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Publié le : 01 Mai, 2020 - 18:10 Temps de Lecture 4 minute(s) 14798 Vue(s) Commentaire(s)

Samira Hadj Djilani, Azzedine Mihoubi, Rabah Drif et les détenus du Hirak : la justice à deux vitesses

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Cette distorsion flagrante de l’égalité des traitements des affaires, jette l’opprobre sur la justice.

Comment peut-on encore parler de justice quand la notion même de traitement équitable des affaires disparaît au moment de prononcer une condamnation et que le laxisme envers certains justiciables est en opposition avec la fermeté d’autres qui s’apparentent à s’y méprendre à des règlements de comptes ? Une question que tout le monde est en droit de se poser aujourd’hui, notamment après cette énième affaire de «corruption» impliquant cette fois-ci , l’ancienne directrice de campagne du candidat malheureux de la dernière élection présidentielle, Azzedine Mihoubi, et non moins sa plus proche collaboratrice, à savoir Samira Hadj Djilani. Cette dernière a été placée, hier (jeudi 30 avril), sous mandat de dépôt par le tribunal de Bir Mourad Rais( Alger). La productrice cinématographique et audiovisuelle est poursuivie pour «blanchiment d’argent, abus de fonction, dilapidation de deniers publics et transfert illicite de capitaux vers l’étranger». Cette dernière faisait également l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national, depuis le 12 mars.

En 2002, elle occupait le poste de directrice centrale au ministère de la culture avant d’être détachée par l’ex-ministre Khalida Toumi, actuellement en prison, pour s’occuper de l’antenne de la chaîne KhalifaTV, à Alger, lancée par l’homme d’affaire et non moins sulfureux Abdelmoumen Rafik Khalifa en septembre de la même année. Mais c’est en 2018, que Samira Hadj Djilani se fera remarquer par le grand public, à l’occasion du lancement du film consacré à la vie du dernier Bey de Constantine, et ce, en choisissant l’acteur français Gérard Depardieu pour jouer le rôle principal. Certains reprochaient aux producteurs du film, dont Samira H.D, d’avoir choisi un acteur français pour raconter un pan de l’histoire de l’Algérie, se disant, entre autres «outrés que le rôle soit confié à quelqu’un accusé de viol», avait, alors, commenté le comédien Khalil Soualem. Face à la multiplication des attaques, Samira H.D se défendra en déclarant :«j’assume le choix de Gérard Depardieu car je veux que le film soit porté à l’international. Je n’ai pas besoin de leçon de patriotisme. Je fais partie d’une famille qui a donné 15 martyrs pour ce pays». Azzedine Mihoubi qui, à l’époque des faits, était ministre de la culture, viendra au secours de la productrice. «La productrice du film a choisi un réalisateur, un scénariste et l’acteur Gérard Depardieu pour donner une ampleur internationale au long-métrage», a-t-il déclaré. Mais cela ne suffira pas pour apaiser les tensions. La polémique fut telle que le tournage du film sera interrompu, mais pour la productrice, les ennuis ne feront que commencer, lorsqu’un opérateur téléphonique lui intentera un procès pour «escroquerie».

En 2019, se faisant discrète, elle sera la directrice de campagne de Azzedine Mihoubi lors de la dernière élection présidentielle, durant laquelle, lui aussi était frappé par une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) dans le cadre d’une enquête sur sa «gestion douteuse» des caisses du ministère de la culture qu’il a dirigé entre 2015 et 2019.

Depuis le 22 Février 2019, une tempête judiciaire a emporté sur son passage une grande majorité de ceux qualifiés de Issaba par Tebboune et qui faisaient partie du clan de l’ancien président déchu, Abdelaziz Bouteflika. Ces incarcérations semblaient rassurantes pour certains ; cependant, elles sont l’arbre qui cache une forêt de crimes encore plus importants et qui passent entre les mailles du filet. La balance judiciaire penche clairement du côté des plus puissants et protège en réalité les pro-Bouteflika. La preuve que le système n’a pas changé est l’affaire de l’ancien directeur de la culture de M’sila, Rabah Drif pour lequel le bras de la justice a été relativement indulgent. Très proche de Azzedine Mihoubi et de Samira Hadj Djilani, ‘’membre du même clan’’, Rabah Drif avait attenté à la mémoire du martyr de la révolution, Abane Ramdane, en le traitant de «traître» dans un post diffusé sur sa page Facebook. Il sera limogé avant d’être placé en détention provisoire, le 14 janvier dernier et condamné à «six mois de prison ferme». Lors de son procès en appel, Rabah Drif verra sa peine réduite à «trois mois de prison ferme». Il quittera la prison le 27 avril. La Défense de la famille Abane a dénoncé, dans un communiqué, la programmation du procès en appel en l’«absence des parties civile et de leur défense».

La libération de Rabah Drif a été vite saluée par Samira Hadj Djilani avant son placement sous mandat de dépôt. Cette dernière est allée jusqu’à le qualifier de «patriote» ! «Enfin une bonne nouvelle. Mon frère Rabah "le patriote" est enfin libre», a-t-elle écrit sur sur son compte facebook. En Algérie, c’est ainsi que sont considérés malheureusement ceux qui insultent Abane Ramdane dans la République de Tebboune et Chengriha. L’histoire est claire. Le pouvoir fait semblant de s’attaquer aux pro-Bouteflika, à qui il épargne les vrais procès et les réelles poursuites judiciaires en contre partie de leur condamnation pour quelques semaines en prison.

Comment ne pas s’indigner de voir la main lourde de la justice quand il s’agit d’opposants politiques, d’activistes ou de journalistes, alors qu’elle est encline à être plus clémente envers ceux qui sont impliqués dans des crimes économiques ? Comment ne pas s’étonner qu’un simple post sur un mur Facebook à connotation politique soit plus condamnable qu’un appel au meurtre ? Le pouvoir prend tout son temps pour enclencher une affaire et faire semblant de condamner quelqu’un de la Issaba, mais il n’hésite aucunement à interpeller, à kidnapper, à incarcérer, à tabasser, à traumatiser, à emprisonner, à placé sous mandat de dépôt pour des durées indéterminées, des journalistes, des blogueurs, des activistes et mêmes des jeunes producteurs de Memes sur facebook !

Samira Hadj Djilani aura-t-elle le même traitement de faveur que Rabah Drif ? Azzedine Mihoubi sera-t-il traduit en justice pour, entre autres, sa gestion du ministère et ses liens avec sans ancienne collaboratrice et ses projets ? Toutes ces questions appelle à une seule conclusion, à savoir que cette distorsion flagrante de l’égalité des traitements des affaires, jette l’opprobre sur la justice algérienne et qu’une justice impartiale et indépendante ne viendra qu’après un véritable changement.

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