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Publié le : 04 Juin, 2020 - 19:00 Temps de Lecture 6 minute(s) 1634 Vue(s) Commentaire(s)

Trois contributeurs de l’Avant-Garde Algérie en prison

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Trois contributeurs de l’Avant-Garde Algérie sont en prison dans trois wilayas différentes. Il s’agit de Mohamed Boudiaf Boucif d’El Bayadh, de Ayoub Azzaoui d’El Oued et de Yasser Kadiri d’Adrar. Ces trois jeunes activistes du sud filmaient depuis plusieurs mois les manifestations du Hirak pour le compte de l’Avant Garde Algérie.

Ils ont déjà couvert plusieurs manifestations du Hirak pour le compte de l’Avant-Grade Algérie. Les raisons de leurs incarcérations ne sont pas liées au média, selon la nature des accusations et les explications des avocats. Ces contributeurs sont avant tout des militants et des activistes engagés dans la processus de changement qui s’est déclenché depuis le 22 février en Algérie, et même bien avant pour certains. L’Avant-Garde Algérie écrit sur tous les militants et activistes, inquiétés ou pas par le pouvoir et sa justice. Mais le fait que ces trois jeunes militants aient déjà contribué dans le site, leur donne une place privilégiée dans notre espace. L’Avant-Garde Algérie a tenu à les présenter à ses lecteurs et lectrices.

Mohamed Boudiaf Boucif, 28 ans, est originaire de Labiodh Sidi Cheikh, région située à 120 km au sud d’El Bayadh. Né à Ksar El Gherb, un quartier connu pour ses luttes pour la justice sociale, Mohamed Boudiaf, orphelin de père, porte un prénom lourd de sens qui est celui de Mohamed Boudiaf. Il a beaucoup appris de ses amis militants de cette région dont est originaire Cheikh Bouamama, mais aussi de son oncle maternel, Khaled Boucif, ancien militant du RCD et élu de la commune de Brezina (sud d’El Bayadh), longuement incarcéré par la mafia du foncier pour avoir dénoncé des malversations, la corruption et le déni des biens publics dans sa commune. Khaled a été acquitté après neuf mois de détention arbitraire, ce qui a beaucoup impacté son neveu qui organisait les rassemblements de soutien à son oncle. Malgré son jeune âge, Mohamed Boudiaf n’a aucunement hésité à rejoindre le mouvement des chômeurs, créé en 2012, dans lequel il était très actif. Il n’a pas hésité aussi à rejoindre celui de Barakat qui s’opposait au 4ème mandat de Bouteflika. En 2014, ce dernier a même organisé un rassemblement contre la candidature de Bouteflika, en présence de plusieurs militants connus de ce mouvement dont Amira Bouraoui, à Labiodh Sidi Cheikh.

Mohamed Boudiaf s’est déplacé, le 14 mai dernier, au tribunal de Labiodh Sidi Cheikh afin de soutenir son ami de combat, Larbi Tahar, militant et président du bureau de la Laddh à Labiodh Sidi Cheikh qui devait être présenté, ce jour-là, devant le procureur de la République. Il a été interpellé lui aussi et présenté au même titre que son ami Larbi Tahar. La justice a décidé de les placer sous mandat de dépôt pour les condamner, quelques jours plus tard, à «18 mois de prison ferme» pour, entre autres, «outrage au corps constitué et diffusion d’informations susceptibles de toucher à l’ordre public, en lien avec ses critiques publiques portées à l’égard des condamnations arbitraires des militants et activistes par la justice». Mohamed Boudiaf est, depuis quelques jours, transféré à la prison de la ville d’El Bayadh.

Toujours dans le Sud-Ouest. Yasser Kadiri, 25 ans, étudiants en master 2 biochimie à l’université de Aïn Timouchent, est originaire de Timimoun, dans la wilaya d’Adrar. Engagé dans la révolution du sourire depuis ses premiers instants, Yasser ne rate jamais une manifestation des étudiants dans son université le mardi, et aucune de celles qu’il anime avec ses quelques amis de lutte du Hirak, les vendredis, à Timimoun. C’est grâce à lui, d’ailleurs que le Hirak de Timimoun est devenu célèbre. Muni d’un téléphone est d’une perche à selfie, Yasser couvre toutes les manifestations de Timimoun, notamment pour l’Avant-Garde Algérie. Dans cette région du Sud-Ouest du pays, ils sont quatre adultes à manifester chaque vendredi en compagnie de quelques enfants dont ceux du célèbre militant de Timimoun, Djaafar Ahmed Sidi Moussa, incarcéré lui aussi à la prison de Timimoun avec Yasser Kadiri. Les interventions d’à la fin de la marche de ce dernier, très attendues et regardées par les internautes, sont toutes filmées par Yasser.

