité. Pourtant, comme le dit si bien Alexandre Dorna «Tout discours politique étant idéologique, il prendra ses marques dans son contexte socioculturel et historique. D’où le besoin, pour comprendre la signification des discours politiques, d’explorer les époques avec attention et de dégager des indices, dont la pertinence ne se place pas par rapport à la minutie des règles linguistiques, mais en relation avec la dialectique des situations et les états d’âme des peuples». La relégation de l’expression de l’antagonisme qui traverse le champ social vers les calendes grecques, est justifiée par la croyance que son expression assumée est synonyme de dispersion, que le cadre de son exercice est tributaire du cadrage institutionnel préétabli et les acquis en termes d’ouverture politique future. Cette norme tacite fut largement reprise par “les dépositaires de la parole autorisée”, en insistant sur les vertus d’un dépassement post-idéologique qui a permis de consolider un noyau dur dans le Hirak et a garanti sa continuité, y compris dans les pires moments. Concrètement, il est extrêmement osé d’affirmer avec facilité ce rapport entre refus des idéologies et la cristallisation d’un noyau dur dans le hirak. Du fait que ce noyau dur est lui-même sujet à des expressions idéologiques. À contrario, on nous explique pas combien cette logique a fini par frustrer parmi les marcheurs de la première heure ? qui par l’absence d’un socle de valeur identifiable, ou par l’absence d’un débat sur des questions qu’une partie de la population demande à clarifier en toute transparence, et ce, sans que cela soit contradictoire avec une démarche d’opposition anti-régime. Et puis, disons que, pour beaucoup de nos concitoyens, il est toujours préférable de savoir pourquoi on lutte, avec qui, contre quoi, et vers quoi nous voulons cheminer ?

L’histoire nous enseigne que des révolutions qui à leur entame furent porteuses d’espérances inouïes ont finies par devenir des usines à gaz, «le grand bond en avant» qui a suivi la révolution chinoise fut un désastre sans nom. La révolution bolchevique qui assumait avec force un axe émancipateur pour l’égalité a fini par se donner à un stalinisme monstrueux, et une bureaucratie étouffante. On pourrait prolonger cette série à souhait tellement une contradiction sous cette forme, entre les espérances initiales et les réalités finales est intrinsèque aux processus des transformations générales.

C’est pourquoi, il est vital que le mouvement vers le changement en Algérie soit attentif à la nécessité de ne pas attendre l’arme à la main, et enclencher partout où c’est possible, de nouvelles habitudes, des formes d’organisations, des mécanismes démocratiques, sans attendre la chute du régime. Car, sauf pour ceux qui croient au «grand soir», le changement de régime ne dit rien de la capacité réelle de tendre vers le changement démocratique, ni n’indique en rien sa nature ou son amplitude. Faire vivre la disposition au débat, la familiarité avec l’antagonisme, la normalité du conflit d’intérêt entre classes et/ou entre pôles politiques n’est-il pas le très sûr moyen de bâtir une société politique au fait des enjeux dont elle est l’objet ? Vent debout face aux dérives ? Allergique aux coups de force et l’autoritarisme ?

D’autre part, l’enfermement de la revendication politique dans un schéma autoréférentiel (autonome) n’est -ce pas là une des clés qui expliquerait en partie l’incapacité du Hirak à pénétrer dans le champ institutionnalisé ?

Un champ institutionnalisé où se dispute la réalité des rapports de force, un champ où la force qui occupe son espace est en mesure de prendre de sérieux avantages, de l’espace du travail, à l’espace administratif, passant par l’espace de la culture : les usines, les zones industrielles, les mairies, les sièges locaux des partis clientélistes, les universités, les lycées, les maisons de culture, les cinémas, les théâtres, les salles de sport, les stades…car, la rue ne suffit pas. Il faudrait encore pour gagner ces espaces où se fabrique la vie sociale au quotidien, faire mouvement vers les usagers, les travailleurs et les habitués de ces lieux, une pratique politique au plus près des territoires où la révolte se fait jour, et puis, un discours qui politise et reprend «les marqueurs sociaux» de ces franges de la population pour qu’eux-mêmes s’identifient au Hirak en retour. Afin qu’ils puissent voir dans le Hirak leurs propres raisons de lutter, et que ces raisons sont reliées à d’autres plus globales.

