IMG-LOGO
Accueil À la Lutte Souvenez-vous qu’avec elles les rues étaient colorées
Publié le : 22 Février, 2020 - 20:10 Temps de Lecture 7 minute(s) 747 Vue(s) Commentaire(s)

Souvenez-vous qu’avec elles les rues étaient colorées

IMG

Crédit photo : Leila Saadna

Pour faire vivre le Hirak, il fallait rester uni contre un seul ennemi : Le système !

Ce qui signifie «Mouvement» en Arabe, le Hirak éclate alors qu’Abdelaziz Bouteflika, président de la République algérienne en place depuis 1999, annonce sa candidature pour un cinquième mandat présidentiel le 10 février 2019 en vue des élections d’avril 2019. Cette annonce absurde de sa candidature résonne alors comme une marque de raillerie aux yeux des Algériens.

Arabes et berbères, deux identités qui diffèrent, se partagent pourtant la rue tous les mardis et vendredis, toujours heureux de l’unité nationale qui se met en place, et qui, inévitablement, peut effrayer tout gouvernement cherchant à diviser le peuple en jouant la carte des différences ethniques ! La violence et la mort font partie intégrante de la mémoire des Algériens, déjà porteurs d’un lourd passé de guerre. C’est peut-être pourquoi, le 22 février 2019, il n’était pas question de laisser place à la terreur, mais de favoriser l’unité nationale et la recherche commune de solutions pacifistes.

C’est cette même révolution qui a déferlée comme un séisme faisant trembler un système au plus profond de ses pieux, encrés depuis maintenant plus d’un demi-siècle dans les entrailles de notre patrie. Les revendications spécifiques aux femmes ont, pour un temps, été relayées au second plan. Pourtant, elles n'abandonneront pas leur lutte. Des femmes ont prouvé, par leur courage, qu'elles ne voulaient pas être absentes de cette page de l'histoire. La défense de leurs droits est partie prenante de la construction d’une démocratie.

Depuis le premier jour, les femmes sont descendues dans les rues pour réclamer liberté, dignité et mettre fin au régime de Bouteflika 

En Algérie, il y a eu des générations de femmes à chaque combat. Ce qui est nouveau, c'est l'ampleur de la mobilisation. À Alger comme à Paris, Londres ou Montréal, des manifestants des deux sexes ont marché ensemble pour que les revendications des femmes soient aussi prises en compte. «Dégage !» ce slogan qui s’adresse aux membres du système, évidemment, est aussi destiné à la France qui pour certains, entretient toujours un lien secret avec les forces algériennes. C’est d’ailleurs le slogan le plus prononcé pendant Un an de manifestations. Les Printemps arabes ont fait tomber des dictatures certes. Mais pour les femmes, ils ont apporté de nouveaux dictats. Les plus optimistes notent cependant que les révolutions arabes ont permis de démocratiser la question du droit des femmes qui était jusqu’alors réservée à une élite. «Les droits des femmes n’étaient débattus que par une catégorie de femmes de la société dite Arabe, qui revendiquaient ainsi : Pas de démocratie sans égalité», comme nous l’explique la sociologue, Farida Tobal.

En 2005, Bouteflika a consenti quelques changements mais les femmes ont toujours ce statut de mineure, qu'elles soient ministres ou juges.   «Les changements auxquels le président déchu a consenti en 2005, n’ont rien apporté de positif au statut de la femme algérienne. En plus d’être relégué au statut de mineure, elle est toujours considérée comme celle qui n’est bonne que pour apporter du café. Pire, contrairement à ce qui est pratiqué dans les pays occidentaux, les associations ou organisations féminines créées sous le règne Bouteflika, ont amplifié le mal, en bridant le pouvoir de la femme algérienne dans la société et ainsi la cantonnant au rôle d’assistée», explique Lynda Nacer, Journaliste et militante.

Si les femmes ont été en première ligne lors cette révolution aux côtés des jeunes, c’est parce qu’elles sont, elles aussi, marginalisées. En effet, c’est leur statut matrimonial qui justifie leur existence. «Si je devais décrire la femme algérienne en un mot, je dirais courageuse ! Et cette citation de Nelson Mandela qui dit : "Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de vaincre ce qui fait peur", s’applique parfaitement sur elle. Elle, qui a cette incroyable capacité de, toujours, faire face, quelle que ce soit la difficulté, l’échec ou pire, la perte d’un être cher. Plus elle tombe, et plus forte elle se relève, rompant par la même occasion les codes de cette société archaïque qui continue à définir où doit être sa place», ajoute la journaliste Lynda Nacer.

Un an après ce 22 Février 2019, cette révolution est à la mémoire de tous les patriotes tombés sous les balles d’un régime autoritaire, maltraités ou réduits au silence pour un idéal qui dépasse l’intérêt personnel, féodal , cultuel ou autre que celui de l’égalité des citoyens devant les lois d’une république démocratique. Pour sa part, Samia Haddou, professeure à l’université d’Oran, considère que «les femmes ont joué un rôle important dans toutes les révolutions. Dès le début, elles ont participé au côté des hommes aux manifestations. Ce sont elles qui ont lancé les révolutions, notamment en Libye, en Tunisie, au Soudan où elles ont été les premières à manifester pour en finir avec le régime liberticide».