Mais l’engagement de Yasser ne se limite pas seulement au Hirak. Il l’est aussi culturellement. Rares sont ceux et celles qui savent qu’il est aussi Rappeur avec son blaze Yasser Z-Boy. Yasser chante bien évidement la société algérienne, l’engagement pour sa culture Amazigh mais aussi tout ce qui est en lien avec la politique. Il critique profondément le système politique et appelle à l’instauration d’une réelle démocratie, d’un État de droit et des libertés. Yasser est un habitué du festival Raconte-art, organisé annuellement dans différents villages de Kabylie. Il est aimé et respecté par tous ses artistes qui viennent des quatre coin du globe pour ce festival culturelle qui cartonne depuis quelques années. Convoqué par la police judiciaire de Timimoun, le 4mai dernier, Yasser a été interrogé au commissariat central, placé en garde à vue et présenté, le lendemain, simultanément devant le procureur de la République avec son ami de combat Dajaafar Ahmed Sidi Mousssa, puis devant le juge d’instruction qui a décidé de les placer sous mandat de dépôt. Accusés d’«atteinte à la souveraineté de l’État», les deux militants sont incarcérés à la prison de Timimoun depuis un mois. Leur procès n’est toujours pas programmé.

De l’autre côté du sud, à l’Est du pays, Ayoub Azzaoui, 25 ans, est un jeune activiste, journalier, originaire de la ville d’El Oued. Ayoub joue toujours profil bas, du moins pour les militants. Il n’apparaît publiquement, mais il reste l’un des activistes les plus actifs et productifs, dans la wilaya d’El Oued, ce qui a certainement dérangé les services de sécurité de sa région qui se sont précipités afin de l’incarcérer. Il a été menacé de prison à plusieurs reprises, chose qu’il a confié précédemment à l’Avant-Garde Algérie. Il a été même traqué, obligé de se cacher, pendant plusieurs jours, loin de chez lui, afin de fuir la police qui cherchait à l’embarquer. «Tout cela pour le rôle médiatique que je joue dans le Hirak d’El Oued», a-t-il affirmé pour l’Avant-Garde Algérie.

En effet, Ayoub filme toutes les manifestations et actions qui s’organisent à El Oued - pas forcément pour l’Avant-Garde Algérie – et rend visible tout ce qui passe dans cette région. Il n’y a pas que cela. Il est aussi actif dans le groupe meneur du Hirak à El Oued et l’une des personnes qui peut beaucoup lui apporter avec sa forte conscience politique et son ouverture d’esprit. Interpellé dans la ville d’El Oued par la police, le 9 mai dernier, il a été placé en garde à vue avant d’être présenté devant le procureur de la république et le juge d’instruction, lesquels ont décidé de son placement sous mandat de dépôt. Ayoub Azzaoui est incarcéré, depuis plus de trois semaines pour «atteinte à l’unité nationale et outrage à l’image du président de la République». Son procès n’est toujours pas programmé.

Nos trois militants, comme est le cas de plusieurs dizaines d’autres d’activistes poursuivis et incarcérés par la collaboration du service de la cybercriminalité avec la justice, notamment durant le confinement, ont été incarcérés pour les priver de leur liberté d’expression. Ils sont accusés d’«avoir exprimé librement leurs opinions politiques et commenter en toute démocratie l’actualité politique de leur pays». Pour rappel, l’autre contributeur de l’Avant-Garde Algérie, Djamel Saidouni, a été lui aussi interpellé à plusieurs reprises à Alger. Pareil pour Imad Eddine Mokhtar Guellil qui couvre de temps à autre les manifestations à Tlemcen. L’avant-Garde Algérie et plusieurs autres médias électroniques ont été longtemps bloqués en Algérie avant que le pouvoir ne revienne, il y a quelques jours, sur sa décision. Les médias d’information, comme le peuple, se battent aussi pour une Algérie démocratique et libre et pour un État de droit où l’information ne sera pas l’otage d’un système politico-financier. Mais cela ne sera possible en Algérie qu’après un changement démocratique et profond du système, d’où l’engagement de l’Avant-Garde Algérie, aux côtés des autres médias, auprès de la révolution populaire et tous les activistes et militants du Hirak.

Liberté pour tous les détenus politiques et d’opinions. Liberté pour Mohamed Boudiaf, Yasser et Ayoub.

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