Sous le consensus…le dissensus :

La politique est à sa racine conflictuelle. Elle met en scène les antagonismes les plus irréductibles pour éviter qu’ils s’expriment dans des formes beaucoup moins paisibles.  Georg Simmel par exemple, considère que le conflit est une forme de socialisation, en définissant la polémique comme une condition d’existence de la démocratie. Et que la philosophe Chantale Mouffe nomme «pluralisme agonique». La politique est conflit, sauf pour les tenants du paradigme habermassien. Égarés dans l’individualisme hors sol et sans attaches, un individu qu’aucun schème de pensée et aucune détermination ne pourrait contraindre ou prédéterminer, forts de cette trouvaille, ils nous présentent la politique comme consensus, médiation, et négociation. Que de beaux principes en somme ! Ce courant dominant en Allemagne notamment, mais, l’émergence de l’AFD d’extrême droite est là pour rappeler que les passions sont l’étoffe et la matière brute de la politique, et que le tragique dans l’histoire se marre bien des certitudes. Un constat qu’on peut voir survenir dans notre situation nationale. Par exemple, l’échec de toutes les tentatives pour la tenue d’une conférence nationale inclusive initiée par différents acteurs s’est consommé suite à des désaccords politiques qui eux-mêmes font suite à des divergences lourdes en termes de doctrines idéologiques.

L’égalité homme/femme et la question féministe, la mise à plat à travers une assemblée constituante qui serait en mesure de discuter la question religieuse dans l’espace public et les institutions, ou la pluralité linguistique et culturelle sont là pour rappeler que toutes les divergences ne peuvent pas être objet de compromis. L’illusion inaugurale des initiateurs consistait précisément en l’évacuation des divergences idéologiques qui posait un problème. À défaut de régler une question, on procède à son déni. Des pourparlers qui succèdent à d’autres, de belles images pour la presse dans le summum de la fausse conscience, mais les sourires ne durent que le temps du flash des caméras, pour aussitôt laisser place à la méfiance réciproque, place aux considérations hautement stratégiques, ancrages identitaires, et les visées politiques, le constat de ces réunions est sans appel : que de temps perdu et de l’énergie envolée.

Le déni n’était en réalité que formel, car, si l’idéologie était nulle part, c’est parce qu’elle était partout. D’où, pouvons nous faire accoucher un consensus sans un débat de fond et sans que chacun ne soit en mesure de proposer sa vision, ses références et ses options en termes de gouvernance ? Il apparaît aujourd’hui que ce qu’était en germe, fut un compromis a minima qui permettrait de sortir avec une déclaration ou une charte nationale de principe, où le seul levier de contrôle est je cite : «la parole des signataires» autant dire qu’en ces termes, on croirait davantage à une profession de foi et non à de la politique dans ces formes observables concrètement. Car, au fond, il faudrait faire avaler aux conservateurs le non-usage de la religion à des fins politiques, ou bien, que les progressistes acceptent d’autres part une «république de novembre dans le cadre des référents islamiques» sans aucune mention à la Soummam ni à son esprit.

Un pacte de non-agression ne fait pas un pacte social et citoyen. Un pacte de non-agression parce qu’il n’est qu’un silence, et non une réelle négociation, puisqu’il est un refus de violence et non son absence, il ne peut s’avérer une base solide de refondation. Même l’URSS et les Nazis ont aussi signé un traité à Munich en 1938 pour ensuite se livrer une des plus sanguinaires batailles de la 2ème guerre mondiale à Stalingrad. À contrario, dans les milieux populaires, au cœur même des marches hebdomadaires, l’expression idéologique s’exprimait dans tous les sens : à côté des slogans féministes, les slogans islamistes fusaient, des défenseurs de la cause Amazighe au militants communistes, face aux portraits de Hachani, ceux de Hassiba Ben Bouali, les uns brandissaient Ben Badis pendant que d’autres affichaient leur filiation à Abane. Partout dans les villes, les quartiers, les douars, les villages, on ne s’offusque pas des expressions idéologiques qui sont quotidiennes. Elles sont consubstantielles à la manière de voir, d’agir, et de sentir de chacun. Et ce qui permet d’assurer cette relative cohabitation est à voir avec une perception toute autre comparée à celle médiatiquement colportée : le Hirak est perçu comme un conglomérat, un espace contestataire, agrégateur, multiple et varié, telle des affluents et des cours d’eau qui se versent tous dans la mer hirakienne.

Enfin, la reprise des manifestations se profile, et avec elle la détermination chevillée au corps que ce que le Hirak a produit comme capital dans ces différents aspects doit être préservé et promu, car, oui, il a auguré une nouvelle aire politico-sociale sur l’Algérie, dont les germes prendront consistance progressivement. Et d’autre part, que les inconséquences soient posées sur la table, regardées en face, analysées et débattues en toute sérénité.

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