Il est clair qu’aucun système de gouvernance, ne peut se proclamer une démocratie si la condition de l’égalité entre femme et l’homme n’est reconnue et transcrite dans des textes de lois .Et afin d’aspirer à cela , faudrait peut-être d’abord abolir toutes les lois qui considérèrent la femme comme un éternel enfant qui a besoin d’une tutelle dés sa naissance et tout au long de sa vie , voir même après, en l’attachant continuellement à son père, son mari ou son fils , comme si, l’être qu'elle est, n’est rien sans les Hommes qu’elle a aimé ou pas . Certaines, regrettent néanmoins ce qu'elle appellent "Une élection imposée", c'est le cas de Nouha Mebarki, étudiante en informatique: «Le 12 Décembre dernier, nous avons assisté à une élection présidentielle pour laquelle nous avons exprimé le rejet durant prés d'un an de manifestations, comme si l’avenir du pays et la construction d’un État démocratique reposent sur un seul Homme à la tête d’un pays" Cette révolution a tout de même montré aux plus sceptiques des Hommes que la femme est l’âme de tout combat juste. Que c’est aussi elle qui apporte de la lucidité dans les engagements, de la finesse dans les propositions et un vrai sens au combat démocratique».

Souvenez-vous donc que c’est grâce à elle que le monde l'appelle : "Révolution du sourire".

Verrouillage des médias, arrestations massives et rupture définitive avec le régime. Rares sont ceux qui pensaient que le mouvement allait avoir le souffle aussi long face à un pouvoir qui ne veut visiblement rien céder. Les manifestants n'ont à aucun moment cédé aux nombreuses provocations, et le pacifisme fait aujourd'hui encore la particularité du mouvement populaire appelé Hirak.

À peine élu à l’issue d’une présidentielle contestée, Abdelmadjid Tebboune a appelé à l’instauration d’un dialogue avec le mouvement de protestation populaire, le Hirak. Une offre que ses partisans ont immédiatement rejetée. Cet appel au dialogue a néanmoins réussi à diviser. Accueillie favorablement par le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), formations politiques ayant soutenu le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, l'offre a été accueillie avec méfiance, par de nombreux partis de l’opposition à l’instar de la formation islamiste du Mouvement de la société pour la paix (MSP) ou encore le Front des forces socialistes (FFS). En revanche, d’autres formations politiques refusent catégoriquement de nouer un dialogue avec le président algérien, en l'occurrence le Mouvement démocratique et social (MDS).

Pour la sociologue, Farida Tobal, «garantir la liberté d’expression, d'information et de manifestation, en procédant à la libération de tous les détenus d’opinion, demeurent notre priorité avant d’envisager un éventuel dialogue avec le pouvoir en place». Au-delà du dialogue qu'il a appelé de ses vœux, Abdelmadjid Tebboune s’est entre autres engagé à une «profonde» révision de la Constitution, qui serait soumise à un «référendum populaire». Des mesures censées apaiser la rue ! Affichant son souhait de rompre avec le passé, le chef de l’État a été attendu sur de nombreux autres dossiers, notamment celui portant sur le rôle de l’armée. «Il faut commencer par de bonnes fondations qui ne peuvent être qu’une constitution juste garantissant les droits des citoyennes, et citoyens, des contres pouvoirs et une justice libre et indépendante au service du peuple. Même le plus simplet des citoyens vous dira qu’il faut commencer par le bas pour bâtir un État, tous égaux devant la loi. Mais aussi un état civil ou le militaire ne dispose d’aucun pouvoir politique», lance Nouha Mebarki, l'étudiante en Informatique.

Un An après...Le Hirak résiste toujours

Le mouvement populaire, qui a délogé en moins de deux mois celui qui gouvernait le pays pendant vingt ans malgré des soucis de santé, souffle enfin sa première bougie. Pour ces femmes militantes, le combat sera aussi long que le régime l'est. Le mouvement de protestation du peuple, Hommes et femmes, se poursuit sans relâche malgré la chute du règne Bouteflika et l'élection contestée d'Abdelmadjid Tebboune, qui n'a pas encore prouvé son indépendance vis-à-vis de l'ancien système ! Ni les vagues d’arrestations, ni le déploiement massif des forces de l’ordre, ni même l’élection contestée d’Abdelmadjid Tebboune à la succession de Bouteflika ne sont venus à bout de ce mouvement spontané et populaire, toujours sans leader, appelé "Révolution du sourire" par certains ou "Révolution de velours" par d'autres. La même émotion se lie sur chacun des visages, chaque vendredi ou Mardi, des photos circulant sur la toile, montrent des visages qui s'illuminent faces aux projecteurs, toutes et tous déterminé(e)s à constituer une mémoire collective pour les générations futures. Créer aujourd'hui les archives de demain.

«Ne croyez pas que la démocratie dans notre pays se fera en mettant à l’écart plus de la moitié de sa population et en niant le droit le plus élémentaire d’un être qui est celui de disposer de sa personne , de son corps et de ses choix» finie par lâcher Samia Haddou, cette professeure à l'université d'Oran. Préférant l'appeler "Revolution de velours", Lynda Nacer considère qu'un vent de liberté a soufflé sur le peuple algérien grâce à ce soulèvement populaire, «malgré les voix récalcitrantes qui tentent par tous les moyens de lui déchoir ce fait». Et d'ajouter : «le 22 Février a réconcilié tous les Algériens avec eux-mêmes, avec leur histoire, leur passé mais surtout les a unifié sur un futur prometteur. Le chemin est encore long, mais nous avons encore le souffle pour continuer à lutter.»

Alors, de grâce, souvenez-vous qu’avec elles les rues étaient colorées, Souvenez-vous qu’avec elles les rues étaient joyeuses , Souvenez-vous qu’avec elles les rues étaient généreuses , et, Souvenez-vous que c’est grâce à elle que le monde l'appelle "Révolution du sourire".

Laissez un commentaire